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Faits diversÉpisode 4/3

14 juillet 2016 : les soignants de Nice face à l'horreur

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-10
Illustration: 14 juillet 2016 : les soignants de Nice face à l'horreur
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L'alerte

Le professeur Jean-François Gonzalez n'est pas de garde ce soir-là. Un confrère chirurgien, présent sur la promenade avec sa petite fille, l'appelle : « Il se passe quelque chose sur la promenade, faut que tu rentres dans ton hôpital, tu vas avoir du travail. » Le premier patient arrive peu après 23 heures.

« Beaucoup de lésions sur les membres inférieurs, beaucoup de traumatismes très délabrants, beaucoup de fractures ouvertes », décrit le professeur. « On avait aucune idée du nombre de blessés qui allaient arriver. On savait pas si on était confronté à une centaine de blessés, à un millier de blessés ou à plus. »

Les scénarios divergent. Certains témoins évoquent deux camions, un autre attentat dans un restaurant niçois. Les fake news s'ajoutent au chaos. « La majorité des faux messages provenaient de l'extérieur de Nice et de la région Paca », explique-t-il. « On avait pas besoin de ça. »

L'organisation

Le CHU de Nice était préparé. En 2015, le nouvel hôpital Pasteur 2 a ouvert avec un Trauma Center — une structure de soins inspirée des États-Unis, conçue pour les tueries de masse, « parfaitement adapté à la réception d'un afflux massif de victimes ». Quelques semaines avant l'attentat, une répétition d'urgence avait eu lieu pour l'Euro 2016 de football. « On était très prêt et très préparé. La répétition nous a certainement permis d'être plus efficient. »

Près de 200 victimes sont prises en charge en quelques heures. La priorité : orienter, trier, opérer. Mais l'identification et le suivi des patients deviennent un casse-tête. « Quand je suis arrivé, j'ai vu que la cellule administrative mise en place a été un peu débordée. Nous étions obligés de réinterroger les gens pour savoir qui ils étaient. » Alors il improvise. Il prend un tableau, une étudiante de sixième année lui sert de scribe. Elle note ce qu'il dicte. Ce tableau permettra de suivre les 187 blessés reçus cette nuit-là.

Le choc

Sur la promenade ce soir-là, le docteur Celine Notchelli était avec un équipage du SMUR. « C'est difficile pour nous d'exposer ses sentiments à ce moment-là quand on a la posture du soignant. C'est une sorte d'humilité ou de mise en retrait spontanée pour rester à notre position de soignant par rapport aux victimes. »

Le professeur Gonzalez raconte l'émotion des soignants : « J'ai vu des ambulanciers, des vieux ambulanciers du SMUR qui pleuraient. »

Le docteur Notchelli évoque aussi son propre vécu : « Moi, j'ai passé 28 ans dans l'armée française. J'ai fait des missions en Afghanistan, au Mali. Mais vous êtes préparé pour ça. Là, c'est pas ça. Là, le contexte c'est une fête, des familles. » Elle décrit des brancards où les gens se tiennent la main, demandant : « Est-ce que vous avez vu passer mon fils ? Est-ce que vous avez vu passer ma mère ? »

Les séquelles

Dans les semaines qui suivent, une cellule psychologique est déployée au sein de l'hôpital. Elle reçoit aussi les soignants. « Les gens qui étaient sur place ont été confrontés à l'horreur. Des gens qui étaient morts sur place, souvent dans un état effroyable, avec des enfants, avec des téléphones qui sonnaient — marqué "papa maman" — et des gens qui apprenaient qu'ils étaient morts. »

Le docteur Notchelli, elle, a choisi de transformer cette expérience. « Moi, ça a eu un réel impact sur ma carrière. Après, je me suis orientée vers la gestion de crise au quotidien. Je me suis formée à ça, probablement en lien avec ce qu'on a tous affronté. » Elle est devenue directeur médical de crise. Elle évoque aussi la solidarité : « Des civils apportant des soins aux victimes, et même des victimes soignant d'autres victimes. Je pense que c'est ça qui m'a le plus marqué. »

Les chiffres 14 07 16 sont gravés dans les mémoires de l'hôpital. « Il y avait beaucoup de codes de portail à chiffre qui étaient 14 07 16, c'était un truc qu'on oubliait pas », note le docteur Notchelli.

Le professeur Gonzalez conclut : « Ce qui est important, c'est le fait que la société, l'hôpital, la société est capable de répondre à l'horreur par l'organisation, par le professionnalisme, par les soins. Et ça, je trouve que c'est la force. »

Les soignants ne savent pas encore s'ils participeront aux commémorations des dix ans. Une place qu'ils préfèrent réserver aux victimes et aux familles. Eux ont la conviction d'avoir fait leur travail.

Source : Vidéo originale (https://youtube.com/watch?v=jE2cRPkLTJ0)

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