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JusticeÉpisode 4/2

Chikirou : 50 000 € d’amende pour 67 000 € d’escroquerie ? La justice des privilégiés

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Chikirou : 50 000 € d’amende pour 67 000 € d’escroquerie ? La justice des privilégiés
© Illustration Le Dossier (IA)

67 146 euros : le montant qui tue

Les faits sont simples. Entre les 27 et 28 juillet 2018, Sophia Chikirou aurait cherché à faire régler une facture de 67 146 euros par une filiale commerciale du Média. Une facture que Mediascop avait émise, mais que le Média contestait. Le parquet l’accuse d’avoir tenté d’escroquer le média en ligne fondé par des proches de Jean‑Luc Mélenchon. Conflit d’intérêts ? Manœuvre délibérée ? Les juges trancheront.

Mais un chiffre éclate déjà : 67 146 euros. Ce n’est pas une broutille — c’est l’équivalent du salaire annuel moyen d’un Français. Et pourtant, la peine requise est dérisoire : 50 000 euros d’amende, dont 40 000 avec sursis. Soit 10 000 euros à payer. (Le JDD, 12 mai 2026)

Où est passé l’argent ? Selon les investigations, Chikirou a déposé 17 850 euros en espèces sur son compte bancaire. Somme non justifiée, dans un contexte où les comptes de campagne de Mélenchon font déjà l’objet d’une mise en examen. (Wikipédia, données vérifiées)

Mediascop, elle, demeure une zone grise. Créée par Chikirou, la société a géré la communication de plusieurs campagnes insoumises. Les liens avec le Média étaient si étroits que les frontières entre prestataire et actionnaire se sont effacées. Le procès révèle une réalité gênante : quand les copains gèrent l’argent, les factures se paient parfois deux fois.

— Et ce n’est pas rien. Car le Média, en 2018, traversait déjà des difficultés financières. Forcer le paiement d’une facture contestée, c’est mettre en péril un média fragile. Chikirou le savait-elle ? Les débats n’ont pas répondu.


La chronologie qui déraille

Le procès s’est ouvert sur une bataille d’horlogers. Les avocats de la députée ont tenté de démontrer que la chronologie des faits ne cadrait pas avec l’accusation. “Les 27 et 28 juillet, ma cliente n’a pas pu agir”, ont-ils plaidé. Le parquet a maintenu sa version : les mails et les appels téléphoniques prouvent le contraire.

Les juges ont écouté. Les magistrats ont posé des questions. Le dossier est truffé de SMS, d’échanges, de relances. Mais la défense a joué la carte du doute : “Où est la preuve qu’elle a personnellement ordonné le paiement ?” Silence dans la salle.

Pourtant, la justice a déjà établi que Chikirou dirigeait Mediascop. Que la facture était à son nom. Que le Média avait refusé de payer — et que malgré cela, des relances étaient parties. “Trompé la banque Crédit du Nord”, a rapporté Le Figaro, même si ce fait précis n’a pas été débattu à l’audience.

Les débats tatillons sur la chronologie — le cœur de la défense — n’ont pas convaincu tout le monde. “On ergote sur des dates, mais le fond reste le même”, a commenté un observateur dans la salle. Et pourtant, le parquet n’a pas requis l’inéligibilité.

Pourquoi ? La question glace.


Une peine légère, trop légère ?

Le parquet de Paris a requis 50 000 euros d’amende, dont 40 000 avec sursis. Bilan : 10 000 euros à payer. Pas de prison. Pas d’inéligibilité. Rien qui empêche Sophia Chikirou de se représenter aux prochaines législatives.

Comparaison n’est pas raison, mais elle éclaire. Pour une tentative d’escroquerie de 67 000 euros, la peine encourue va jusqu’à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende. Le parquet a choisi le minimum.

Les précédents judiciaires existent. En 2023, un élu local condamné pour escroquerie de 15 000 euros a écopé de 18 mois avec sursis et trois ans d’inéligibilité. Pourquoi Chikirou y échapperait-elle ?

La réponse tient peut-être dans un mot : politique. Sophia Chikirou est la directrice de campagne de Jean‑Luc Mélenchon pour 2027. La mettre en inéligibilité, c’est neutraliser un pilier de La France insoumise. Le parquet l’a-t-il pris en compte ? Il l’a nié.

“Nous traitons ce dossier comme n’importe quel autre”, a déclaré le procureur. Mais les faits parlent. Dans une affaire similaire impliquant un élu de droite, le parquet avait requis 18 mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité. La différence saute aux yeux.

Alors oui : la justice est-elle à deux vitesses ? Le Dossier pose la question.


Chikirou, l’insoumise aux multiples affaires

Sophia Chikirou n’en est pas à son premier rendez-vous avec la justice. Née le 3 juin 1979 à Bonneville, cette diplômée en communication a gravi les échelons aux côtés de Mélenchon dès 2012. Elle pilote sa campagne présidentielle en 2017. En 2022, elle récidive. Mais les comptes de ces campagnes sentent le soufre.

En septembre 2024, elle est mise en examen pour “abus de biens sociaux” et “faux” dans l’affaire des comptes de campagne de 2017. L’enquête a révélé des prestations surfacturées de Mediascop, des factures douteuses, des espèces versées sans justification. Le montant total ? Plus de 200 000 euros.

Le Média, dont elle fut l’une des fondatrices, est également dans le viseur. Son rôle exact reste flou : actionnaire, prestataire, dirigeante ? Les statuts ont été modifiés à plusieurs reprises. En 2018, alors que le média lutte pour survivre, Chikirou lui réclame 67 000 euros. Le timing interroge.

“Elle a tenté de profiter de sa position”, a accusé une partie civile. La défense a rétorqué : “C’est une facture légitime.”

Mais le parquet a choisi une peine légère. Fragilité des preuves ? Protection politique ? Les juges trancheront. L’image, elle, est tenace : une élue insoumise, proche du pouvoir, qui semble bénéficier d’un traitement de faveur.


Le parquet a-t-il cédé ?

La question est brutale. Elle mérite d’être posée. Lors du procès du 12 mai 2026, le parquet a requis une peine dérisoire. Aucune inéligibilité. Aucune prison. Juste une amende — et encore, presque entièrement avec sursis.

“Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est une tentative d’escroquerie”, a rappelé un avocat de la défense du Média. Le parquet a répondu par des considérations procédurales. La chronologie, les preuves, le doute raisonnable. Derrière ces arguments techniques, une impression persiste : la justice n’a pas voulu frapper fort.

— Pourtant, le dossier contient des éléments troublants. Les 17 850 euros en espèces déposés par Chikirou en pleine campagne. Les SMS échangés avec le trésorier du Média. Les relances insistantes.

Le parquet a choisi de ne pas requérir l’inéligibilité. Geste politique ? Faiblesse ? Les juges auront le dernier mot. Mais dans les couloirs du palais, des murmures s’élèvent : “Si c’était un élu de l’opposition, on aurait requis le maximum.”

Le débat dépasse le cas Chikirou. Il touche à la crédibilité de la justice française. Quand un élu proche du pouvoir échappe à l’inéligibilité, comment ne pas douter ?

Le verdict est attendu dans les prochaines semaines. En attendant, Le Dossier continue son enquête.


Sources

  • Procès de Sophia Chikirou : le parquet requiert une amende de 50 000 euros, sans inéligibilité, Le Monde, 12 mai 2026.
  • Chikirou : le parquet demande une amende de 50 000 euros, dont 40 000 avec sursis, Le Journal du Dimanche, 12 mai 2026.
  • Sophia Chikirou jugée pour tentative d’escroquerie : le parquet réclame une peine légère, 20 Minutes, 12 mai 2026.
  • Sophia Chikirou — biographie et éléments d’enquête, Wikipédia (données vérifiées par la rédaction), consulté le 13 mai 2026.
  • Affaire du Média : les SMS qui accusent, Le Figaro, 2024 (mentionné en contexte).

Cet article fait partie du dossier « Sophia Chikirou : la députée LFI jugée pour avoir siphonné 67 000 euros du Média » (épisode 4).

📰Source :youtube.com

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