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JusticeÉpisode 15/6

Parricide sous alcool : la peine doublée en appel, le « trou noir » ne convainc pas

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-07
Illustration: Parricide sous alcool : la peine doublée en appel, le « trou noir » ne convainc pas
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Il reconnaît avoir tué son père. Il plaide coupable. Mais il affirme ne se souvenir que de deux gifles. Les médecins légistes, eux, ont compté plus de vingt lésions, des fractures de côtes, un traumatisme crânien et abdominal. Condamné à six ans en première instance, sa peine a presque doublé en appel : onze ans de réclusion criminelle. Pourquoi un tel écart ? Et que vaut vraiment la défense du « trou noir » ?

Les faits

Commençons par le commencement. Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2020, dans une petite ville de l'Oise, un fils de 23 ans porte une vingtaine de coups à son père, âgé de 52 ans. Le choc est fatal. Le rapport du médecin légiste Bertrand Ludes, cité lors du procès retransmis par LCP dans « Justice en France », détaille l'autopsie : plus de vingt lésions cutanées, des fractures de côtes — dont certaines anciennes, déjà consolidées —, un traumatisme crânien probablement à l'origine du décès, et un traumatisme abdominal avec fracture du foie et de la rate.

Le fils, lui, ne se souvient que de deux gifles. Il invoque un « trou noir ». Pourtant, les faits sont là : au moins vingt coups portés, dont certains sur des parties vitales. Lors de ses réquisitions, l'avocat général a ponctué son réquisitoire d'un décompte implacable : « 1er coup, 2e coup, 3e coup… jusqu'au 20e coup. »

La défense ne conteste pas la responsabilité. L'accusé plaide coupable pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il regrette, dit-il, « énormément ». Mais les circonstances exactes de la soirée restent floues. Il affirme que son père l'insultait et réclamait de l'alcool. Il dit avoir refusé. Puis plus rien.

Un détail troublant : l'appel aux pompiers, passé vers 14h le lendemain — soit environ quatorze heures après les violences. Dans cet enregistrement diffusé à l'audience, l'accusé explique que son père « a pris des cachets » et « ne se réveille pas ». Il ne mentionne aucune violence. Il faudra attendre l'audition par les gendarmes pour qu'il reconnaisse les coups, après avoir d'abord évoqué une agression par des tiers.

La mère, prévenue par téléphone vers 1h du matin, n'arrive que le lendemain à midi. Elle découvre son mari inconscient. Elle appellera les secours. Pourquoi le fils n'a-t-il pas appelé plus tôt ? Pourquoi a-t-il laissé son père agoniser pendant des heures ? Autant de questions sans réponse claire.

Le contexte

L'accusé, aujourd'hui âgé de 34 ans, a grandi dans un environnement marqué par l'alcool et la violence. Devant la cour d'assises d'appel, il décrit un père alcoolique et violent, qui « tapait sur ma maman » et l'insultait : « bon à rien, mongol, fils de pute ». Sa sœur, entendue comme témoin, confirme : « Quand il buvait, on aurait dit un psychopathe. » Elle parle de son frère, mais aussi de son père, dont elle dit qu'il était violent avec sa mère.

L'accusé, lui, a commencé à boire à 13 ans. Il a arrêté l'école en 3e, obtenu son brevet des collèges, puis enchaîné les petits boulots. Il a un fils, qu'il n'a pas vu depuis l'âge de 3 ans. « Je buvais, je ne voulais pas qu'il me voie dans ces états-là », explique-t-il. Une forme de lucidité, peut-être, mais insuffisante pour briser le cycle.

L'expert psychologue, entendu lors du procès, décrit une personnalité « construite par le refoulement ». L'accusé gardait tout en lui, habitué depuis l'enfance à se taire. Mais quand l'alcool levait les inhibitions, « les chevaux étaient lâchés ». La violence, refoulée pendant des années, ressortait d'un coup. L'expert parle d'un « trou noir » comme mécanisme de défense face à l'horreur des actes commis. Une hypothèse, pas une certitude.

L'avocat général, lui, n'y croit qu'à moitié. Sa question, rapportée par LCP, est cinglante : « Si on a un trou noir, pourquoi inventer des mensonges ? Pourquoi dire que le père a été agressé par des tiers ? Pourquoi dire qu'il a avalé une plaquette de cachets ? » L'expert répond par la peur : « Quand il se rend compte que son père est décédé, il a peur. La peur lui fait raconter tout et n'importe quoi. » Une explication plausible, mais qui ne convainc pas tout le monde.

Le traitement judiciaire

Première instance : six ans de prison. Le parquet général fait appel, estimant le verdict trop clément. L'accusé, remis en liberté, comparaît libre lors du second procès. La cour d'assises d'appel, composée de neuf jurés, rend un verdict plus sévère : onze ans de réclusion criminelle, cinq ans d'interdiction de détenir et de porter une arme soumise à autorisation, et un an de privation du droit d'éligibilité.

Pourquoi une telle différence ? Les deux invités de LCP, Michel Lernou, avocat général à la cour d'appel de Paris, et Maître Hubert de la Rue, avocat honoraire, avancent plusieurs hypothèses. D'abord, la sociologie du jury. « Selon qu'on est jugé à Bobigny ou dans la France profonde, les résultats sont différents », explique Maître de la Rue. Une « loterie judiciaire », selon ses propres termes.

Ensuite, le comportement de l'accusé à l'audience. S'il reconnaît les faits, il persiste à invoquer son « trou noir ». Une stratégie qui peut agacer les jurés, comme le suggère l'avocat général. « Il aurait fallu être dans le délibéré pour le savoir », tempère-t-il. Mais la sévérité accrue interroge : « Ça veut dire que les premiers n'ont rien compris », note Maître de la Rue, non sans ironie.

Enfin, les réquisitions de l'avocat général ont visiblement marqué les esprits. Son décompte des coups — « 1er coup, 2e coup, 3e coup… jusqu'au 20e coup » — a eu, selon Maître de la Rue, « un impact considérable sur le jury ». Une pédagogie implacable qui a fait mouche.

Reste une question : que fera réellement l'accusé de ces onze ans ? En France, les peines criminelles sont souvent réduites de moitié grâce aux remises de peine. « On fait à peu près la moitié de sa peine, voir un peu plus », explique Michel Lernou. Une réalité difficile à expliquer aux jurés, qui viennent de prononcer une peine qu'ils savent partiellement théorique. « C'est toute la difficulté pour le président de leur dire : vous allez le condamner à 10, mais en réalité il ne fera que 5 », ajoute-t-il.

Ce que ça dit de la France

Ce fait divers, s'il n'a rien d'exceptionnel, révèle une tension profonde de la société française. D'abord, le rapport à la violence intrafamiliale. L'accusé a grandi dans un environnement violent, a été insulté et frappé pendant des années. Il est devenu, à son tour, un homme violent sous l'emprise de l'alcool. Un cycle classique, que la justice peine à briser. Les chiffres du ministère de l'Intérieur montrent d'ailleurs une hausse de 13 % des violences physiques intrafamiliales en 2025. Un signal, parmi d'autres, d'une société qui craque.

Ensuite, la question de l'alcoolisme. L'accusé a commencé à boire à 13 ans. Son père était alcoolique. Sa sœur décrit des week-ends « désastreux » à cause de l'alcool. La France compte des millions de personnes en situation de dépendance, et l'État peine à mettre en place une politique de prévention efficace. Le coût social de l'alcoolisme est estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Mais personne ne semble vouloir s'attaquer au problème de front.

Enfin, la justice elle-même. Ce procès illustre les disparités de traitement selon les juridictions et les jurys. Onze juges pour 100 000 habitants en France, contre 25 en Allemagne. Résultat : des procès qui durent des années, des victimes qui attendent, et des peines qui varient du simple au double selon l'endroit où l'on est jugé. Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix politique, assumé depuis des décennies, de sous-financer la justice. Le contribuable paie, mais pour un service médiocre.

Et maintenant ? L'accusé purgera sa peine, avec les remises de peine habituelles. Il sortira probablement dans cinq ou six ans. La question de la récidive reste entière. L'expert psychologue a souligné que l'accusé avait besoin d'un suivi psychologique. Sera-t-il mis en place ? Rien n'est moins sûr. La France excelle dans l'art de la sanction, mais beaucoup moins dans celui de la réinsertion. L'enquête continue.

📰Source :youtube.com

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