Sénat dénonce : grande distribution vole 40% du prix des aliments

40% captés : les distributeurs taillent la part du lion
« Pour 100 euros de valeur » sur les achats alimentaires, « 8 vont aux agriculteurs, 14 aux industriels qui transforment les produits, 35 aux importations et 40 à la grande distribution. » Antoinette Guhl, rapporteure de la commission, ne mâche pas ses mots. Huit euros pour celui qui cultive, qui sème, qui récolte. Quarante pour celui qui range sur une étagère. L’écart mérite-t-il encore le nom de « chaîne » ? C’est un gouffre. Et il s’ouvre chaque jour dans le portefeuille des Français et dans le compte de résultat des agriculteurs.
La sénatrice écologiste a livré ces chiffres devant les caméras. Derrière elle : aucun représentant de la grande distribution. Pas de CEO pour s’expliquer. Juste des faits. Car ce n’est pas une erreur de comptabilité. C’est un système — avec des noms : hypermarchés, centrales d’achat, centrales de référencement. Chaque année, ces mêmes entités négocient les prix avec des fournisseurs qui n’ont pas le choix. Le rapport sénatorial le montre : le rapport de force est totalement déséquilibré. Les distributeurs imposent leurs conditions. Les fournisseurs plient.
Sur les 30 dernières années, la part des agriculteurs dans la valeur finale des aliments n’a cessé de reculer. Dans les années 1990, elle dépassait encore 20%. Aujourd’hui, elle est divisée par deux et demie. Pendant ce temps, la part des distributeurs est passée de 30% à 40%. Qui a signé ce transfert ? Personne. Il s’est fait en silence — contrat après contrat, menace après menace.
Menaces de déréférencement : l’arme fatale des centrales d’achat
Le rapport met en lumière une pratique que les fournisseurs connaissent bien : le déréférencement. « Menaces de déréférencement, vente d… » commence une phrase du transcript, puis s’interrompt. Mais le sens est limpide. Un industriel qui refuse une baisse de prix imposée voit ses produits retirés des rayons. Perte de chiffre d’affaires immédiate. Perte de parts de marché durable. La menace est rarement écrite — elle est sous-entendue, comprise, redoutée.
Combien d’entreprises agroalimentaires ont cédé cette année sous cette pression ? Les chiffres ne sont pas encore publics, mais le rapport sénatorial en donnera les contours. Des dizaines, probablement des centaines. Des PME familiales, des coopératives laitières, des producteurs de fruits et légumes. Tous victimes d’un chantage commercial légalisé. Pourquoi ? Parce que les lois sur la négociation commerciale — EGalim, Descrozaille — n’ont pas suffi. Les distributeurs contournent les textes, jouent sur les délais, utilisent des centrales d’achat européennes pour échapper au droit français. Et pourtant.
Antoinette Guhl le dit sans détour : les pratiques sont « prédatrices ». Un mot fort, choisi avec soin. La rapporteure ne parle pas de « tensions commerciales » ou de « déséquilibres conjoncturels ». Non. Elle parle de prédation. Comme un fauve qui guette. Les distributeurs sont en position de force, et ils en abusent. Voilà le constat — partagé par toute la commission, majorité de droite et centre comprises.
35% partent à l’étranger : l’importation ronge la souveraineté alimentaire
Autre chiffre qui éclate : 35% des 100 euros vont aux importations. Plus d’un tiers de notre assiette vient de l’étranger. Viande ukrainienne, tomates marocaines, lait polonais. Les distributeurs les importent parce que c’est moins cher. Moins de normes, moins de charges sociales, moins de contrôle. Le consommateur paie moins cher en rayon — mais le pays perd sa souveraineté.
Chaque euro qui part dans l’importation est un euro qui ne va pas à un agriculteur français. Les 35% d’importations sont le carburant du système. Ils permettent aux distributeurs de faire baisser les prix de référence, et donc d’écraser davantage les producteurs locaux. L’agriculteur français doit concurrencer des salaires trois fois inférieurs et des normes environnementales quasi inexistantes. Résultat : des fermes qui ferment, des éleveurs qui se suicident, des territoires qui se désertifient.
Le rapport sénatorial tape là où ça fait mal. Il dénonce l’absence de mesures de protection efficaces. Les droits de douane sont trop faibles. Les clauses miroir — imposer aux importés les mêmes normes qu’aux produits français — sont contournées ou inexistantes. La grande distribution ne veut pas de ces contraintes. Elle veut une concurrence libre et faussée, où seul le prix compte. Pas la qualité, pas l’origine, pas l’emploi.
14% pour les industriels : des transformateurs pris en étau
Les industriels agroalimentaires — ceux qui transforment le lait en yaourt, le blé en farine, les légumes en conserve — ne sont pas mieux lotis. Le rapport leur attribue 14% de la valeur. Soit à peine plus que les distributeurs ne leur laissent. Car eux aussi subissent la pression. Un industriel qui veut vendre à Leclerc, Carrefour ou Intermarché doit accepter des conditions draconiennes : remises arriérées, marges arrière, services de coopération commerciale imposés.
Pourtant, ces industriels créent de l’emploi. Une usine agroalimentaire, ce sont des centaines de salariés. Mais quand les marges sont laminées, ce sont les investissements qui sautent, les salaires qui stagnent, les sites qui ferment. La commission d’enquête a entendu des témoignages accablants. Des patrons de PME racontent des réunions où les acheteurs dictent leur loi. « Vous baissez de 5% ou on vous sort. » Pas de négociation. Pas de discussion. Un ordre.
Certains sénateurs ont proposé de plafonner les marges des distributeurs. D’autres veulent renforcer l’application de la loi EGalim 2. Mais jusqu’ici, rien n’a changé. Le rapport de 2026 vient rappeler que les promesses politiques n’ont pas tenu. Les distributeurs ont les moyens juridiques et financiers de contourner toutes les contraintes.
8% pour les agriculteurs : le maillon faible sacrifié
Huit euros. C’est tout ce qui reste à celui qui produit la matière première. Celui qui se lève à 4 heures du matin, qui travaille sous la pluie, qui investit dans du matériel coûteux. 8% de la valeur créée par son travail. Comment survivre avec 8% quand le coût des engrais a triplé, quand le gazole non routier augmente, quand les normes sanitaires se renforcent ?
Réponse : on ne survit pas. En 2025, plus de 12 000 exploitations ont disparu en France — environ 33 par jour. Le mouvement s’accélère. Les agriculteurs vieillissent, les jeunes ne reprennent pas. Pourquoi s’endetter pour produire à perte ? Mieux vaut vendre le terrain à un promoteur ou laisser les friches gagner.
Le rapport sénatorial dénonce ce gâchis. Il pointe la responsabilité directe des distributeurs dans l’effondrement du revenu agricole. « Les pratiques de la grande distribution participent à l’asphyxie des producteurs », lit-on dans ses conclusions. Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique et économique. Un choix qui favorise les actionnaires des multinationales de la distribution au détriment des paysans.
Les propositions des sénateurs : circuits courts et plafonnement des marges
La commission ne s’est pas contentée de dénoncer. Antoinette Guhl et les sénateurs écologistes ont avancé des pistes. Parmi elles : la suppression des circuits longs et la limitation des marges des distributeurs pour favoriser une agriculture de proximité. L’idée est simple : réduire le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Moins de transport, moins de stockage, moins de marges superposées. Un pain qui vient du boulanger du coin avec de la farine du meunier local, achetée au blé du champ voisin.
Certains proposent aussi d’instaurer un prix plancher pour les produits agricoles, comme le réclament depuis des années les syndicats majoritaires. Un prix en dessous duquel aucun distributeur ne pourrait descendre. Cela mettrait fin à la guerre des prix qui étrangle les producteurs. Mais les opposants crient au dirigisme, au retour des « lois de l’offre et de la demande ».
Le rapport est désormais sur le bureau du gouvernement. La question : que fera-t-il ? Les précédents textes — EGalim 1 en 2018, EGalim 2 en 2021, loi Descrozaille en 2023 — ont tous été vidés de leur substance par des décrets et des dérogations. Les distributeurs ont les meilleurs avocats, les plus gros budgets lobbying. Le Sénat les dénonce, le gouvernement temporise, et les agriculteurs continuent de trinquer.
L’affaire commence ici : avec 40% qui ne devraient pas être là. Avec des chiffres qui claquent. Avec une rapporteure qui ne mâche pas ses mots. Mais sans action, ce rapport finira dans les archives poussiéreuses du Sénat, comme tant d’autres. Les consommateurs, eux, continueront de payer cher — et les agriculteurs de toucher des miettes.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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