Frank Berton abandonne la défense de Cédric Jubillar en appel

Abandon. Frank Berton ne défendra pas Cédric Jubillar en appel. Le ténor lillois renonce au peintre-plaquiste condamné à trente ans pour le meurtre de son épouse Delphine — coup de tonnerre à trois mois du procès, prévu le 21 septembre à Toulouse. Révélée en exclusivité par Midi Libre ce 30 juin 2026, l’information interroge sur le rôle des avocats stars dans les affaires criminelles les plus médiatisées.
L'annonce qui change tout
Frank Berton ne défendra pas Cédric Jubillar en appel. Il l’a annoncé mardi 30 juin à Midi Libre ; l’AFP a confirmé dans la soirée. « Je suis allé le rencontrer dans sa prison et j’avais échangé avec lui et certains de ses proches, mais je n’avais pas confirmé ma participation au procès jusqu’ici, et je n’ai pas participé aux réunions préparatoires avec la cour d’assises », explique le pénaliste.
Petit rappel. En avril 2026, Berton avait confirmé avoir rejoint la nouvelle équipe de défense. Il avait vu Cédric Jubillar en prison. Son arrivée avait fait grand bruit — son départ aussi. Voilà où ça se complique : l’avocat justifie son retrait par un autre procès — celui de Christophe Guazzelli, rejugé pour le double assassinat de l’aéroport de Bastia-Poretta, devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Un agenda incompatible, dit-il.
Information tombée le 30 juin
C’est Midi Libre qui a dévoilé l’exclusivité, le 30 juin. Frank Berton — l’un des pénalistes les plus célèbres de France, d’Outreau aux attentats du 13-Novembre — annonce qu’il ne défendra pas Jubillar en appel. Le procès doit s’ouvrir le 21 septembre 2026 à Toulouse, devant la cour d’assises de Haute-Garonne. Quatre semaines d’audience.
Il précise les termes : il n’avait pas confirmé sa participation, il n’a pas participé aux réunions préparatoires. Depuis plusieurs semaines, il assiste Christophe Guazzelli à Aix-en-Provence. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Une affaire hors normes
Disparition sans corps. Procès sans cadavre. Le 17 octobre 2025, la cour d’assises du Tarn, à Albi, condamne Cédric Jubillar à trente ans de réclusion criminelle. Delphine, son épouse, a disparu de leur domicile à Cagnac-les-Mines le 15 décembre 2020. Jamais retrouvée. L’accusé, peintre-plaquiste, père de deux enfants, a toujours nié. Il clame son innocence — il la clame encore aujourd’hui.
L’affaire passionne l’opinion depuis près de six ans. Un verdict sans preuve matérielle directe — du moins aux yeux de la défense, qui n’a cessé de contester les charges. Cédric Jubillar a fait appel. Le nouveau procès s’ouvre le 21 septembre 2026 à Toulouse.
Défense en recomposition
L’équipe de défense se recompose. Mes Guy et Pierre Dubuisson restent. Ils doivent succéder à Me Emmanuelle Franck et Me Alexandre Martin, la défense de première instance. Frank Berton était venu renforcer l’équipe en avril 2026. Il avait rencontré son client en prison, échangé avec ses proches — puis il s’est retiré.
Pourquoi ? L’avocat invoque son implication dans le procès Guazzelli. Un agenda qui ne lui laisse pas la place, dit-il, pour préparer sereinement la défense. Midi Libre et L’Humanité (vidéo) confirment le retrait, le procès à Toulouse en septembre, et l’innocence que clame Jubillar. Pas d’écart de faits entre les deux sources.
La starisation du barreau à l’épreuve
Frank Berton n’est pas un avocat comme les autres. C’est une star du barreau : apparitions médiatiques, livres, prises de parole — tout concourt à en faire une figure publique autant qu’un pénaliste. Son arrivée en avril avait été saluée comme un renfort de poids. Son départ, trois mois plus tard, laisse un vide.
Vide médiatique, d’abord. Sa présence garantissait une couverture équilibrée du procès, une attention soutenue. Son absence risque de recentrer les projecteurs sur l’accusé seul, sans la protection que confère un avocat de cette envergure. Vide judiciaire, ensuite : l’équipe doit composer sans l’un de ses membres les plus expérimentés à trois mois de l’audience.
La présomption d’innocence — principe fondamental — se heurte à une réalité complexe. Cédric Jubillar est présumé innocent jusqu’à ce que la cour d’appel se prononce. Mais le verdict de première instance pèse lourd, très lourd dans l’opinion. La défection de Berton ajoute une couche de doute. Pourquoi un avocat de ce calibre renonce-t-il à une affaire aussi médiatisée ? L’agenda est l’explication officielle. Dans les cabinets d’avocats, dans les rédactions, on s’interroge.
La starisation du barreau a un revers. Les plus célèbres sont les plus sollicités. Leur emploi du temps est un casse-tête permanent. Leur présence peut être perçue comme un gage de sérieux — mais leur absence au dernier moment peut être interprétée comme un désaveu. Frank Berton insiste : il n’avait pas confirmé sa participation. Il n’a pas laissé tomber son client — il n’avait jamais formellement accepté de le défendre. La nuance est importante, mais dans l’opinion publique, elle passe souvent inaperçue.
L’affaire Jubillar est devenue un feuilleton judiciaire national. Chaque rebondissement est commenté, disséqué, interprété. Pression médiatique immense. Sur l’accusé. Sur ses avocats. Sur les juges. Frank Berton le sait : il a vécu Outreau, il a défendu des accusés du 13-Novembre. Il connaît le poids des projecteurs. Son retrait, à trois mois du procès, interroge sur la capacité du système à garantir une défense sereine dans les affaires les plus exposées. La présomption d’innocence est un principe. La pression médiatique, une réalité. Entre les deux, les avocats naviguent. Certains y parviennent. D’autres non.
L’équipe de défense reste composée de Mes Guy et Pierre Dubuisson. Solide, mais privée de son nom le plus célèbre. Quatre semaines d’audience, des dizaines de témoins, des expertises à contester, une présomption d’innocence à défendre. L’affaire Jubillar est devenue, malgré elle, un symbole : de la médiatisation des affaires criminelles, de la difficulté de garantir un procès équitable sous les projecteurs, de la place grandissante des avocats stars dans le paysage judiciaire français. Frank Berton a choisi de se retirer. Raisons professionnelles. Mais le timing interroge. Et le silence de l’accusé, dans sa prison, en dit long.
Sources :
- Midi Libre (François Barrère) — article du 30 juin 2026
- L'Humanité — vidéo YouTube
- AFP — dépêche du 30 juin 2026
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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