Meurtres de la RN20 : le tueur de blondes identifié mais libre

L’accroche
Le mardi 11 mars 1980, Martin, un chauffeur routier, quitte Paris en direction d’Orléans. Il emprunte la RN20. Après plusieurs dizaines de minutes, il s’arrête pour une pause. Une petite aire de repos, autour d’un château d’eau abandonné. La peinture s’écaille. La rouille ronge les barres de fer.
Il s’avance. À l’intérieur, une forme se balance. L’obscurité cache d’abord ce que c’est. Puis la vision d’horreur : le corps nu d’une femme pendue par un nœud coulant à un pylône métallique. Une adolescente. Cheveux blonds, longs et bouclés. Yeux bleus. Aucun bijou. Aucun vêtement. Seule une chaussette bleue traîne à quelques mètres.
C’est le premier corps. Il y en aura trois autres.
Les faits
La brigade criminelle de Versailles arrive sur les lieux. D’après le podcast Crim Story du Parisien, les policiers ne comprennent pas cette mise en scène. Vengeance ? Jeu macabre ? Message codé ? Ils se demandent même si l’endroit n’a pas été choisi pour son nom — entre Montdésir et Ville Sauvage.
L’autopsie révèle que la jeune fille mesure 1,52 mètre et pèse 48 kilos. Les enquêteurs prélèvent des traces de sperme sur son ventre et le haut de son corps. Elle est morte étranglée — impossible de dire si c’est la corde ou une strangulation préalable. Les analyses toxicologiques montrent qu’elle a consommé de l’héroïne. Des marques de piqûres sur ses bras indiquent une habitude.
Pour l’identifier, les policiers diffusent son signalement dans l’émission « Les Dossiers de l’écran ». Sans résultat. Ils publient alors son schéma dentaire dans des revues pour dentistes. Un praticien de La Rochelle la reconnaît. La jeune fille s’appelle Michel Couturier.
Elle avait 17 ans. Un an plus tôt, elle avait fugué du domicile familial, près de La Rochelle. Son rêve : devenir artiste peintre. À Paris, la vente de ses tableaux ne suffit pas. Elle enchaîne les petits boulots, se lie avec des personnes en difficulté, consomme de l’héroïne. Pour se procurer de l’argent, elle se prostitue. Elle garde contact avec sa famille, fait du stop entre Paris et La Rochelle. Mais elle revient toujours vers la capitale.
Début mars 1980, elle prend une grande décision : repartir de zéro, rejoindre ses parents pour de bon. Le samedi 8 mars, elle se rend porte d’Orléans pour trouver une voiture en stop. Trois jours plus tard, son corps est retrouvé dans le château d’eau, à une soixantaine de kilomètres de Paris.
Neuf mois passent. L’enquête piétine. Puis, le jour de Noël 1980, un jeune homme qui promène son chat découvre un autre corps le long de la RN20, au lieu-dit Rougemont, près d’Étampes. Une bâche blanche dépasse des arbres. Dessous, une femme petite, blonde, aux yeux bleus. Morte depuis quelques heures à peine. Même mode opératoire : strangulation, corps dénudé, dépouillé de tout effet personnel.
La victime s’appelle Sylvie Leoc. Elle a 21 ans. Originaire des Côtes-d’Armor, elle a perdu sa mère à 19 ans et a quitté le domicile familial pour découvrir le pays. Serveuse, elle s’installe à Issy-les-Moulineaux. En décembre 1980, elle décide de rentrer chez elle pour Noël. Le matin du 24 décembre, elle fait du stop à l’entrée de l’autoroute de l’Ouest. Son corps est retrouvé le lendemain. Des traces laissent penser que ses boucles d’oreilles ont été arrachées.
Un an et demi plus tard, le 14 juillet 1982, un couple de retraités en camping-car se réveille sur un petit chemin près de l’aérodrome de Montdésir — à quelques kilomètres du château d’eau où Michel Couturier a été retrouvée. La femme se dégourdit les jambes. Dans un buisson, elle découvre le corps nu d’une jeune femme blonde, avec une bague au doigt. Morte par strangulation. Position fœtale — comme si elle avait été transportée dans un coffre.
Cette troisième victime s’appelle Christine Devchelle. Elle a 27 ans. Son mari, concierge à Paris, avait signalé sa disparition en juillet 1982. Il vit avec leur fils de 5 ans dans une loge de 15 mètres carrés. Le soir de sa disparition, il regardait un match de football à la télévision. Sa femme « passait devant », dit-il. Il l’a mise dehors. Elle n’est jamais revenue.
L’institutrice du petit garçon signale aux policiers que l’enfant a des comportements étranges : il simule un auto-étranglement. Les enquêteurs perquisitionnent le logement du mari. Ils y découvrent des coupures de presse sur le tueur de la RN20. L’homme est placé en garde à vue. L’hypothèse d’un « copycat » — un tueur qui s’inspire des méthodes d’un autre pour masquer son propre crime — est envisagée. Mais le magistrat chargé de l’enquête estime les éléments insuffisants. Le suspect est relâché.
Quatre mois plus tard, le 7 août 1983, un agriculteur découvre le corps d’une femme nue au lieu-dit le Bois Renard, à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne. Le meurtre vient d’être commis. Les traces de sang sont fraîches. L’autopsie révèle qu’elle a été étranglée, assommée, puis frappée avec un tournevis. Près du corps, des mouchoirs maculés de sperme — deux près de la victime, un troisième coincé dans son aisselle.
La victime s’appelle Pascal Le Cam. Elle a 21 ans. Originaire de Carnoët, dans les Côtes-d’Armor, elle termine ses études en gestion et effectue un stage à l’INA à Paris. Le vendredi 5 août, elle rencontre un garçon blond qu’elle montre de loin à sa sœur. Le samedi 6 août, elle part faire des courses seule. Sa sœur ne la reverra plus.
Le contexte
Les quatre victimes se ressemblent physiquement : jeunes, blondes, les yeux bleus. Toutes étranglées, toutes découvertes le long de la RN20, entre Paris et Orléans. Les enquêteurs de la brigade criminelle de Versailles en sont convaincus — un seul et même tueur. D’après le podcast du Parisien, ils ont « l’intime conviction ». Et pourtant, les preuves restent minces.
Des traces de pneus : une Peugeot 504 pour le premier meurtre, une Renault 5 pour le dernier. Des voitures très communes à l’époque. Un témoin aperçoit une voiture arrêtée près du château d’eau au moment du meurtre de Michel Couturier. Impossible d’identifier le véhicule.
Le garçon blond que Pascal Le Cam a rencontré la veille de sa mort ? Sa sœur le décrit comme mesurant environ 1,80 mètre. Signalement trop vague. Il ne sera jamais retrouvé.
En 1988, l’enquête est classée. D’après le podcast, cette décision revient au juge d’instruction. Pour les policiers, c’est un « crève-cœur ». Pour les familles des victimes, c’est pire.
Le traitement judiciaire
En 2006, l’OCRVP — l’Office central de répression des violences aux personnes — voit le jour. Sa mission : exhumer d’anciennes enquêtes abandonnées faute d’indices. Près de 25 ans après les faits, les enquêteurs reprennent l’affaire de la RN20.
Ils s’intéressent au mouchoir retrouvé près du corps de Pascal Le Cam. C’est le seul scellé qui reste — à l’époque, les scellés des enquêtes classées étaient systématiquement détruits. Sur quelques centimètres carrés de Kleenex, une trace ADN est identifiée. Mais la science ne permet pas encore de la reconstituer totalement.
En 2008, le mouchoir est envoyé à la police technique et scientifique d’Écully. En 2009, le travail est terminé. Un ADN complet a été isolé. Il correspond à une personne enregistrée dans le FNAEG — le fichier national automatisé des empreintes génétiques.
L’homme s’appelle Philippe L. Il a 47 ans. Connu des services de police pour divers délits. Placé en garde à vue, les éléments s’accumulent : il côtoyait le pub où Pascal Le Cam avait rencontr
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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