LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 5/4

Attentat de Nice : 10 ans après, la colère intacte des victimes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-11
Illustration: Attentat de Nice : 10 ans après, la colère intacte des victimes
© YouTube

Dans trois jours, la France commémorera les dix ans de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. 86 morts. 450 blessés. Et pourtant. Un sentiment ne passe pas : celui d'être des « victimes de seconde zone ». Alain Dariste, grand-père de Léana — deux ans et demi, la plus jeune tuée — ne mâche pas ses mots. Il accuse l'État, les médias nationaux et une certaine élite parisienne de mépris. Dix ans après, aucun procès sur le dispositif de sécurité n'a encore eu lieu.

« On est quoi ? Des sous-victimes ? »

Alain Dariste est invité sur le plateau de C dans l'air le 11 juillet 2026. Il pose une question qui le hante depuis une décennie. « On ne comprend pas pourquoi l'attentat du 14-Juillet n'a pas autant d'importance que les attentats qui ont eu lieu à Paris », dit-il.

Le grand-père cite un exemple qui l'a profondément blessé. Emmanuel Carrère, écrivain reconnu, a publié un livre sur les attentats du 13-Novembre 2015. Interrogé pour savoir s'il écrirait un ouvrage sur le 14-Juillet à Nice, sa réponse, rapportée par Dariste, est cinglante : « À Nice, ce n'est pas la même sociologie qu'à Paris. Les victimes, vous n'aurez pas ma haine. »

« Ça veut dire quoi ? », s'emporte Dariste. « À Nice, on est quoi ? On est des sous-victimes ? On n'existe pas par rapport aux autres ? On ne mérite pas qu'il fasse un livre sur nous ? » Voilà. Le grand-père ne cache pas sa colère. « Vous ne pouvez pas vous rendre compte combien c'est cruel et violent d'entendre ça. » Pour lui, cette phrase résume tout. « C'est tout le Paris des hautes sphères, les politiques, les intellectuels... Ils nous balayent. »

L'attentat du 14 juillet 2016 a fait 86 morts et 450 blessés. Celui du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis a fait 130 morts. Deux tragédies. Deux traitements différents. Les victimes niçoises ont « pour beaucoup le sentiment d'avoir été oubliées », selon la source.

Un mémorial « volé » par l'Élysée ?

Le projet de mémorial cristallise les rancœurs. Madame Murris, une mère de victime, a monté un dossier « extraordinaire », selon Dariste. Elle a tout préparé pour qu'un musée de la mémoire voie le jour à Nice. Christian Estrosi, maire de la ville, lui aurait donné son accord.

Mais en 2017, le dossier change de mains. « Quelqu'un a mis les mains sur ce dossier », affirme Dariste. « Ça a été présenté à monsieur Macron. Monsieur Macron a volé ce projet. » Questions sans réponse. Pour l'instant. « Jamais madame Murris n'a eu un mot d'empathie pour dire : "C'est vrai, c'est vous qui êtes à la base de ce projet." Ils l'ont récupéré. »

Le grand-père de Léana attend des excuses — pas de la prison. Juste une reconnaissance. « On veut qu'ils reconnaissent leurs erreurs plutôt que de les nier. » Il résume sa demande en une phrase : « C'est vrai, on s'est trompés. On a mal fait les choses et on s'excuse. »

Sécurité : un dispositif « pas à la hauteur »

Le soir du 14 juillet 2016, la menace terroriste était au plus haut. Les attentats de Paris et Saint-Denis avaient eu lieu huit mois plus tôt. Pourtant, le dispositif de sécurité était-il suffisant ?

Alain Dariste répond sans hésiter : « Pas du tout. » Il explique que les policiers, mobilisés pour l'Euro 2016 de football, avaient « beaucoup travaillé ce jour-là ». Ensuite, « on leur a dit d'aller se reposer. Les CRS étaient partis ailleurs pour je ne sais quelle mission. Il y a eu une large détente du dispositif de sécurité. »

Selon la source, Christine Viale, ancienne coprésidente de l'association Promenade des Anges, a rapporté des témoignages de policiers nationaux. « Moi, j'ai des policiers nationaux qui me disent qu'ils étaient trop peu, qu'ils ont eux-mêmes appelé leur famille pour qu'elle ne vienne pas au feu d'artifice. Ce sont des policiers qui n'ont jamais été entendus. »

Dariste confirme : « Des policiers nous ont dit qu'il n'y avait pas eu assez de sécurité ce soir-là. Ils l'ont fait remonter, mais rien ne s'est passé par ailleurs. Pourquoi ? On ne sait pas. »

Selon la source, Christian Estrosi, maire de Nice au moment des faits, a reconnu une partie des erreurs. Il a déclaré : « Rétrospectivement, une autre organisation aurait dû être envisagée. Dire que tout a fonctionné serait une insulte à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie dans cet attentat. »

« On l'a remercié de sa déclaration, dit Dariste. C'est le seul qui a eu le courage de dire : "On aurait pu mieux faire." »

Un procès qui n'arrive jamais

Dix ans après le drame, la justice a ouvert une instruction à Marseille. Mais aucun juge n'a encore fixé de date de procès. « Comment se fait-il qu'il n'y ait toujours pas la date d'un procès ? », demande la journaliste Anne Casse.

Dariste raconte les lenteurs. « La première année, le premier juge était sur la liste de Christian Estrosi. Après, il y a eu la juge qui l'a remplacé. Elle nous a fait miroiter... Maintenant, c'est parti à Marseille. On espère qu'à Marseille, ils vont se réveiller et taper dans le lard. »

Le grand-père de Léana attend ce procès depuis dix ans. « Comment voulez-vous faire le deuil d'une petite-fille ? On est dans l'attente d'un procès sur la sécurité. Ça fait 10 ans. Ça n'a toujours pas avancé. »

Il ne demande pas de condamnations sévères. « On demande un procès. On ne demande pas la prison. On demande juste qu'ils disent : "C'est vrai, on s'est trompés." »

Emmanuel Macron attendu à Nice

Le président de la République doit se rendre à Nice pour la commémoration des dix ans. Alain Dariste n'a pas de lien constant avec l'exécutif. « Depuis 2017, on n'a plus vu beaucoup de personnes de Paris, que ce soient des ministres... À toutes les commémorations, il n'y a que le préfet qui vient. »

Cette année, la présence présidentielle change la donne. « Puisqu'il y a Emmanuel Macron, il y aura deux avions de cols bleus qui seront présents et qui vont venir pour des photos alors qu'apparemment, ça ne les concerne pas », ironise Dariste.

Interrogé sur ce qu'il dira au président, le grand-père répond avec une pointe d'humour noir. « Ça dépend comment je suis luné. Je resterai correct. Mais il aura le droit de faire un discours de 15 minutes. S'il pouvait raccourcir un peu son discours. 15 minutes, c'est très long. Il fait très chaud. Au bout de 5 minutes, les gens en ont ras le bol. »

Un appel aux Bleus et à Didier Deschamps

Le 14 juillet 2026, l'équipe de France de football jouera une demi-finale. Alain Dariste lance un appel au sélectionneur Didier Deschamps. « Depuis quelque temps, pas mal de victimes demandent à ce que les Bleus puissent rendre un petit hommage à l'attentat du 14-Juillet. »

Il rappelle que d'autres nations l'ont fait. « Les Américains ont été touchés. Il y a eu des Espagnols aussi. Ce serait une belle chose si, pendant quelque temps, il pouvait y avoir un petit hommage lors de la demi-finale, le 14 juillet. »

« Le jour où je ne serai plus en colère, c'est que je serai mort »

Comment va Alain Dariste, dix ans après ? « Il y a des sujets sur lesquels je suis de plus en plus en colère. Le jour où je ne serai plus en colère, c'est que je serai mort. Il n'y a que ça qui me tient. »

Sa famille tente de survivre. Sa fille a eu deux autres enfants. Elle a parlé à Léana lors du procès des complices. Elle lui a dit : « Avec papa, ça n'a pas marché. En fonçant sur toi, le camion a foncé sur toute notre famille. Ma fille, je te promets de survivre au mieux à ta mort. »

Alain Dariste fait la même promesse. « On essaie de tenir cette promesse. On fait de notre mieux. »

Il se souvient de Léana. « Pendant plus d'un an, elle vivait chez nous. Ma fille s'est séparée du papa. Léana vivait chez nous. Elle était adorable. Elle avait son petit caractère, mais elle était toujours souriante, joyeuse. Elle était contente de vivre avec nous. Elle était contente d'aller à la crèche. On y pense tous les jours. »

Un message aux médias nationaux

Alain Dariste lance un appel aux médias nationaux. « Je voudrais dire aux médias nationaux que le 14-Juillet, ce n'est pas qu'une fête nationale. Pour nous, c'est un deuil national. Par rapport à 65 millions de Français, nous sommes infiniment petits, mais quand même, le 14-Juillet, ce n'est pas que les feux d'artifice et la fête. Pour nous, c'est un deuil. »

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 5 · 2026-07-11

Attentat de Nice : 10 ans après, la colère intacte des victimes

Sur le même sujet