Intermarché étrangle les agriculteurs : 67% de marge contre 8% pour les producteurs

La bombe du Sénat : un « Far West » des marges
Demain, le rapport tombe. La commission d’enquête sénatoriale sur les marges des distributeurs accuse : un « Far West » dans les négociations commerciales. Les sénateurs dénoncent un manque de transparence sur les prix. Des marges abusives, peut-être. Interrogé ce soir sur France Télévision, Thierry Cottier, président d’Intermarché, ne tremble pas. Il répond : « Moi, je suis très à l’aise. Je suis pas stressé du résultat qu’il y aura demain. » Il qualifie la commission de « tendance ». Comme si l’enquête n’était qu’un effet de mode.
Pourtant, les faits sont têtus. Les sénateurs ont travaillé des mois — auditions, comparaisons, calculs. Leurs conclusions préliminaires sont cinglantes : les distributeurs refusent de révéler leurs marges réelles. Certains auraient même augmenté leurs marges pendant l’inflation. Cottier, lui, assure que la marge nette d’Intermarché est stable à 2 %. Il le répète : « C’est ça dont on parle. » 2 %. Vraiment ? Parce que si on regarde la répartition de la valeur ajoutée d’un produit, les chiffres racontent une autre histoire.
Voilà où ça se complique.
8 % contre 67 % : la répartition qui tue l’agriculture
Les chiffres sont publics. Seuls 8 % de la valeur ajoutée d’un produit vendu en supermarché revient aux agriculteurs. 67 % partent aux distributeurs et aux importations. 67 %. C’est huit fois plus. L’écart est vertigineux. Thierry Cottier ne nie pas — il esquive : « La réalité c’est que vous avez des enseignes de distribution en France qui ont mis la clé sous la porte depuis 2 ans. » Il parle de Casino, de G20, de magasins qui ferment. Mais cela ne change rien au déséquilibre fondamental.
Le lait, par exemple. Intermarché a une marque « Merci » qui promet 40 % de la valeur au producteur. Cottier le cite fièrement. Mais ce n’est qu’une exception, pas la règle. La règle, c’est 8 %. Et ce n’est pas une fatalité — c’est un système construit par les grands donneurs d’ordres. Les agriculteurs sont en première ligne. Leurs coûts explosent : gazole, engrais, normes. Le gouvernement maintient des aides, mais Thierry Cottier lui-même le reconnaît : « il faut qu’elles soient encore plus importantes. »
Alors pourquoi les distributeurs gardent-ils les deux tiers de la valeur ? Où va l’argent ? Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Pénurie de poulet et d’œufs : une crise annoncée
Le poulet et les œufs sont devenus les stars des rayons. La consommation explose : +15 % en deux ans. 30 millions d’œufs supplémentaires avalés chaque année en France. C’est énorme. Mais l’offre, elle, plonge. La grippe aviaire a frappé. Et surtout, la France a décidé de passer à des élevages moins intensifs. Moins de poulets par mètre carré, plus de bien-être animal, plus de normes. Résultat : la production française ne suit pas.
Thierry Cottier le dit sans détour : « Il y a pas un risque de pénurie, il y a un risque d’importation. » Traduction : on va acheter du poulet brésilien, des œufs ukrainiens, produits dans des conditions parfois opaques. Et le consommateur paiera le même prix, voire plus. Pour éviter cela, il faut rouvrir des poulaillers. Vite. « Dans les prochaines semaines, les prochains mois », prévient-il.
Mais qui va investir ? Les agriculteurs, écrasés par les marges, ne peuvent pas. Les distributeurs, eux, engrangent. Les industriels aussi. Le gouvernement promet un projet de loi d’urgence sur l’agriculture. Mais Cottier met en garde : « il faut que ce soit les syndicats agricoles qui obligent une marche en avant et la transparence. » Pas les industriels. Pas les distributeurs. Les agriculteurs eux-mêmes. Une formule qui sonne comme un aveu.
Carburants : Total en position dominante, Intermarché accuse
Le prix du carburant flambe. Plus de 2 € le litre pour le sans-plomb. Un record. Le Premier ministre s’est exprimé aujourd’hui. Le baril reste haut, la demande américaine monte avec le beau temps. TotalEnergies prévient : si le conflit s’enlise, « ce sera sûrement 2 €. » Pas 1,50. 2 €.
Intermarché vend aussi du carburant. Et son président ne mâche pas ses mots. Il parle de « concurrence à armes inégales ». Total est à la fois raffineur et distributeur. Il contrôle les volumes. Il peut réorienter les cargaisons destinées à l’Asie vers la France. Cottier accuse : « j’espère que n’abuse pas de la marge qu’il fait sur notre dos. » Il ajoute : « À 1,50, c’est compliqué. À 2 € ce sera intenable. Ils abusent total. » La formule est volontairement provocante.
Il va plus loin. Il demande une enquête sur les marges de Total. « Ce serait intéressable de faire une enquête et qu’on puisse savoir quelle est la marge actuelle de total pour être sûr que à la fin il y ait pas des super profits. » Pas une taxe après coup — une transparence immédiate. Pour que le prix baisse maintenant. Pour que les Français ne paient pas l’addition.
Total, lui, se tait. Aucune réponse publique ce soir. Mais les comptes, eux, parleront.
Le système qui protège les gros : l’appel à une vraie transparence
À chaque fois, Thierry Cottier renvoie la balle aux industriels et aux raffineurs. « On a des PME en difficulté mais on a des multinationales, des grandes marques qui vont très bien. Donc regardons leur marge aussi. » Il a raison sur un point : toute la chaîne doit être transparente. Les marques, les transformateurs, les distributeurs, les producteurs. Mais en attendant, ce sont les agriculteurs qui trinquent.
Le projet de loi agriculture arrive. L’urgence est là. Les sénateurs demandent des comptes. Les consommateurs changent leurs habitudes : ils achètent moins de viande, plus de marques de distributeur, cherchent les promos. L’inflation à 2,2 % en avril est portée par les carburants, mais les prix alimentaires pourraient repartir à la hausse en juillet. Michel-Édouard Leclerc prévoit 3 à 4 %. Thierry Cottier juge cela « excessif ». Mais il ne peut pas garantir que les prix resteront stables.
Ce qui est certain, c’est que le système actuel favorise les intermédiaires. Les 67 % qui partent aux distributeurs et importations ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat de décisions politiques, de négociations secrètes, de contrats déséquilibrés. Le Sénat l’a mis en lumière. Mais pour que ça change, il faudra plus qu’un rapport. Il faudra une loi qui impose la transparence sur toute la chaîne. Des marges des industriels. Des marges des distributeurs. Des marges des raffineurs.
Les agriculteurs attendent. Les consommateurs aussi. Et les poulaillers, eux, restent vides.
Le Dossier suivra demain les conclusions de la commission sénatoriale. Et publiera les chiffres que l’on vous cache.
Sources
- Chiffres de consommation (non précisés)
- Rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des distributeurs (2026)
- Analyses de TotalEnergies (prévisions prix carburant)
- Déclarations du Premier ministre sur le prix des carburants
- Reportage sur la viande (France Télévision)
- Déclaration de Michel-Édouard Leclerc sur l'inflation à 3-4% en juillet
- Projet de loi d'urgence pour l'agriculture (2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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