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JusticeÉpisode 5/4

Khashoggi : un juge français défie l'Arabie saoudite

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-16
Illustration: Khashoggi : un juge français défie l'Arabie saoudite
© Illustration Le Dossier (IA)

Le juge a pris ses fonctions

Un juge d'instruction français a été désigné. C'est officiel. L'info, franceinfo l'a révélée, RSF l'a confirmée : un tournant dans une affaire qui empoisonne les relations entre Paris et Riyad depuis 2018. Pour RSF, c'est « le premier aboutissement sérieux » d'une quête de justice entamée il y a huit ans.

Huit ans. Huit années de silence diplomatique, de rapports caviardés, de promesses non tenues.

Le magistrat — son identité ? Classée, pour sa sécurité — est désormais chargé d'instruire le dossier. Il peut entendre des témoins, demander des commissions rogatoires internationales — et même convoquer des suspects.

Oui, vous avez bien lu : des suspects.

La compétence universelle permet à la France de juger les auteurs d'actes de torture et d'assassinats politiques, où qu'ils aient été commis. C'est sur ce fondement juridique que RSF a porté l'affaire. Et ça a marché. Voilà.

Une machine judiciaire se met en mouvement

Revenons au 2 octobre 2018. Ce jour-là, Jamal Khashoggi pénètre dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Il n'en ressortira jamais vivant. Son corps — démembré, dissous dans l'acide — a disparu.

La version officielle saoudienne a changé plusieurs fois. D'abord, Riyad a nié. Puis a parlé d'une « altercation ». Puis d'une « opération non autorisée ». Le parquet saoudien a finalement reconnu un assassinat prémédité — sans jamais livrer les commanditaires.

Qui a donné l'ordre ? Les services secrets saoudiens ? Le prince héritier Mohammed ben Salmane en personne ? La CIA a conclu dès 2018 que ce dernier avait validé l'opération. Le rapport du renseignement américain, déclassifié en 2021, est formel : MBS a approuvé le coup.

La France, elle, a longtemps choisi la prudence diplomatique. Emmanuel Macron a serré la main de MBS. Il lui a vendu des armes. Il l'a reçu à l'Élysée. Pas un mot sur Khashoggi.

Jusqu'à aujourd'hui.

RSF : le combat d'une décennie

Reporters Sans Frontières n'a jamais lâché l'affaire. L'ONG a multiplié les démarches judiciaires — en France, en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis.

« Ce n'est pas une victoire politique. C'est une victoire judiciaire », a déclaré un porte-parole. Et pourtant — c'est aussi un camouflet diplomatique. En acceptant d'ouvrir une instruction, Paris envoie un signal clair à Riyad : la justice n'a pas de prix.

Le dossier tient. Des témoins ont parlé. Et il y a ces enregistrements audio, captés par la Turquie à l'intérieur même du consulat. On y entend Khashoggi supplier qu'on le laisse vivre. On y entend ses bourreaux discuter de la meilleure façon de le tuer.

Ces preuves, la juge d'instruction française pourra désormais les exploiter, confronter les versions — et faire parler les silences.

La compétence universelle en action

La France n'est pas le seul pays à enquêter. Les États-Unis ont imposé des sanctions. L'Allemagne a interdit l'exportation d'armes. Mais une instruction judiciaire, c'est autre chose. C'est la possibilité de mettre en examen, de délivrer des mandats d'arrêt, de juger.

Le mécanisme est simple : la compétence universelle permet aux tribunaux français de poursuivre les auteurs de crimes contre l'humanité, de torture et d'assassinats, même si les faits ont été commis à l'étranger par des étrangers. Une arme juridique redoutable.

Le hic, c'est que cette compétence reste trop peu utilisée. Les dossiers s'empilent, les moyens manquent — et les pressions diplomatiques, elles, ne manquent pas.

« La désignation d'un juge d'instruction en France est le premier aboutissement sérieux d'une longue quête de justice », a résumé RSF. Une phrase qui en dit long sur les obstacles rencontrés.

Et maintenant ?

Le juge peut désormais agir. Il peut convoquer des diplomates saoudiens en poste à Paris, demander l'extradition de suspects — et même, en théorie, viser le prince héritier. (L'immunité des chefs d'État, un détail qui complique tout.)

Les prochains mois seront décisifs. Les avocats de RSF préparent déjà des demandes d'actes. Les familles des victimes — car Khashoggi avait des proches, une fiancée, des amis — attendent des réponses.

Et Riyad ? Le royaume saoudien n'a pas réagi officiellement. Mais ses avocats parisiens suivent le dossier de près. Une chose est sûre : l'Arabie saoudite n'a pas l'habitude de voir ses ressortissants traînés devant des tribunaux étrangers.

La France, elle, joue son crédit. Celui de sa justice. Celui de sa parole. Celui de son engagement pour les droits humains.

La suite est édifiante — et elle s'écrit maintenant.

Sources :

  • Reporters Sans Frontières (RSF), communiqué officiel
  • franceinfo, reportage sur la désignation du juge d'instruction
  • Rapport de la CIA (2021) sur le rôle de Mohammed ben Salmane
  • Témoignages et documents judiciaires transmis à la justice française

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 5 · 2026-05-16

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