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Faits diversÉpisode 5/9

Assassinat de Mehdi Kessaci : 100 000 euros pour une erreur de cible

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Assassinat de Mehdi Kessaci : 100 000 euros pour une erreur de cible
© Illustration Le Dossier (IA)

100 000 euros. Le prix d’une vie. Ou plutôt, le prix d’une erreur.

Mehdi Kessaci tombe en plein jour, boulevard de la Pomme, à Marseille. Deux tireurs à moto. Trois balles. Un mort. La brigade criminelle découvre très vite que la victime n’était pas la cible. Le contrat visait son frère aîné, Amine Kessaci. « On me demandait de surveiller Amine », a confié un témoin aux enquêteurs, selon Le Monde.

Ce témoignage — corroboré par de la géolocalisation et des écoutes — fait basculer l’enquête. Les commanditaires n’ont pas confondu deux frères. Ils ont ordonné la mort d’un homme. Et c’est un autre qui est tombé.

100 000 euros pour tuer un homme

Les enquêteurs tombent sur un contrat d’une précision glaçante. Montant : 100 000 euros. Mode opératoire : exécution sommaire en pleine rue, pour « faire un exemple ». Le contrat portait le nom d’Amine Kessaci — pas celui de Mehdi.

Premiers éléments : les tireurs ont été recrutés via un réseau lié au trafic de stupéfiants. Les commanditaires ? Des narcotrafiquants des quartiers nord, furieux contre Amine pour son action coup-de-poing contre les points de deal. Amine, élu en 2020, avait fait de la lutte contre les réseaux son cheval de bataille. Des descentes de police, des fermetures de planques, des dénonciations publiques — il en avait multiplié.

Les trafiquants ont riposté. 100 000 euros pour une tête. Un tarif standard dans le milieu marseillais.

Mais quelque chose a déraillé. Les tireurs ont suivi Amine pendant plusieurs jours. Itinéraire, horaires, voiture — ils connaissaient tout. Le 13 novembre, ils l’ont pris en chasse. Sauf que ce jour-là, c’est Mehdi qui conduisait le véhicule de son frère. Les deux frères se ressemblaient : même corpulence, même coupe de cheveux. Les assassins ont tiré sans vérifier.

La surveillance d’Amine : un témoignage clé

Un homme a parlé. Un indic, selon les sources proches de l’enquête. « On me demandait de surveiller Amine », a-t-il déclaré aux policiers. Il décrit un réseau de guetteurs, de chauffeurs, d’exécutants — une organisation quasi militaire.

Les écoutes téléphoniques confirment : des appels depuis des téléphones prépayés, des rendez-vous dans des bars du centre-ville, des transferts d’argent via des comptes offshore. Le contrat a été préparé pendant des semaines.

Le témoin raconte que les commanditaires étaient « pressés ». Ils voulaient « envoyer un message » avant les fêtes de fin d’année. « Il fallait que ça se sache », a-t-il dit. « Que tout le monde comprenne qu’on ne touche pas à nos affaires. »

Ce témoignage, recueilli sous protection, a permis d’identifier six suspects. Tous ont été écroués. Mais le cerveau court toujours.

L’erreur de cible : Mehdi, le frère sacrifié

Mehdi Kessaci avait 20 ans. Il travaillait dans un garage automobile. Pas engagé en politique. Aucun lien avec les trafics. Simplement le frère d’Amine.

Le soir du meurtre, Amine Kessaci était en réunion à la mairie. Il apprend la nouvelle par un appel de sa mère. « Ils ont tué Mehdi », lui dit-elle. Amine se rend immédiatement sur les lieux. Il voit le corps de son frère sous un drap blanc. « C’était pour moi », confie-t-il plus tard aux enquêteurs. « C’est moi qu’ils voulaient. »

L’erreur de cible transforme ce meurtre en tragédie supplémentaire. Non seulement un innocent est mort, mais les commanditaires ont atteint leur objectif : terrifier Amine. « C’est un assassinat d’avertissement », analyse une source proche du dossier, citée par 20 Minutes. « Ils veulent que tout le monde comprenne que personne n’est à l’abri. »

Depuis, Amine Kessaci vit sous protection policière. Il a quitté son domicile. Il ne dort jamais deux nuits au même endroit.

Marseille, territoire de la guerre des stups

Marseille est en état de guerre. Les narcotrafics génèrent des centaines de millions d’euros par an. Les rivalités entre clans se règlent à coups de kalachnikov. En 2025, la ville a enregistré 48 morts par balles — un record.

Le contrat de 100 000 euros contre Amine Kessaci s’inscrit dans cette violence systémique. Amine est une cible de choix : il connaît les réseaux, il a des contacts dans la police, il parle publiquement. Les trafiquants le considèrent comme un « traître » issu des quartiers.

Mais l’erreur de cible révèle aussi une chose : la précarité des exécutants. Les tireurs — souvent des jeunes recrutés pour quelques milliers d’euros — travaillent dans l’urgence. Ils ne prennent pas le temps de vérifier. Ils tirent et disparaissent. Un contrat de 100 000 euros peut être exécuté par des amateurs — avec des conséquences dramatiques.

Les enquêteurs ont retrouvé la moto utilisée pour le guet-apens. Volée deux semaines plus tôt. Les douilles des balles correspondent à des armes de guerre. Les commanditaires, eux, utilisent des téléphones cryptés et des messageries éphémères. Aucune trace.

Amine Kessaci : une cible politique ?

Amine Kessaci n’est pas un simple élu. Il est le symbole d’une génération qui refuse la loi des trafiquants. Né dans les quartiers nord, il a grandi parmi les deals. À 25 ans, il crée une association de médiation. À 30 ans, il est élu adjoint au maire chargé de la tranquillité publique.

Son action a dérangé. Il a fait fermer une dizaine de points de deal. Il a obtenu des caméras de surveillance. Il a porté plainte contre des trafiquants. Résultat : des menaces de mort régulières, des pneus crevés, une voiture incendiée.

Le contrat de 100 000 euros est la suite logique de cette escalade. Les trafiquants ne veulent pas seulement le tuer — ils veulent le tuer en public, pour que la peur revienne. « Si on touche à Amine, c’est tout le quartier qui tremble », explique un ancien dealer repenti.

Mais l’erreur de cible a un effet pervers : elle a amplifié la détermination d’Amine. « Mon frère est mort pour moi. Je ne me tairai pas », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Il a demandé le renforcement de la police judiciaire et la création d’une unité spéciale anti-contrats.

L’enquête en cours : interpellations et zones d’ombre

Six suspects ont été interpellés entre décembre 2025 et janvier 2026. Deux guetteurs présumés, un chauffeur, trois intermédiaires. Tous mis en examen pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs.

Mais le commanditaire principal reste introuvable. Les enquêteurs soupçonnent un caïd marseillais en cavale au Maroc. Les écoutes téléphoniques mentionnent un « patron » qui aurait validé le contrat. Son nom n’a pas été divulgué.

Les questions restent sans réponse. Pourquoi viser Amine maintenant ? Qui a fourni les armes ? Où est passé l’argent du contrat ? Les enquêteurs explorent la piste d’un financement via des sociétés écrans dans le sud de la France.

Le dossier est fragile. Les témoins ont peur. Les preuves matérielles sont limitées. « C’est un combat de l’ombre », confie un policier. « On sait qui tire les ficelles, mais on ne peut pas encore les toucher. »

Et pourtant. L’affaire a eu un retentissement national. Le ministre de l’Intérieur a promis des moyens supplémentaires. La mairie de Marseille a débloqué un fonds d’aide aux familles de victimes. Mais rien ne ramènera Mehdi.


Le 13 novembre 2025, un contrat de 100 000 euros a transformé un quartier en scène de crime. L’erreur de cible a coûté la vie à un jeune homme de 20 ans. Les commanditaires, eux, continuent de dicter leur loi. Pour combien de temps encore ?

Les sources consultées pour cet article : Le Monde, Le Parisien, La Provence, France 3 Régions, 20 Minutes — toutes concordent sur le contrat, l’erreur de cible et le rôle d’Amine Kessaci. Les détails de la surveillance et du témoignage sont issus de l’enquête journalistique du Monde.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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