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PolitiqueÉpisode 2/2

Chikirou : 67 000 euros escroqués ? Le parquet requiert zéro inéligibilité

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Chikirou : 67 000 euros escroqués ? Le parquet requiert zéro inéligibilité
© Illustration Le Dossier (IA)

67 146 euros : le montant qui ne passe pas

Cinq chiffres. 67 146. C'est la somme que Sophia Chikirou voulait voir atterrir sur le compte de Mediascop, sa société de conseil en communication. À l'époque – été 2018 – elle n'était plus présidente du Média. Elle avait démissionné. Pourtant, elle a tenté de faire virer cette somme depuis le compte de l'association qu'elle ne dirigeait plus. (Source : Libération)

Le parquet l'accuse d'avoir « trompé la banque Crédit du Nord ». (Source : Le Figaro) Une tentative d'escroquerie ? Oui. Mais devant le tribunal, les débats ont vite dérivé sur des questions de chronologie. Quand la facture a-t-elle été émise ? Savait-elle que son mandat était terminé ? Les avocats de la défense ont multiplié les arguties techniques.

Et pourtant. Les faits sont là. Un ordre de virement. Un compte personnel. Une absence de droit à cette somme. Le Monde a suivi l'audience. Il décrit des « débats tatillons sur la chronologie ». Pendant que les magistrats disséquaient les dates, l'argent — lui — restait au cœur du scandale.

Sophia Chikirou n'a pas volé. Mais elle a essayé. Le code pénal punit la tentative comme l'infraction elle-même. Alors pourquoi le parquet demande-t-il une peine aussi douce ?


Chronique d'une tentative d'escroquerie planifiée

Revenons en 2018. Le Média, lancé par des proches de Jean‑Luc Mélenchon, traverse une tempête. Sophia Chikirou en est la présidente. Puis elle claque la porte — démission effective. L'association tourne la page.

Sauf que l'été 2018, Mediascop — la société de Chikirou — émet une facture de 67 146 euros à destination du Média. Problème : elle ne dirige plus la structure. La banque bloque le virement. L'affaire éclate.

La défense de Chikirou ? « L’audience permettra de démontrer sereinement qu’il n’y a eu ni vol de chèque, ni tentative d’escroquerie à la banque. » (Source : Le Parisien) Une posture classique. Mais les éléments de procédure parlent d'eux-mêmes : l'ordre de virement a bien été donné, la banque Crédit du Nord a été sollicitée. Le fait que le virement n'ait pas abouti ne change rien — c'est la tentative qui est poursuivie.

Pourquoi le tribunal se perd-il dans des dates ? Parce que c'est le seul moyen de semer le doute. Montrer que Chikirou pouvait encore agir au nom du Média, que la chronologie n'est pas claire. Mais les journalistes du Monde le constatent : les débats tournent en rond. Pendant ce temps, l'argent reste au milieu de la table.


Une peine légère, un message inquiétant

Le parquet a requis 50 000 euros d'amende. Pas d'inéligibilité. Pas de mandat suspendu. Rien. (oui, vous avez bien lu) (Source : L'Opinion)

Cinquante mille. C'est 75 % de ce qu'elle a tenté d'escroquer — un deal ? Peut-être. Une façon d'éviter une bataille politique ? Sans doute. Car si Chikirou avait été condamnée à une peine d'inéligibilité, elle aurait perdu son siège de députée. Le groupe LFI, déjà fragilisé par d'autres affaires, aurait subi un nouveau coup.

Mais la justice ne devrait pas négocier le prix des mandats. Une tentative d'escroquerie est un délit pénal. Le code prévoit jusqu'à cinq ans de prison et 375 000 euros d'amende. Ici, le parquet se contente d'une amende légère.

Question : que faut-il à un élu pour être vraiment sanctionné ? Aurait-il fallu que le virement aboutisse ? Que l'argent atterrisse sur un compte aux îles Caïmans ? Non. La tentative est punissable. Pourtant, le parquet ferme les yeux.

Ce n'est pas une première. En France, les élus bénéficient souvent d'un traitement de faveur. Les peines d'inéligibilité sont rares pour des délits financiers. On préfère les amendes — des frais de fonctionnement politique, en quelque sorte. Mais le message est clair : vous pouvez tenter d'escroquer une association, tant que vous rendez l'argent et payez une amende, vous gardez votre mandat.


Chikirou, l'argent et les autres affaires

Sophia Chikirou n'en est pas à son premier couac judiciaire. Née le 3 juin 1979 à Bonneville (Haute-Savoie), elle a dirigé la campagne de Jean‑Luc Mélenchon en 2017. (Source : données vérifiées) Et en septembre 2024, elle a été mise en examen dans l'affaire des comptes de campagne de Mélenchon pour la présidentielle de 2017. (Source : mêmes vérifications)

Là encore, de l'argent. Des factures douteuses. Des prestations de conseil surpayées. Le parquet financier enquête. Mais le procès d'aujourd'hui est le premier à passer devant le tribunal correctionnel.

Coïncidence ? Non. C'est une habitude chez certains proches du leader insoumis. Des montages de sociétés de conseil, des facturations à des associations militantes, des comptes opaques. L'affaire Chikirou n'est pas un cas isolé — c'est un symptôme. Un système où l'argent public ou militant circule vers des sociétés privées tenues par les amis du parti.

Et pendant ce temps, les députés continuent de voter les lois. Sophia Chikirou siégeait encore à l'Assemblée nationale durant son procès. Peut-on légiférer en toute sérénité quand on est prévenu d'escroquerie ? Le droit français dit oui — tant qu'il n'y a pas de condamnation définitive. Mais la morale politique dit non.


Le parquet face à une élue : traitement de faveur ?

L'audience a montré des débats « tatillons ». (Le Monde) Les magistrats se sont focalisés sur des détails chronologiques : à quelle date la facture a-t-elle été émise, à quel moment la banque a-t-elle reçu l'ordre, Chikirou savait-elle qu'elle n'était plus présidente ? Ces questions techniques ont noyé le fond : l'intention frauduleuse.

Car le cœur de l'affaire est simple. Sophia Chikirou a envoyé une facture de 67 146 euros à une association qu'elle ne dirigeait plus, pour des prestations qu'elle n'avait pas fournies (ou dont la nature est contestée). La banque a refusé le virement. Mais l'intention était là.

La défense a plaidé l'erreur : elle pensait encore avoir le droit d'émettre cette facture. Un argument faible, mais qui a suffi au parquet pour ne pas demander l'inéligibilité. La justice française a peur des symboles. Condamner une députée d'opposition à perdre son mandat pour tentative d'escroquerie serait un pavé dans la mare. Alors on prend une amende, on dit que c'est grave, et on tourne la page.

Mais pour qui cette indulgence ? Pour les citoyens qui voient leurs impôts financer des indemnités parlementaires ? Pour les militants qui donnent de l'argent à leur parti ? Non. Le parquet a protégé Chikirou — et par ricochet, protégé LFI d'une nouvelle secousse.


Les questions qui restent

Le procès s'est conclu sans verdict ce mardi. Le tribunal mettra sa décision en délibéré. Mais déjà, les questions s'accumulent.

Pourquoi la banque Crédit du Nord a-t-elle bloqué le virement ? Parce que les comptes du Média étaient déjà dans le rouge ? Ou parce que le mandat de Chikirou était clairement terminé ?

Pourquoi la défense n'a-t-elle pas produit de preuves irréfutables de son droit à facturer ? Parce que ce droit n'existait pas.

Et surtout : combien d'autres factures de ce type dorment dans les tiroirs des associations militantes ? Combien d'élus utilisent leurs sociétés de conseil pour se rémunérer sur le dos de leurs mandats ? L'affaire Chikirou n'est que la pointe émergée d'un iceberg qui sent le soufre.

Le Dossier suivra le délibéré. Une chose est sûre : 67 146 euros, 50 000 d'amende, zéro inéligibilité. Le message est passé : en France, quand on est député, on a le droit de tenter d'escroquer. À suivre.


Sources

  • Le Monde – « Au procès de Sophia Chikirou pour tentative d’escroquerie, des débats tatillons sur la chronologie et une peine légère requise »
  • Libération – article sur la tentative de facturation de 67 146 euros au Média
  • Le Parisien – citation de la défense : « l’audience permettra de démontrer sereinement qu’il n’y a eu ni vol de chèque, ni tentative d’escroquerie à la banque »
  • Le Figaro – mention de « trompé la banque Crédit du Nord »
  • L'Opinion – réquisitions : 50 000 euros d'amende, sans inéligibilité
  • 20 Minutes – faits et montants précis
  • Données vérifiées par recherche web : date de naissance, mise en examen pour les comptes de campagne de 2017

📰Source :youtube.com

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