LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 5/3

People & Baby : 44 crèches fermées, un bébé mort, et une ministre relaxée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-29
Illustration: People & Baby : 44 crèches fermées, un bébé mort, et une ministre relaxée
© YouTube

Une fillette de 11 mois décède en 2022 dans une crèche People & Baby, à Lyon. Quatre ans plus tard, le groupe annonce la fermeture de 44 établissements — quarante-quatre, oui. Anticor dépose plainte pour escroquerie et détournement de fonds publics. La ministre Aurore Bergé ? Non-lieu. Elle dort tranquille. Le SNPPE demande une enquête administrative. L’affaire commence ici.

44 crèches, un plan, zéro explication

Quarante-quatre. C’est le nombre de crèches que le groupe People & Baby s’apprête à fermer d’ici la fin de l’été 2026. Pas une, pas dix — quarante-quatre. Un plan de transformation, disent-ils. Traduction : des centaines de familles sans solution de garde. Des salariés sur le carreau. Et les enfants ? Les vrais concernés, ballottés une fois de plus.

Le groupe, passé sous le contrôle du fonds d’investissement Alcentra en avril 2025, justifie ces fermetures par une nécessaire restructuration. Mais la question qui tue est ailleurs : comment une entreprise qui empoche de l’argent public — via les subventions aux crèches — peut-elle fermer un tiers de son parc sans que personne n’ait rien vu venir ?

Ces fermetures ne tombent pas du ciel. Elles interviennent après la fermeture de deux crèches à Villejuif, cet été, pour soupçon de maltraitance. Deux établissements. Des suspicions. Un signal d’alarme que le SNPPE — Syndicat national des professionnels de la petite enfance — a décidé de transformer en coup de semonce.

Cette fois, le SNPPE passe à l’action

Mardi, le syndicat a frappé : il demande l’ouverture d’une enquête administrative sur l’ensemble du groupe. Il s’adresse directement à Sébastien Lecornu, le Premier ministre. Sa requête : une mission conjointe de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et de l’IGF (Inspection générale des finances). Pas un simple contrôle de routine — une inspection fouillée, chiffres, pratiques, management.

Pourquoi une telle demande ? Simple : les problèmes ne datent pas d’hier.

Le SNPPE évoque des « fragilités persistantes » depuis la mort d’une fillette de 11 mois en 2022, à Lyon. Un bébé. Mort dans une crèche People & Baby. Les détails de cette affaire restent flous — l’enquête judiciaire suit son cours — mais le syndicat est clair : les problèmes structurels du groupe n’ont jamais été traités.

Il exige aussi un moratoire. Pas de nouvelle autorisation. Pas de reprise d’établissement. Pas de réservation de berceau au profit de People & Baby. En clair : on arrête les frais, on fait les comptes, on protège les enfants.

Anticor ne reste pas les bras croisés

Pendant ce temps, l’association Anticor — spécialisée dans la lutte contre la corruption — a déposé une plainte pour escroquerie et détournement de fonds publics. Les termes sont précis. Lourds. Ils visent directement le modèle économique du groupe.

Rappel des faits : People & Baby propose des prestations à des prix défiant toute concurrence. Selon des informations vérifiées, le groupe facturait environ 4 000 euros par enfant aux mairies, contre 12 000 euros dans une crèche publique (source : Wikipédia). Un écart qui interroge. Comment offrir le même service — des locaux, du personnel qualifié, des normes de sécurité — pour un tiers du prix ?

La réponse est dans la plainte d’Anticor : des économies réalisées sur le dos des enfants et du personnel. Des ratios d’encadrement compressés. Des salaires au ras des pâquerettes. Et, selon les accusations, des subventions publiques détournées de leur objet.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Début juillet, Aurore Bergé souffle

L’ancienne ministre Aurore Bergé a bénéficié d’un non-lieu dans l’affaire des crèches privées. Elle était soupçonnée de parjure — avoir menti sous serment sur ses liens avec Elsa Hervi, lobbyiste de la Fédération française des entreprises de crèche.

Le tribunal n’a pas retenu l’accusation. « Il n’a pas pu être démontré qu’elle avait menti », selon les termes du jugement. Traduction : pas assez de preuves pour condamner. Mais pas assez de preuves non plus pour innocenter.

Car ces liens entre Bergé et le lobby des crèches privées ? Documentés. Des échanges. Des rendez-vous. Un « pacte de non-agression » évoqué dans la presse. La ministre a-t-elle protégé le secteur au détriment de la sécurité des enfants ? La justice n’a pas tranché. Le doute, lui, reste.

Et c’est tout le problème : quand une affaire de cette ampleur se termine par un non-lieu faute de preuves, le message envoyé est clair. On peut être proche des lobbies, bénéficier de leur soutien, et ne jamais avoir à rendre de comptes. Le contribuable, lui, paie l’addition.

Les chiffres sont têtus

En 2020, les crèches privées à but lucratif représentaient 31 % du parc, contre 6,5 % en 2011 (source : Wikipédia). Une explosion en moins de dix ans. Les crèches municipales, elles, sont passées de 61 % à 46 % sur la même période.

Comment en est-on arrivé là ? L’État a ouvert grand les vannes. Subventions, agréments, délégations de service public. Le privé est arrivé, porté par des fonds d’investissement comme Alcentra, qui voient dans la petite enfance un marché juteux. 200 millions d’euros de chiffre d’affaires pour People & Baby en 2020, avec 550 crèches et 5 000 salariés (source : Wikipédia). Une machine.

Mais à quel prix ?

Le problème n’est pas le privé en soi. C’est le cadre. Ou plutôt son absence. L’État a confié la garde de nos enfants à des entreprises dont le premier devoir est envers leurs actionnaires, pas envers les bambins. Résultat : des économies sur la sécurité, des personnels sous-payés, des ratios dangereux.

Et quand ça dérape — comme à Lyon, comme à Villejuif — on ferme des crèches, on dépose des plaintes, on demande des enquêtes. Mais on ne change rien au système.

Regardons ce qui se passe ailleurs

Au Québec, les crèches privées sont strictement encadrées. Ratio éducateur-enfants imposé, inspections surprises, sanctions financières en cas de manquement. Résultat : zéro scandale de cette ampleur.

En Allemagne, le secteur est majoritairement public ou associatif. Les crèches privées lucratives représentent moins de 10 % du parc. Les contrôles sont drastiques.

En France, on a choisi la voie libérale sans le cadre. On a ouvert le robinet des subventions sans mettre les garde-fous. On a laissé des fonds d’investissement faire leur beurre sur le dos des tout-petits. Et maintenant, on s’étonne que ça dérape ?

Il y a un prix

Direct et indirect.

Direct : les subventions publiques versées à People & Baby. Combien ? Les chiffres exacts sont dans la plainte d’Anticor. Mais on sait que chaque berceau coûte à la collectivité. Quand une crèche ferme, les familles se tournent vers le public — déjà saturé. La facture augmente.

Indirect : le coût humain. Des enfants maltraités. Un bébé mort. Des parents traumatisés. Des salariés épuisés, mal

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 5 · 2026-07-29

People & Baby : 44 crèches fermées, un bébé mort, et une ministre relaxée

Sur le même sujet