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Affaire du tueur à la hache : trois perpétuités pour Mohamed Falet, zéro aveu, des doutes persistent

Par la rédaction de Le Dossier · 17 JUIN 2026
Illustration: Affaire du tueur à la hache : trois perpétuités pour Mohamed Falet, zéro aveu, des doutes persistent
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Le corps sur le parking

Un matin d'automne dans l'est de la France. Le 17 novembre 1998, les policiers de Belfort sont appelés par une habitante du quartier des Résidences. Au fond du parking qui accueille d'ordinaire le marché, elle a découvert un corps.

« Nous constatons qu'il s'agit du cadavre d'un homme allongé sur le ventre », raconte un enquêteur. « À quelques mètres, nous remarquons la présence d'une grande flaque de sang qui nous laisse supposer que le corps a été déplacé. »

L'homme est Mohamed Selami, 67 ans, cafetier à Sochaux. Tué à coups de hache. Violence extrême. « Il y a eu un acharnement féroce sur la victime qui présente de nombreuses traces de coupures larges et profondes sur la face, sur le sommet du crâne et également sur la nuque », décrit le policier.

Une chose frappe les enquêteurs : l'ouverture à la nuque. « Une lésion très importante, très profonde, qui laissait penser qu'on avait tenté de le décapiter. »

Autour du corps, dans la haie de charmes qui longe le cimetière, les policiers recueillent des indices. Une hache ensanglantée — « une petite hachette pour refendre le bois d'allumage », précise l'enquêteur. Un couteau de cuisine de 26 centimètres, également ensanglanté. Et des débris de photos, avec leurs négatifs.

« J'ai émis l'hypothèse que ces photos étaient en rapport avec l'homicide », explique un policier. « Dans l'hypothèse d'un crime passionnel, ça aurait pu être une sorte de signature. »

Pas d'empreintes sur les armes. Pas d'ADN non plus. À l'époque, cette technique n'en est qu'à ses balbutiements.

Une vie discrète, une mort violente

Mohamed Selami était un homme connu à Sochaux. Il avait tenu le bar du Commerce pendant plus de vingt ans. « Mon père, c'était un gentil monsieur », témoigne son fils Saïd Selami. « Il aimait ce qu'il faisait. Il aimait faire la fête. Tout le monde l'aimait. »

Mais Mohamed Selami menait une double vie. « Il aimait bien les femmes, ça c'est une chose », confie un enquêteur. « Les dames galantes, il allait les voir assez fréquemment, notamment à Belfort, où il fréquentait quelques bars. »

Ces bars de nuit, où se retrouvent « une population très mouvante, de nombreuses filles, où ça discute, où on boit ». Des femmes « intéressées, entretenues, qui vont essayer de soutirer, de pigeonner les hommes qui fréquentent ce type d'établissement ».

Autre particularité : Mohamed Selami transportait toujours sur lui une liasse de billets. « C'est un gars qui avait son coffre-fort sur lui », raconte un policier. « Il se promenait avec à peu près 15 000 à 20 000 francs en permanence. Tout le monde le savait. Il prêtait de l'argent un peu à droite et à gauche. »

Le jour du meurtre, d'après sa femme, il portait une liasse de billets de 500 francs dans la poche arrière de son pantalon. « Il s'est avéré qu'on n'a pas trouvé d'argent, ou très peu, dans ses poches », constate l'enquêteur. « En clair, il a été détroussé. »

L'autopsie révèle les détails du scénario criminel. « Monsieur Selami était debout, il a été frappé par son agresseur avec la hachette au visage », explique le médecin légiste. « Il est tombé sur le dos. Son agresseur s'est ensuite acharné sur lui avec la hachette. Il a ensuite retourné le corps, pris le couteau de cuisine et tenté une décapitation. »

La mort remonte au 16 novembre 1998, avant minuit. « Monsieur Selami n'a pas eu le temps de se défendre », précise le légiste. « Aucune trace de lésion de défense, ni sur ses mains, ni sur ses bras. »

Un suspect qui se présente seul

Quatre mois passent. L'enquête piétine. Puis, le 3 mars 1999, un homme prénommé Max est agressé à la hache à Sochaux. Il survit. Selon la source, il aurait désigné son agresseur par le surnom Bouraba, celui de Mohamed Falet, un ouvrier fondeur de l'usine Peugeot.

Deux jours plus tard, le 5 mars 1999, le corps démembré d'Abdel Kader Chamrouki, 60 ans, est retrouvé dans des sacs poubelle à Sochaux. Même mode opératoire : coups de hache au visage, décapitation sous la deuxième vertèbre cervicale. Les similitudes relient les deux meurtres.

Les policiers recherchent activement Mohamed Falet. Selon la source, Falet s'est rendu de lui-même au commissariat pour l'agression de Max, ignorant la découverte du corps de Chamrouki. Il a été mis en examen pour la tentative d'assassinat de Max et pour le meurtre de Chamrouki.

Un accusé impassible

Falet a nié tout en bloc. Il a montré un calme surprenant lors des interrogatoires, sauf une brève colère lorsqu'il a été confronté à la preuve ADN. Son avocat, Maître Bower, a plaidé l'absence de preuves matérielles dans certaines affaires.

Après délibéré, la cour a condamné Falet à la réclusion criminelle à perpétuité. La famille Chamrouki a exprimé son soulagement, mais a regretté le déni de l'accusé. Falet a fait appel ; la peine a été confirmée.

Un troisième procès, 17 ans après

Mohamed Falet a également été condamné pour le meurtre d'Anna Rati, une femme tuée en 1995 à Montbéliard, portant à trois le nombre de ses condamnations à perpétuité.

L'affaire Selami a traîné. Aucune empreinte ni ADN n'ont été trouvés sur les armes du premier meurtre. Après 17 ans d'enquête, Falet a été mis en examen pour l'assassinat de Mohamed Selami. Le dossier reposait sur un faisceau d'indices : absence d'alibi, dettes d'argent, billets suspects, et le même mode opératoire que les autres crimes. La défense a pointé des zones d'ombre majeures : absence de traces de sang sur les vêtements de Falet, absence d'analyses sur la voiture prêtée, témoignages contradictoires.

Le jury a finalement condamné Falet pour la troisième fois à la réclusion criminelle à perpétuité.

Un déni qui interroge

Mohamed Falet n'a jamais avoué. Un ancien codétenu a rapporté des confidences de Falet détaillant les meurtres de Chamrouki et de Max, mais Falet lui-même n'a rien dit. La famille Selami a attendu 17 ans un soulagement, mais le deuil reste inachevé faute d'aveux.

Mohamed Falet pourra demander une libération conditionnelle à 77 ans.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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