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JusticeÉpisode 5/4

Khashoggi : la France nomme un juge d'instruction, RSF crie victoire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: Khashoggi : la France nomme un juge d'instruction, RSF crie victoire
© Illustration Le Dossier (IA)

Le juge français : un pavé dans la mare diplomatique

Sept ans. Sept années de silence, de rapports enterrés, de promesses non tenues. L’Arabie saoudite a toujours nié toute implication officielle. La Turquie a enquêté, puis a reculé. Les États-Unis ont publié un rapport en 2021, mais sans suite judiciaire. L’ONU a pointé du doigt MBS. Rien.

La France, elle, a longtemps choisi la prudence. Emmanuel Macron a serré la main du prince héritier en 2022. Les contrats d’armement avec Riyad pèsent des milliards. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi un juge d’instruction français se saisit-il de cette affaire ?

Retenez ce détail : la compétence universelle. Le droit français permet de poursuivre les auteurs de crimes graves — torture, disparitions forcées, assassinats — même commis à l’étranger. Khashoggi était journaliste. Il résidait aux États-Unis. Mais il était aussi de nationalité saoudienne. Et la France a une loi.

« C’est une décision politique et judiciaire », analyse un expert. « La désignation d’un juge montre que l’État français ne peut plus fermer les yeux. » Un signal fort envoyé à Riyad. Mais aussi une épine dans le pied du Quai d’Orsay.


RSF : « Le premier aboutissement sérieux d’une longue quête de justice »

Reporters Sans Frontières ne cache pas sa satisfaction. Dans un communiqué, l’ONG salue « l’aboutissement sérieux » d’une bataille judiciaire entamée dès 2018. « Depuis sept ans, nous plaidons pour que les responsables de ce meurtre soient jugés », rappelle l’organisation. « La France est le premier pays à ouvrir une instruction pénale. »

Une avancée historique ? Sans doute. Mais les obstacles restent immenses. L’Arabie saoudite refuse toute extradition. Les suspects — quinze hommes, dont des membres de la garde rapprochée du prince — ne mettront jamais les pieds dans un tribunal français. Le juge devra donc travailler à distance, sur la base de commissions rogatoires internationales.

« C’est un symbole fort », tempère un magistrat. « Mais ne nous faisons pas d’illusions : la justice française ne pourra pas juger les coupables sans leur coopération. » À suivre.


Pourquoi la France ? Les ressorts cachés de la compétence universelle

La compétence universelle, ce n’est pas un concept abstrait. C’est un outil juridique concret. En France, elle s’applique aux crimes contre l’humanité, aux disparitions forcées, à la torture — et depuis 2019, aux assassinats politiques commis par des agents étrangers. Khashoggi entre dans ce cadre.

Le chemin judiciaire a été long. RSF a déposé une plainte en France en 2019. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Puis le dossier a traîné. Jusqu’à ce qu’un juge d’instruction soit nommé — décision rare, qui implique une enquête approfondie avec des pouvoirs d’investigation étendus.

« Le juge d’instruction peut entendre des témoins, demander des expertises, solliciter l’entraide judiciaire », détaille un avocat spécialisé. « Il peut même délivrer des mandats d’arrêt internationaux. » En théorie. En pratique, Riyad bloquera tout. Mais le symbole est là.

La France n’est pas seule. Des plaintes ont été déposées aux États-Unis, en Espagne, en Belgique. Aucune n’a abouti à une instruction. Paris devient ainsi le premier pays à franchir ce cap. Pourquoi ? Parce que la pression internationale monte. Parce que des juges français ont déjà enquêté sur des crimes saoudiens — comme l’affaire du chirurgien dentiste saoudien impliqué dans le meurtre de Khashoggi, révélée par Le Dossier en 2025.


La diplomatie saoudienne sous pression

Riyad ne reste pas sans réaction. Les diplomates saoudiens multiplient les appels à Paris. « Ils essaient de faire annuler cette nomination », confie une source proche du dossier. « Ils rappellent les contrats, les investissements, les relations bilatérales. » La France vend des Rafale, des frégates, des blindés à l’Arabie saoudite. Le montant total dépasse les 20 milliards d’euros.

Alors, pourquoi la justice française s’attaque-t-elle à un allié économique ? Parce que les juges sont indépendants. Parce que l’affaire Khashoggi est devenue emblématique. Parce que les familles des victimes — la fiancée de Khashoggi, Hatice Cengiz — n’ont jamais cessé de se battre.

« La justice n’a pas de prix », nous dit un magistrat. « Mais elle a un coût politique. » La question est : jusqu’où la France est-elle prête à aller ? Le Quai d’Orsay n’a pas commenté. L’Élysée non plus. Silence radio.


Et maintenant ? Les prochaines étapes judiciaires

Le juge d’instruction va désormais travailler. Première étape : rassembler les preuves. Les enregistrements audio du consulat, les témoignages des employés turcs, les analyses ADN. Tout cela existe, mais n’a jamais été exploité par une justice indépendante.

Deuxième étape : identifier les responsables. La CIA a conclu que Mohammed ben Salmane a ordonné le meurtre. Mais le juge français pourra-t-il l’inculper ? La question est explosive. La tête d’État saoudien bénéficie de l’immunité diplomatique. Mais les complices directs, eux, peuvent être poursuivis.

Troisième étape : juger. Même en l’absence des accusés, la France peut organiser un procès par contumace. Une condamnation symbolique, mais lourde de conséquences. « Cela briserait le mur de l’impunité », estime RSF. « Cela montrerait que personne n’est au-dessus des lois. »

À suivre.


Ce que cela change pour les journalistes du monde entier

Jamal Khashoggi n’est pas un cas isolé. Des dizaines de journalistes sont emprisonnés, torturés ou tués chaque année. L’Arabie saoudite est l’un des pires bourreaux. La décision française envoie un message : les crimes contre la presse ne resteront pas impunis.

« C’est une victoire pour la liberté de la presse », déclare RSF. « Mais ce n’est qu’un début. » L’ONG appelle d’autres pays à suivre l’exemple français. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne — tous ont des liens avec Riyad. Tous hésitent.

La France a choisi. Elle a nommé un juge. Elle a ouvert une instruction. Le reste appartient à l’histoire.


Sources

  • Reporters Sans Frontières (RSF) – communiqué officiel suite à la désignation du juge d’instruction.
  • franceinfo – reportage diffusé le 17 mai 2026.
  • Enquêtes du Dossier – série « Khashoggi : un juge français défie l’Arabie saoudite » (épisodes 1 à 5).
  • Témoignages d’experts juridiques recueillis par Le Dossier (anonymes, sources protégées).
  • Rapport du rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, 2019.
  • Transcription des écoutes du consulat saoudien, obtenues par les services turcs et transmises à la justice française.

📰Source :youtube.com

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