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Canicule : l'État impuissant face à des écoles-fournaises

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Canicule : l'État impuissant face à des écoles-fournaises
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1300 écoles fermées : la fournaise des salles de classe

Commençons par le commencement. Il est 10 heures du matin, et il fait déjà 38 degrés dans une classe. « Ça dépasse la température du corps donc, à un moment, on peut pas tenir », témoigne un enseignant. Le bâtiment date des années 60. Pas d'aération. Pas d'isolation. Résultat : 1300 établissements scolaires fermés sur décision des autorités. 4000 autres ont adapté leurs horaires.

C'est une première. Jamais la canicule n'avait provoqué une telle désorganisation du système scolaire. Les épreuves du bac ont été décalées. Les parents doivent garder leurs enfants chez eux. Mais chez eux, c'est parfois pire.

« Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un appartement climatisé », rappelle A. Goutard, spécialiste des questions éducatives. « Ces enfants, on les sort de l'établissement scolaire qui ressemble à une fournaise pour les renvoyer chez eux en disant : "C'est la responsabilité des parents de laisser leurs enfants dans une fournaise à nouveau." » Les mots sont durs. La situation l'est aussi.

Le problème n'est pas nouveau. Il y a quelques mois, c'était le grand froid. Les mêmes élèves grelottaient dans les mêmes classes. « Le problème était exactement similaire, avec les mêmes questionnements », souligne Goutard. Mêmes causes, mêmes effets. L'isolation des bâtiments scolaires n'a pas été faite. Ni pour le froid. Ni pour la chaleur.

54 départements en rouge : la carte de la vulnérabilité

La France suffoque. 54 départements sont placés en vigilance rouge canicule à partir de demain midi — cinq de plus qu'aujourd'hui. Selon Météo France, les températures atteindront jusqu'à 42 degrés. Le pic national est attendu vendredi, mais dans l'Ouest, ce sera jeudi. Dans le Centre-Ouest, vendredi ou samedi.

« On entre dans le cœur de cette canicule dont on ne voit pas encore tout à fait la fin », prévient N. Berrod, météorologue. Les jours les plus chauds sont à venir.

Les centres urbains sont les plus vulnérables. Phénomène d'îlots de chaleur : le bitume emmagasine la chaleur le jour, la relâche la nuit. Résultat : jusqu'à 8 degrés d'écart entre le centre de Paris et sa périphérie. Les bâtiments mal isolés en centre-ville sont qualifiés de « hotspot » par les experts. Bordeaux, Paris, le Centre-Ouest — ces villes concentrent les risques.

« Ce n'est pas pareil si vous habitez dans une chambre de bonne sous toit ou si vous habitez dans un grand appartement, a fortiori s'il est climatisé », explique Berrod. Les inégalités face à la chaleur sont criantes.

La ministre anticipe les morts : le syndrome Mattéi ?

La ministre de la Santé, S. Rist, a pris la parole. Son message est clair : « La canicule entraîne une surquantité de décès. On sait aussi que ça a un impact 5 à 10 jours après le début de la canicule. » Elle promet une vigilance accrue dans les jours qui viennent.

Le Dr G. Kierzek, médecin urgentiste, ne mâche pas ses mots. « Elle est atteinte du syndrome J.-F. Mattéi », lance-t-il. Référence à l'ancien ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, accusé d'avoir minimisé la canicule de 2003 — qui avait fait près de 15 000 morts. « Elle veut occuper l'espace en disant "il va y avoir des morts". Elle ne veut pas qu'on lui fasse le reproche qu'on a fait à J.-F. Mattéi à l'époque. »

Selon le médecin, la ministre « prend le contre-pied pour anticiper. À défaut de pouvoir faire autre chose, on occupe l'espace médiatiquement pour éviter cette crise politique. » Une analyse sévère. Mais qui pose une question : que fait concrètement le gouvernement, au-delà des déclarations ?

Kierzek distingue deux phases. La première, celle des jeunes et des personnes sans facteur de risque particulier, qui « vont suffoquer par cette chaleur » et engorger les services d'urgence. La seconde, celle des plus fragiles, qui risque de durer. « Structurellement, on n'a rien fait », assène-t-il.

Transports en souffrance : les rails fondent

Les transports publics ne sont pas épargnés. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, prévient : « Nos transports vont souffrir parce que les rails ne supportent pas une chaleur au-dessus de 50 degrés. » Les voyageurs les plus vulnérables sont invités à les éviter.

Les rails qui se dilatent. Les caténaires qui lâchent. Les pannes à répétition. Le scénario se répète chaque été. Pourtant, rien n'a été fait pour adapter les infrastructures au réchauffement climatique. Les investissements promis ? Pas de trace.

Le débat politique s'enflamme : climatiser ou ne pas climatiser ?

C'est là que ça devient intéressant. La canicule a déclenché un débat politique virulent. Faut-il climatiser massivement les bâtiments publics ? Les positions sont irréconciliables.

Marine Le Pen (RN) propose un « plan massif de climatisation en commençant par les espaces où il y a les gens les plus vulnérables ». Pour elle, « l'absurdité est de faire mourir les gens de chaleur ». Une position simple, populaire. Mais contestée.

Jean-Luc Mélenchon (LFI) s'y oppose frontalement. « Il y a deux choses à ne pas faire : laisser les choses en l'état et aggraver le mal en croyant les soulager », dit-il. « Allez mettre de la clim partout et vous allez voir le résultat. Je ne mets pas mon gosse ou mes arrière-petits-enfants là où il y a de la clim du matin au soir. »

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, dénonce l'inaction gouvernementale. « Il faudra 3 siècles pour rénover les écoles de notre pays », affirme-t-elle. « Le gouvernement fait peu de promesses pour notre pays. Quand il en fait, il ne les respecte pas. »

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, reconnaît l'échec collectif. « Ce qui devrait tous nous choquer, c'est qu'un pays aussi puissant économiquement que la France puisse être aussi déclassé face au réchauffement climatique. » Un constat lucide. Mais des actes ?

Un échec du régalien ?

Le Dr Kierzek est catégorique. « C'est l'échec du régalien », dit-il. « C'est ce qu'on est en train de voir sur cet épisode caniculaire. » Fermer les écoles, renvoyer les enfants chez eux, décaler le bac — ce ne sont pas des solutions. Ce sont des aveux d'impuissance.

« On n'est pas à la hauteur », insiste-t-il. « Structurellement, on n'a rien fait. On est obligés de fermer les écoles. »

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Pourquoi les bâtiments scolaires ne sont-ils pas isolés ? Où sont passés les milliards promis pour la rénovation énergétique ? Qui a validé des constructions sans isolation thermique ? Le gouvernement a-t-il un plan concret, au-delà des déclarations médiatiques ?

Des précédents ignorés

Le manque d'anticipation est d'autant plus frappant que les signaux étaient là. L'hiver dernier, des élèves gelaient dans leurs classes. Le problème était « exactement similaire », selon Goutard. Mêmes causes, mêmes effets. Même absence de solution.

La canicule de 2003 avait pourtant servi de leçon. Près de 15 000 morts. Une commission d'enquête parlementaire. Des promesses de réforme. Vingt-trois ans plus tard, les écoles ferment. Les rails fondent. Les hôpitaux s'engorgent.

« On n'a rien fait », répète le Dr Kierzek.

Les inégalités face à la chaleur

La canicule révèle aussi les fractures sociales. Ceux qui peuvent se réfugier dans des appartements climatisés. Ceux qui n'ont que leur chambre de bonne sous les toits. Ceux qui peuvent télétravailler. Ceux qui doivent prendre les transports en commun.

Les centres-villes, avec leurs îlots de chaleur, sont les plus durement touchés. Les bâtiments mal isolés, les cours bitumées, les toits en zinc — tout cela transforme les villes en fournaises. Les plus pauvres paient le prix fort.

Que faire ?

Le débat sur la climatisation n'est qu'un symptôme. Le vrai problème est structurel. L'isolation des bâtiments. La végétalisation des villes. L'adaptation des infrastructures. La préparation des services d'urgence.

Mais tout cela coûte de l'argent. Beaucoup d'argent. Et les promesses électorales se heurtent à la réalité budgétaire.

« Il faudra 3 siècles pour rénover les écoles », dit Tondelier. Une hyperbole. Mais qui dit l'essentiel : le rythme actuel est dramatiquement insuffisant.

En attendant...

La canicule continue. Les 54 départements en vigilance rouge. Les 1300 écoles fermées. Les 4000 autres aménagées. Les rails qui souffrent. Les hôpitaux qui s'engorgent. Les morts à venir.

La ministre anticipe. Les oppositions s'indignent. Le gouvernement promet. Et les parents cherchent une solution pour leurs enfants.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Mais l'été n'est pas fini. Et les prochaines canicules, elles, sont déjà annoncées.

Sources : Ministère de la Santé, Météo France, déclarations de S. Rist, V. Pécresse, M. Tondelier, J.-L. Mélenchon, M. Le Pen, B. Le Maire, interventions du Dr G. Kierzek et d'A. Goutard.

📰Source :youtube.com

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