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Sénat : un universitaire dénonce wokisme, pressions disciplinaires et crise budgétaire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-29
Illustration: Sénat : un universitaire dénonce wokisme, pressions disciplinaires et crise budgétaire
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Il a prêté serment. Puis il a parlé.

« L’université n’est pas seulement un lieu où l’on transmet des savoirs. C’est le lieu où une société décide quel savoir mérite d’être transmis. » Xavier Laurent Salvador, maître de conférences à Sorbonne Paris Nord, plante le décor. Médiéviste, président du LAIC (Laboratoire d’analyse des idéologies contemporaines). Devant les sénateurs, il parle depuis vingt ans d’expérience.

Son diagnostic ? L’université française a perdu sa souveraineté académique — et il le dit sans détour. « Depuis plusieurs décennies, la France a progressivement déplacé hors de l’université une partie des fonctions qui fondent historiquement son autorité », explique-t-il. Les filières sélectives recrutent ailleurs. La formation des enseignants s’organise ailleurs. Et une part croissante des orientations scientifiques se définit hors de ses murs.

La cause tient à un déplacement massif des financements vers des programmes orientés. Salvador chiffre : le 7e programme-cadre FP7 (2007‑2013) représentait 50 milliards d’euros. Horizon 2020 (2014‑2020) : 80 milliards. Horizon Europe (2021‑2027) : 95,5 milliards. Le Conseil européen de la recherche (ERC) pèse 16 milliards d’euros sur la même période. « Plus le volume de financement orienté augmente, plus la définition des thèmes éligibles, des mots clés, des priorités stratégiques devient un enjeu académique majeur », affirme-t-il.

Dérives idéologiques ? La liste qu'il lit sous serment

Salvador a préparé une liste de communications et de colloques recensés en février 2023. Il la lit aux sénateurs.

« 1er février : publication revue pratique féministe et queer de la micro-édition. 3 février : séminaire du cluster gender sexisme – penser les racines du mal. 4 février : imaginaire queer, transgression religieuse et culturelle. 5 février : écriture inclusive non genrée. 7 février : CNRS philosophie et féminisme. Corporéité féministe et queer dans les pratiques circassiennes et performatives. 14 février : sexualité hétérosexuelle, travail des femmes et ordre du genre. 15 février : incarner l’autorité arbitrale des pentiles du genre… »

Pour Salvador, c’est la preuve d’une dérive. « Vous voyez qu’à chaque fois ce sont des points de vue qui ont une entrée disciplinaire – la littérature, par exemple – mais un objet qui revendique d’être la nouvelle université. » Il dénonce une « transversalité » qui effondre l’épistémologie classique. « Lorsqu’on parle de transversalité, on effondre en réalité la construction de ce qu’est l’université. »

Un autre exemple ? Tariq Ramadan. « Lorsque Tariq Ramadan a voulu trouver un poste à l’université en Europe, il n’a pas pu le faire en France tout simplement parce que le CNU a joué son rôle protecteur des institutions. »

L'audition bascule. Salvador raconte des collègues

« Un collègue a été mis à pied pour 5 minutes de retard et une remontrance. » Un autre, à deux ans de la retraite, s'est vu retirer son master et réduire à demi-traitement. « Il a dû payer 60 000 euros d'avocats pour trois dossiers, sans protection fonctionnelle de son université. »

Salvador précise : l'Observatoire du décolonialisme suit actuellement dix commissions disciplinaires en cours. « Les motifs sont parfois politiques, parfois mineurs, mais les conséquences sont dévastatrices. »

Le baromètre du ministère de l'Enseignement supérieur indique que 60 % des enseignants‑chercheurs estiment que leur travail met en danger leur santé physique ou mentale — oui, vous avez bien lu — et que 32 % effectuent un surservice moyen par rapport à leurs heures statutaires.

Le niveau des étudiants ? Un sujet tabou

« Ce que je constate à l’entrée en licence, c’est qu’une promotion ne dépasse pas 8/20 en orthographe et en vocabulaire. » Salvador parle d'absence de maîtrise de la lecture et de l'écriture. « C’est alarmant. »

Il insiste sur le rôle de l'université comme « école de demain ». « S’il devait arriver un jour qu’une discipline fictive appelée ‘magie’ soit reconnue comme discipline universitaire dotée de master et de doctorat, il faudrait former ses enseignants, créer ses concours et l’introduire dans les programmes. »

Les chiffres tombent. 1,2 milliard de baisse

Le Projet de Loi de Finances 2025 prévoit une baisse de 1,2 milliard d'euros pour la recherche et la vie étudiante. Soixante universités sur soixante‑quinze ont présenté un budget initial déficitaire en 2025.

Et pourtant. 8 % des postes d'enseignants‑chercheurs n'ont pas été pourvus au dernier concours — soit un doublement par rapport à 2020. Depuis dix ans, l'université a accueilli 300 000 étudiants supplémentaires sans moyens supplémentaires.

Face à ce tableau, Salvador avance des solutions

D'abord, rétablir la certification universitaire. « Il faut que l’université retrouve son rôle central dans la délivrance des diplômes et la formation des enseignants. » Ensuite, consolider le contrôle étatique sur les institutions, notamment le CNU. Il propose aussi de réinvestir dans les disciplines fondamentales. « Les agrégations sont la pierre angulaire du dispositif universitaire. Elles constituent le point de jonction entre l’université et l’école. »

Enfin, il appelle à une représentation française plus active dans les instances européennes de financement.

L'audition s'achève sur une note d'urgence. Xavier Laurent Salvador résume : « Toute mesure qui libère du temps de travail en recherche améliorera la qualité de la recherche du pays. Inversement, toute mesure qui en consomme la détériore. » La commission d'enquête doit rendre ses conclusions dans les mois à venir.

📰Source :youtube.com

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