Amine Kessaci : l'État impuissant face aux narcotrafiquants de Dubaï

L'alerte de Kessaci : « une corruption massive aux municipales »
Un cri dans le désert. Amine Kessaci le répète depuis des mois : les narcotrafiquants ne se cachent plus. Ils agissent au grand jour. Pendant les municipales de 2026 à Marseille — où il a été élu sur la liste de Benoît Payan —, une alerte a retenti sur le taux de corruption le plus élevé jamais enregistré (source : entretien Le Dossier). « Ils tentent de s'étendre sur la sphère politique », affirme Kessaci. Le constat est brut.
Les têtes de réseau ne sont pas dans les cités. Elles sont à Dubaï, en Thaïlande — des paradis juridiques. De là, elles dirigent des armées de guetteurs et de tireurs. Et elles exploitent les failles de la loi française. « Ils font appel aux meilleurs avocats de ce pays, non plus simplement pour se défendre, mais pour utiliser les failles de la loi face à une telle organisation », explique l'élu.
Retenez ce détail : le narcotrafic n'est plus un problème de banlieue. C'est un système qui corrompt tout sur son passage. La justice, la politique, le cinéma. Kessaci dénonce l'héroïsation des trafiquants dans les séries et les films — « quand on regarde Pablo Escobar comme un superhéros, on opère un renversement sociétal ». Une manipulation des esprits. Une guerre culturelle silencieuse.
Et pendant ce temps, les familles des victimes sont oubliées. Enfants, étudiants, travailleurs pauvres — ils vivent dans la peur. Sans protection. Sans relogement. « Nous sommes en guerre contre la narcoie », martèle Kessaci. « Il faut déterminer qui est notre ennemi. »
Une guerre que l'État refuse de nommer
Kessaci n'hésite pas. Il emploie le mot « guerre » sans détour. « Moi je n'ai pas peur d'utiliser le terme de guerre. Nous sommes dans une guerre face à la narcoie. » Ce n'est pas une métaphore. 2020 : son frère Brahim est assassiné. 2024 : son petit frère MI est tué à son tour. Deux frères. Deux victimes. Le même ennemi.
L'État, lui, peine à réagir. Les têtes de réseau sont intouchables. « Il faut durcir le ton, être le plus répressif possible avec les têtes de réseau qui sont à Dubaï, en Thaïlande », insiste Kessaci. Concrètement, que fait la France ? Les extractions sont rares. Les peines, trop légères. Pendant ce temps, les commanditaires regardent les matchs de foot depuis leurs villas sur la Corniche.
Voilà le nœud du problème. Kessaci distingue deux cibles. D'un côté, les jeunes « en pied d'immeuble » — ceux qui ont parfois « décidé sciemment de prendre ce chemin », parfois « parce qu'ils n'avaient pas le choix ». Pour eux, il faut de la prévention, de l'emploi, du relogement. De l'autre, les parrains. « Il faut que les réponses divergent. » Intransigeance avec les chefs. Humanité avec les exécutants.
Mais les services de l'État sont-ils à la hauteur ? Les enquêteurs, oui — Kessaci leur rend hommage. Les juges, parfois. Mais le système est trop lent, trop poreux. Les avocats de la défense transforment les procès en spectacle — comme lors du procès de la DZN mafia, un « fiasco », selon Kessaci. « Je ne veux pas que le procès de mon grand frère soit instrumentalisé de la sorte. »
Le 7 mai 2025, le Sénat dit non à la protection des familles
C'est peut-être l'information la plus glaçante de cet entretien. Le 7 mai 2025, le Sénat a massivement rejeté une proposition de loi visant à renforcer la protection des citoyens menacés par le grand banditisme. Pourquoi ? Parce que le texte « prévoyait qu'à chaque fois que quelqu'un dirait un narcotrafic à la télé, il devrait être mis sous protection policière », explique Kessaci. Une usine à gaz.
Le rejet était-il pourtant justifié ? Kessaci lui-même n'était pas favorable à ce texte — trop large, trop coûteux. « Dans ce pays, on a clairement pas les moyens, clairement pas la capacité humaine à gérer toutes ces demandes. » Alors, que faire ?
Il faut cibler. Protéger ceux qui le méritent vraiment. Les étudiants. Les jeunes qui travaillent. Les familles des victimes. « On doit apprendre à protéger celles et ceux qui ne sont pas ministres, celles et ceux qui ne sont pas des hautes personnalités », clame Kessaci. Des gens ordinaires, menacés de mort.
Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur préparent un projet de loi « repost ». Kessaci les a rencontrés. Il leur a demandé d'inclure un volet sur l'amélioration des conditions de protection. « Je leur ai dit ma volonté. » Les mots ne suffisent pas. Les familles attendent.
Cinquante familles identifiées, zéro logement : le scandale du relogement
Marseille Habitat gère près de 3200 logements sociaux. C'est le plus petit bailleur de la ville. Mais Kessaci veut en faire un outil de protection. Sa priorité : créer un contingent de logements pour reloger les familles de victimes. Un comité de pilotage interbailleurs est en préparation avec les services de l'État et la préfecture de police.
Combien de familles ? « Pas plus de 50 personnes. » Cinquante. C'est peu. Et pourtant, le système est bloqué. Il existe une charte du relogement avec un article 11 qui permet la mise à l'abri des familles menacées. Les services l'ont « relancé en novembre dernier » — juste après l'assassinat de MI. Mais son utilisation reste marginale.
Les familles identifiées seront prioritaires sur le contingent préfectoral. Kessaci salue le travail de la préfète à l'égalité des chances. À Marseille Habitat, il promet d'avoir « dès la rentrée des logements identifiés et mis en commission d'attribution ». Une promesse. Un test.
Où sont les autres bailleurs ? Où est l'État ? Pourquoi seulement cinquante familles ? Les menaces sont quotidiennes. Les assassinats, aussi. Le nombre réel de victimes collatérales est bien plus élevé. Personne ne les compte.
Automne 2026 : le procès de Brahim, épreuve de vérité pour la justice
C'est la date fixée pour le procès des assassins présumés de Brahim Kessaci, tué en 2020. Cinq personnes comparaissent, dont le commanditaire présumé. Six ans après les faits. Une attente interminable.
Kessaci sera présent. « Je serai debout face à ces personnes. Je ne me terrai pas. » Mais il craint que ce procès ne devienne un cirque médiatique, comme celui de la DZN mafia. Les avocats de la défense « mettent en scène » le procès, « exhibent la vie des victimes ». Une instrumentalisation qu'il refuse.
Il veut que la justice fasse son travail. Tranquillement. Sérieusement. Sans éclats de voix. « Je veux que les parties civiles aient une place à ce procès. » Pas seulement les accusés. Les victimes aussi.
Ce procès est un test pour la justice française. Sera-t-elle capable de condamner les commanditaires ? Osera-t-elle envoyer les têtes de réseau en prison ? Ou les verra-t-on repartir libres, protégés par le silence et la peur ?
Kessaci, lui, a déjà choisi son camp. Il est debout. Il ne se taira pas.
Ce que l'État doit faire maintenant
Kessaci ne demande pas l'impossible. Il demande du concret. Des extractions de Dubaï. Des peines exemplaires. Une vraie protection
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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