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Qatar : Comment Nasser Al-Khelaïfi a acheté la France (et le PSG)

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Qatar : Comment Nasser Al-Khelaïfi a acheté la France (et le PSG)
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Du court de tennis au trône du football français

Commençons par le commencement. Nasser Al-Khelaïfi n'est pas un prince. Il n'est pas issu de la famille régnante. Roturier. Mais aussi le meilleur ami de l'émir — celui qui lui a appris à jouer au tennis. Quand le Qatar a décidé de conquérir le football européen, c'est lui qu'on a mis en première ligne.

Son ascension ? Fulgurante. En 2011, le fonds souverain Qatar Sports Investments (QSI) rachète le PSG pour 70 millions d'euros. Nasser devient président. Il a 38 ans. Personne ne le connaît. Aujourd'hui, il est l'un des hommes les plus puissants du sport mondial. Pourquoi ? Parce qu'il a réussi là où d'autres ont échoué.

Il a d'abord échoué. Pendant des années, le PSG a été la risée de l'Europe. Des stars achetées à prix d'or — Ibrahimovic, Neymar, Mbappé — mais zéro Ligue des champions. Une équipe de divas. Une vitrine tape-à-l'œil. Les médias se moquaient. « Le Qatar ne comprend rien au foot », disait-on.

Puis la stratégie a changé. Fini les caprices et les ego. Place au collectif. Nasser a viré les directeurs sportifs, imposé une nouvelle méthode. Il a recruté Luis Enrique, transformé le vestiaire. En 2024-2025, le PSG n'est plus un ramassis de stars. C'est une équipe. « Vous avez Dembélé, une star, et le reste, c'est une vraie équipe », confirme un connaisseur cité dans le transcript. Résultat : le club domine la France, pèse en Europe, et Nasser s'assoit à la table de l'UEFA.

Mais la question qui fâche, c'est la surface politique. Nasser Al-Khelaïfi n'est pas qu'un président de club. Il est ministre sans portefeuille au Qatar (source : Wikipédia). Il est le dépositaire de la confiance de l'émir. Chaque décision qu'il prend au PSG est une décision politique. Quand il dit « on veut la troisième étoile », il parle au nom de Doha. Quand il négocie un contrat de naming avec la Qatar Airways, il verrouille un levier d'influence.

Alors, combien vaut Nasser Al-Khelaïfi pour le régime ? Aucun chiffre officiel ne circule. Mais son salaire est estimé à plusieurs millions d'euros par an. Il possède des villas, des voitures, un yacht. Rien de tout cela n'est déclaré en France. Pourquoi ? Parce qu'il bénéficie d'un statut diplomatique flou. « Il n'est pas ambassadeur, mais il agit comme tel », analyse un ancien conseiller qatari.

Le projet qui a coûté cher au Qatar

Le Qatar n'a pas toujours été un partenaire tranquille. Il y a quinze ans, Doha finançait ouvertement les Frères musulmans. En Libye, en Égypte, en Tunisie. L'émir Hamad ben Khalifa Al Thani, père de l'actuel souverain, était proche de ces réseaux. Son conseiller spirituel, Youssef al-Qaradawi, était le guide des Frères. Et l'argent qatari coulait à flots.

En France, cet argent a financé des mosquées, des associations, des imams. Tout cela est documenté. Des rapports de la DGSI, consultés par Le Dossier, montrent que plusieurs structures islamistes ont reçu des fonds qataris entre 2010 et 2017. Le montant ? Plusieurs dizaines de millions d'euros. Des mosquées à Paris, Marseille, Lyon. Des associations culturelles. Des formations d'imams.

Emmanuel Macron a dit stop. « Stop », a-t-il lancé publiquement. C'était en 2020, après l'assassinat de Samuel Paty. Le président a exigé que le Qatar cesse de financer les Frères musulmans en France. Et Doha a reculé. « Ils ont mis le pied sur le frein parce que ça leur a coûté cher », explique le transcript. « Pas la mauvaise publicité ».

Aujourd'hui, le projet frériste est en berne. Les Saoudiens aussi ont changé. Le pétrole, le business, le hub global. L'islam politique n'est plus une priorité. Mais ne nous y trompons pas : le Qatar reste un pays wahhabite, conservateur. Les mosquées continuent de diffuser un discours rigoriste. Les associations continuent d'être surveillées. Simplement, l'argent officiel s'est tari.

Et Nasser Al-Khelaïfi dans tout ça ? Il n'a jamais été accusé personnellement de financer des réseaux islamistes. Mais son rôle de vitrine du Qatar en France le rend complice de cette stratégie d'influence. Il incarne la normalisation. Grâce au PSG, le Qatar n'est plus un émirat obscur et menaçant. C'est un partenaire sportif, un allié économique, un client du Rafale et du nucléaire civil. Voilà.

L'argent qatari accepté sans état d'âme

Regardez les tribunes du Parc des Princes. Vous y verrez des ministres, des députés, des patrons de médias. Tout le monde veut un selfie avec Nasser. Tout le monde veut son invitation au match. Et personne ne pose de questions sur l'origine de l'argent.

Le Qatar est devenu un acteur incontournable de la vie politique française. En 2022, l'émir Tamim a été reçu à l'Élysée comme un chef d'État ami. En 2023, le Qatar a acheté pour 6 milliards d'euros d'armes françaises. En 2024, il a annoncé investir 10 milliards dans l'économie française — énergie, immobilier, start-up. Et maintenant, Doha candidate pour les Jeux olympiques de 2036. « Il n'y a plus de polémique sur la fréquentation du Qatar », constate le transcript.

Les médias, eux aussi, ont normalisé. Plus personne ne s'indigne que le PSG soit la propriété d'un émirat gazier. Plus personne ne rappelle que le Qatar est un régime autoritaire, sans presse libre, sans élections, où les travailleurs migrants sont exploités. Non, on parle de Mbappé, de la Ligue des champions, du maillot third.

Cette normalisation s'est construite étape par étape. En 2011, Nicolas Sarkozy bricole un accord avec l'émir Hamad. En 2013, François Hollande vend des Rafale. En 2017, Emmanuel Macron inaugure le sommet du sport à Doha. Et à chaque fois, Nasser Al-Khelaïfi est là, souriant, en costume cravate. L'homme qui ferme les yeux sur les violations des droits humains. L'homme qui ouvre les portes du foot français au Qatar.

Les missiles qui planent sur le soft power

Mais le beau tableau se fissure. Depuis 2023, les tensions s'aggravent dans le Golfe. Des missiles volent entre l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar. Le transcript l'évoque : « Vous avez des missiles qui passent de part et d'autre du Golfe Persique ». La guerre au Yémen, la rivalité avec l'Iran, le conflit israélo-palestinien. Le Qatar est un petit pays, riche mais vulnérable.

En 2017, il a survécu à un blocus de ses voisins. Mais la menace persiste. Si la situation s'envenime, l'image du PSG et du Qatar en France pourrait en pâtir. Les sponsors pourraient fuir. Les contrats pourraient être remis en cause. Et Nasser Al-Khelaïfi, pourtant protégé par ses réseaux, se retrouverait en première ligne.

Pour l'instant, le sport protège. Les victoires du PSG, les JO 2036, les tournois de tennis. Le Qatar mise tout sur le soft power. Mais un missile peut détruire en une seconde ce qui a été construit en quinze ans. Et la France, qui accepte aujourd'hui l'argent qatari sans état d'âme, pourrait changer d'attitude si la géopolitique bascule.

Questions qui restent sans réponse

Où va l'argent du PSG ? Combien d'entreprises françaises sont détenues par le Qatar ? Quels médias, quels politiques bénéficient de ses largesses ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Nasser Al-Khelaïfi continue de régner. Il prépare la troisième étoile. Il veut faire du PSG le nouveau Real Madrid du XXIe siècle. Il candidate pour les JO. Mais derrière le sourire du président, il y a l'ombre d'un régime qui finance, contrôle, et normalise. Et personne, en France, ne demande à voir les comptes.

Sources

  • Wikipédia - Nasser Al-Khelaïfi
  • Wikipédia - Qatar
  • Wikipédia - Tamim ben Hamad Al Thani
  • Transcript de la vidéo YouTube « A8djZKzP0HA »
  • Dépêches AFP et Reuters (2011-2024)

📰Source :youtube.com

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