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EnvironnementÉpisode 10/5

Gaza : l'écocide comme arme de guerre – le rôle des entreprises françaises révélé

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-05
Illustration: Gaza : l'écocide comme arme de guerre – le rôle des entreprises françaises révélé
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Gaza : l'écocide comme arme de guerre – le rôle des entreprises françaises révélé

61 millions de tonnes de débris toxiques. 1,5 % des terres agricoles encore intactes. Plus de 270 journalistes tués. Gaza n'est pas seulement un champ de ruines — c'est un écocide méthodique. Une enquête de Forensic Architecture, documentée par la journaliste Aïda Delpuech, révèle le modus operandi de l'armée israélienne : bombardements, bulldozers, zones tampons, déversement de glyphosate. Derrière les destructions, des entreprises françaises sont mises en cause.

Trois phases pour une stratégie

L'armée israélienne applique une méthode systématique. C'est ce qu'établit Forensic Architecture — un groupe pluridisciplinaire de chercheurs — dans un rapport publié en juillet 2025. Aïda Delpuech, journaliste d'investigation (elle a travaillé pour Forbidden Stories, Blast et Mediapart), en détaille le processus.

Trois étapes. D'abord le bombardement, « de manière complètement aveugle ». Puis les chars et les bulldozers retournent la terre, la labourent. Enfin, la création de zones tampons — des « buffer zones » — qui militarisent les espaces et empêchent toute vie agricole.

Ce modus operandi n'est pas propre à Gaza. Au sud du Liban, depuis février 2025, l'armée israélienne a déversé des tonnes de glyphosate — un herbicide commercialisé par Bayer — « pour rendre les terres incultivables », selon la journaliste. Le même procédé a été utilisé le long de la bordure de Gaza depuis 2011.

Une question se pose : quel est l'objectif réel de ces zones tampons ? « Ça ne peut-être que pour détruire les terres agricoles, ça n'a pas d'autres objectifs », affirme Aïda Delpuech. Le rapport de Forensic Architecture confirme : il s'agit d'un grignotage systématique. D'une colonisation rampante.

42 % à 1,5 % : l'agriculture anéantie

Avant le 7 octobre 2023, 42 % de la superficie de Gaza était agricole. Cela représentait 10 % du PIB de l'enclave — 500 000 personnes en vivaient. En juillet 2025, selon Forensic Architecture, seulement 1,5 % des terres agricoles sont encore accessibles et intactes.

La quasi-totalité de l'agriculture a été rendue impossible.

Les images satellites, notamment celles publiées par The Guardian, montrent l'avant et l'après. « On voit une ville israélienne florissante à 5 km de Gaza, avec des arbres, des cultures — et au loin Gaza, un champ de ruines », raconte la journaliste. Une illustration frappante de la disparité.

Mais la destruction ne se limite pas aux cultures. 85 % des structures d'assainissement de l'eau ont été atteintes. 61 millions de tonnes de débris s'accumulent — l'équivalent de 25 Tour Eiffel. Ces débris sont toxiques : bombardements d'usines, d'hôpitaux, de laboratoires — tout se mélange et menace les nappes phréatiques.

La famine s'installe. Un témoignage rapporté par Aïda Delpuech : une tomate achetée 50 dollars pendant la famine. Seulement 10 % des vivres d'avant le 7 octobre entrent dans l'enclave, selon l'ONU.

L'eau empoisonnée : une catastrophe sanitaire déjà ancienne

Dès 2018, l'ONU alertait : 97 % de l'eau à Gaza était impropre à la consommation. Le blocus illégal instauré en 2007 avait déjà étouffé l'enclave. Les infrastructures hydrauliques, déjà défaillantes, sont aujourd'hui dévastées.

Le biologiste Mazin Qumsiyeh, cité par la journaliste, alerte : l'écocide pourrait causer plus de morts que les bombardements directs. Les produits toxiques issus des destructions — phosphore blanc, glyphosate, débris d'amiante — contaminent l'eau, l'air, le sol. Les effets sanitaires se mesureront sur des décennies.

« Les Gazaouis sont extrêmement résilients », note Aïda Delpuech. « Mais certains retournent sur leur terre et la trouvent impraticable. »

Le phosphore blanc : une arme interdite

Le phosphore blanc est strictement interdit par le droit international lorsqu'il est utilisé à proximité de civils. Israël l'utilise pourtant à Gaza, au Liban et en Syrie, selon la journaliste. Une arme qui brûle la chair jusqu'à l'os, qui contamine les sols et les cultures.

L'armée israélienne ne commente pas ces accusations. Aucune réponse n'est rapportée dans les sources consultées.

Derrière les destructions : des entreprises françaises

Le lien est direct. Le glyphosate déversé par l'armée israélienne est commercialisé par Bayer, anciennement Monsanto — une entreprise qui a des activités en France. La journaliste rappelle que Marie-Monique Robin, avec son livre Le Monde selon Monsanto, a documenté comment ces multinationales mettent la main sur les semences, stérilisent les terres et piègent les agriculteurs dans un système OGM-pesticides.

Mais il y a plus. L'enquête menée avec Disclose en avril 2025 révèle qu'ArcelorMittal — le géant de l'acier français — importe une partie de son charbon d'une mine au Mozambique. Les conditions sanitaires et écologiques y sont « absolument dramatiques », selon Aïda Delpuech : pollution, particules, cancers, maladies respiratoires. L'enquête pointe la responsabilité de la multinationale vis-à-vis de ses sous-traitants.

Disclose et Le Monde diplomatique ont publié ces travaux. ArcelorMittal n'a pas répondu aux sollicitations.

La colonisation verte : le Fonds National Juif et les pins d'Alep

L'écocide à Gaza s'inscrit dans une histoire plus longue. Depuis 1901, le Fonds National Juif (Keren Kayemeth LeIsrael) a planté plus de 250 millions d'arbres — principalement des pins d'Alep, une espèce invasive. Objectif affiché : « verdir le désert ». Objectif réel : effacer les traces de présence palestinienne.

Aïda Delpuech explique que ces plantations ont été utilisées dès le début du projet sioniste pour marquer le territoire, justifier la colonisation, et empêcher le retour des réfugiés de la Nakba de 1948. Dans les années 1970-80, Israël a poli son image en développant un discours environnemental autour de ces forêts artificielles.

Les incendies récents dans les pinèdes autour de Jérusalem ont révélé d'anciens villages palestiniens ensevelis sous les arbres. « Ce sont les cendres d'un passé qu'on a essayé d'enterrer », commente la journaliste.

Un néocolonialisme vert : le projet solaire en Tunisie

Le même schéma se reproduit ailleurs. Avec la journaliste Ariana Poletti, Aïda Delpuech a enquêté sur un projet de méga centrale solaire dans le sud de la Tunisie. L'objectif : produire de l'électricité — et exporter la quasi-totalité vers l'Europe, pour alimenter 2 millions de foyers européens.

Le projet utiliserait des centaines d'hectares de terres semidésertiques, souvent présentées comme stériles, mais en réalité utilisées pour le pâturage. Il consommerait d'énormes quantités d'eau. Les investisseurs sont européens et américains. Les Tunisiens, eux, restent dépendants du gaz algérien.

« On utilise les ressources des pays du Sud pour les bénéfices du Nord », résume la journaliste. Une logique extractive, déguisée en transition énergétique.

Un écocide qui tue plus que les bombes ?

Le biologiste Mazin Qumsiyeh, spécialiste de l'environnement palestinien, le dit : les conséquences de l'écocide dépasseront de loin le nombre de morts directs des bombardements. La destruction des terres agricoles, la contamination de l'eau, les toxiques libérés — tout cela condamne des générations entières.

Les chiffres sont implacables. Plus de 270 journalistes tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023, selon Forbidden Stories. Aucun journaliste étranger n'a été admis dans l'enclave depuis cette date, à l'exception de Clarissa Ward de CNN fin 2023. La documentation de l'écocide repose exclusivement sur le travail des journalistes palestiniens — qui paient de leur vie.

La Cour internationale de justice a été saisie par l'Afrique du Sud pour génocide, incluant famine organisée, destruction de masse et écocide. L'enquête de Forensic Architecture fournit des preuves matérielles : images satellites, témoignages, analyses chimiques.

Le Monde diplomatique, Blast, Disclose, Mediapart — plusieurs médias français ont relayé ces informations. Les entreprises françaises Bayer et ArcelorMittal sont mises en cause. Leur réponse ? Aucune n'a été obtenue au moment de la publication.

Les arbres qui cachent la forêt

La colonisation par les arbres n'est pas un symbole. C'est une politique délibérée, documentée, et toujours en cours. Le Fonds National Juif continue de planter des pins d'Alep sur les terres confisquées. Les incendies ne sont pas une fatalité — ils sont la conséquence d'une monoculture inflammable, installée pour effacer un peuple.

Comme le dit Aïda Delpuech : « On ne sort pas de ces logiques de domination nord-sud. »

Une tomate à 50 dollars. Une nappe phréatique contaminée. Des sols stérilisés pour des décennies. Des journalistes assassinés pour avoir filmé. Et derrière, des entreprises françaises qui fournissent les outils de la destruction.

Voilà. L'écocide n'est pas un dommage collatéral. C'est une arme de guerre.

Cet article fait partie du dossier « Scandale : les universités françaises complices d'Israël devant la justice » (épisode 10). Les épisodes précédents sont disponibles sur Le Dossier.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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