Macron-Algérie : la comédie de l'apaisement

Deux journalistes, deux détentions, zéro résultat
Commençons par le commencement.
Christophe Gleize est arrêté fin mai 2024. Motif ? Avoir rencontré des militants kabyles. Rien d'autre. Pas de violence, pas d'espionnage. Un journaliste sportif français qui fait son métier. Et le voilà à Koléa, prison algérienne.
Boualem Sansal, lui, est arrêté en novembre 2024. Écrivain. Opposant. Son crime ? Avoir écrit. C'est tout.
Kamel Daoud – autre écrivain franco-algérien – prend trois ans de prison ferme trois semaines avant le débat. Son livre a eu le Goncourt. Il parle de la décennie noire. Le régime algérien n'aime pas qu'on en parle.
« Les prisons algériennes sont remplies de délits d'opinion », lâche Françoise Degoy sur le plateau. Elle a raison.
Arnaud Menetti, fondateur du comité de soutien à Boualem Sansal, enfonce le clou : « Pendant quasiment un an, nous ne savions pas qu'il y avait un journaliste français arrêté en Algérie. » La France a choisi le profil bas. Pas un mot. Pas une déclaration publique. Rien.
Pourquoi ce silence ? Parce que Macron voulait ménager Alger. Parce que la diplomatie des « bons sentiments » — comme la qualifie le Huffington Post — a pris le pas sur la défense de nos ressortissants.
Le résultat ? Gleize est toujours en prison. Sansal aussi. Kamel Daoud vit à Paris, heureusement. Mais des centaines d'opposants algériens, eux, n'ont pas cette chance.
« On nous parle d'une reprise des OQTF, mais ce sont des chiffres très faibles », ajoute Menetti. Une centaine. Sur des milliers.
Alors oui, la France a repris les visites consulaires. La convention de Vienne les impose. On n'a pas à remercier un régime de respecter le droit international. Pourtant, l'exécutif français s'est fendu d'un remerciement. « On est dans une espèce de soumission absolue », tranche Menetti.
Le Dossier pose la question : combien de temps encore ?
OQTF : le grand bluff
Un chiffre : 50 000. C'est le nombre d'irréguliers algériens contrôlés en 2024. Les experts estiment qu'autant sont passés sous les radars. 50 000 de plus. Et l'Algérie en a repris... une centaine.
Une centaine. Vous avez bien lu.
« La diplomatie des bons sentiments est un fiasco », titrait récemment le Huffington Post. C'est un euphémisme.
La reprise des OQTF a commencé après la visite de Laurent Nunez en février 2025. Avant, le régime algérien refusait catégoriquement. Pourquoi ? Parce que Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, avait haussé le ton. Des mots. Rien que des mots.
« Il y a eu une politique de rapport de force verbale, mais pas de rapport de force pratique », précise Menetti. Retailleau a parlé fort. Mais les actes ? Rien. Pas de gel des visas. Pas de sanctions économiques. Pas de ciblage des oligarques algériens qui paradent dans le 16e arrondissement.
Françoise Degoy relativise : « On ne peut pas déclencher le bouton nucléaire en allant frapper au portefeuille des généraux. » Sauf que la Russie, elle, on la frappe. Les oligarques russes sont sanctionnés. Leurs yachts saisis. Leurs comptes gelés. Pourquoi pas les généraux algériens ?
Menetti pose la vraie question : « Il n'y a strictement rien qui a été fait. Et on se demande pourquoi. » Pourquoi l'exécutif français refuse-t-il d'utiliser ce levier ? Parce que ça pourrait déplaire ? Parce que ça risquerait de compromettre la « relation apaisée » ?
56 % des Français, selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD, estiment que la France manque de courage sur ce dossier. 44 % des électeurs de Renaissance — ceux de Macron — pensent la même chose. Même son camp le lâche.
Le problème, ce ne sont pas les médecins algériens qui viennent soigner en France. « Le problème, ce sont les centaines d'OQTF dangereux qui n'ont plus rien à faire en France et que le régime d'Alger refuse de reprendre », rappelle une source citée par le Huffington Post. Des délinquants. Des radicalisés. Et la France les garde.
Pourquoi ? Parce que le régime algérien fait du chantage. Parce que, comme le dit Menetti, « le pouvoir algérien fait du ressentiment anti-français le facteur de légitimation de son pouvoir ».
Et Macron tend l'autre joue.
Kamel Daoud : la liberté n'existe pas
Trois ans de prison ferme. Pour un livre.
Kamel Daoud est écrivain. Franco-algérien. Il a obtenu le prix Goncourt pour son roman sur la décennie noire — la guerre civile algérienne des années 1990. Des centaines de milliers de morts. Des massacres. Des disparitions. Le régime algérien n'aime pas qu'on en parle.
Daoud a été condamné trois semaines avant le débat. Pas pour un crime. Pas pour une insulte. Pour avoir écrit. Pour avoir dit la vérité. « Les prisons algériennes sont remplies de délits d'opinion », répète Degoy.
C'est une constante. Le régime algérien ne tolère aucune critique. Les journalistes ? En prison. Les écrivains ? En prison. Les opposants ? En prison. Et la France regarde.
Macron, lui, prône « une relation respectueuse des deux côtés ». Mais quel respect quand on emprisonne un écrivain pour son œuvre ? Quel respect quand on arrête un journaliste sportif pour avoir interviewé des militants ?
« La commission d'historiens franco-algérienne est suspendue », rappelle Menetti. Créée à l'été 2022, elle devait apaiser les mémoires. Mais les deux pays ne s'accordent même pas sur les chiffres. Les historiens français parlent de 6 000 à 8 000 morts à Sétif en 1945. Le régime algérien avance 45 000. « Un, c'est déjà un de trop », dit Degoy. Mais le désaccord bloque tout.
Et pendant ce temps, Daoud attend. Gleize attend. Sansal attend.
Le régime algérien, lui, ne fait aucun geste. Aucun signal. « La France n'est pas fâchée avec l'Algérie. Le régime algérien est fâché avec la France », résume Menetti.
Le régime algérien : un système qui ne lâche rien
« Le régime algérien est un régime monolithique, c'est une dictature », assène Degoy. Elle parle de « bande de cautérons de généraux qui se remplissent les poches ». Le pays est riche. Sa jeunesse est brillante. Mais le pouvoir le tient en coupe réglée.
Menetti précise : « Le régime algérien est traversé par des luttes de clans. Le seul moyen de donner de la cohérence à ce pouvoir, c'est de réactiver en permanence le récit anti-français. » L'anti-français comme ciment national. Comme diversion. Comme bouc émissaire.
Et la France tombe dans le piège.
Macron, pourtant, a fait des gestes. En 2017, il qualifie la colonisation de « crime contre l'humanité ». En 2022, il crée la commission d'historiens. En 2025, il reconnaît la marocanité du Sahara occidental — un geste énorme qui enflamme Alger.
« Le principal responsable de la montée des tensions, c'est le président de la République », tranche Menetti. Pas Retailleau. Pas les déclarations de fermeté. C'est Macron qui a appuyé sur le bouton nucléaire en reconnaissant la marocanité du Sahara.
Depuis, le régime algérien ne fait aucune concession. Il bloque les OQTF. Il emprisonne les journalistes. Il refuse de libérer Gleize. Il attend que la France plie.
Et Macron plie. Il envoie Alice Rufaut en Algérie. Elle rencontre Tebboune. Elle annonce la reprise des discussions. Mais « ce n'est qu'une mise en scène », dit Menetti. Le régime algérien ne lâchera rien. Pas tant que la France n'aura pas fait marche arrière sur le Sahara.
Pendant ce temps, les Français payent. Les contribuables. Les familles des détenus. Les victimes des OQTF non exécutées.
Macron seul contre tous
Emmanuel Macron a parlé dimanche depuis le Kenya. Il appelle à l'apaisement. Il critique les « postures de politique intérieure ». Il veut une « relation constructive » avec l'Algérie.
Mais qui est de son côté ?
Les Français, non. 56 % estiment que la France manque de courage. Même les électeurs de Renaissance doutent. Les oppositions, non. Retailleau crie à la faiblesse. Les autres partis réclament la fermeté.
Les journalistes, non. Gleize et Sansal sont toujours en prison. Les ONG, non. Amnesty International dénonce les arrestations arbitraires.
Même Françoise Degoy, pourtant favorable à la diplomatie, admet : « Je ne crois pas à l'honnêteté intellectuelle du président Tebboune. » Elle reconnaît que « le pouvoir algérien ne veut pas d'une relation apaisée ».
Alors pourquoi Macron insiste ? Pourquoi cette obsession de tendre la main à un régime qui la mord ?
Menetti a une hypothèse : « Macron veut passer pour l'homme de paix. Il veut un succès diplomatique. Mais il se trompe de méthode. » La main tendue ne fonctionne qu'avec des interlocuteurs de bonne foi. Le régime algérien n'en fait pas partie.
La preuve ? Pendant un an, la France n'a rien dit sur Gleize. Rien. Le profil bas total. Et résultat ? Gleize est toujours en prison. « C'est une politique de soumission », résume Menetti.
Degoy répond : « La diplomatie peut être interprétée comme de la soumission. Mais si demain Gleize est libéré, on se dira que ça n'est pas si mal. » Vraiment ? Est-ce que ça justifie un an de silence ? Est-ce que ça justifie de laisser un journaliste pourrir dans une prison algérienne sans rien dire ?
Le Dossier répond : non.
Le Dossier n'est pas clos
La Coupe du Monde 2026 approche. L'Algérie y participe. Certains croient que ça débloquera la situation. « On ne peut pas avoir un journaliste sportif français incarcéré en Algérie », dit Menetti. Tebboune n'est pas idiot. Il a toutes les cartes en main.
Une libération est possible. Mais à quel prix ? La France aura-t-elle dû faire encore des concessions ? Aura-t-elle dû promettre de ne plus parler du Sahara ? Aura-t-elle dû fermer les yeux sur les OQTF ?
Le Dossier n'a pas de réponse. Mais une certitude : la diplomatie de l'apaisement, sans rapport de force, ne fonctionne pas. Le régime algérien ne respecte que la force. Il a été formé dans la forge du soviétisme. Il ne connaît que le rapport de force.
Alors, que faire ? Menetti propose de cibler les oligarques algériens. De sanctionner leurs biens en France. De jouer sur les visas. De jouer sur les filières d'étudiants. De créer un rapport de force réel, pas seulement verbal.
Degoy hésite : « Je ne suis pas sûr qu'on ne déclenche pas un conflit plus grave. » Mais quel conflit ? L'Algérie a besoin de la France économiquement. Ses généraux ont leurs comptes à Paris. Leurs enfants étudient à Sciences Po. Leur santé se soigne à l'hôpital français.
La France a des leviers. Elle ne les utilise pas.
Et pendant ce temps, Christophe Gleize attend. Boualem Sansal attend. Kamel Daoud attend. Les 50 000 irréguliers algériens restent en France. Et Macron sourit.
Le dossier est loin d'être clos. Il commence à peine.
Le Dossier
Sources : Débat des éditorialistes — CNews / Europe 1 / JDD, Sondage CSA pour CNews, Europe 1 et JDD, Maghrebactu.com, Huffington Post, Breizh-info.com
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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