Juan Branco : « L'Élysée a instrumentalisé la justice contre moi »

Le 29 mai, une adolescente disparaît dans le Gers. Le suspect a déjà été signalé cinq fois pour violences sexuelles. Juan Branco, avocat et candidat à la présidentielle 2027, ne cache pas son dégoût. Mais il voit dans ce drame le symptôme d’un système bien plus large : une justice embolisée, des médias sous contrôle, un pouvoir qui instrumentalise les deux.
Dans une interview, il détaille ses accusations, nomme des responsables, raconte sa propre expérience.
L’affaire qui tue le silence
« Ça me dégoûte. » Trois mots. Juan Branco les prononce sans trembler. Il parle de la mort de Liana, 14 ans, disparue le 29 mai dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme Barsacq, 41 ans — les autorités avaient déjà reçu cinq signalements pour violences sexuelles le concernant. « C’est la défaillance absolue des services de l’État », assène l’avocat.
Mais il ne s’arrête pas là. Cette affaire, dit-il, est emblématique d’une crise plus profonde. Selon lui, il y a 163 % d’augmentation des procédures pour violences sexuelles en quatre ans. Les moyens de la magistrature et de la police n’ont pas suivi. Résultat : une embolie des juridictions. « Aujourd’hui, il faut en moyenne six ans pour qu’il y ait un jugement sur une affaire de violence sexuelle », affirme-t-il. Six ans — « pour la victime comme pour le mis en cause ».
Juan Branco va plus loin. Il évoque le cas d’un haut magistrat de Bobigny, impliqué dans des orgies avec des dealers. « Classé sans suite avec une simple mutation », dit-il. Pas de poursuites, pas de sanction publique. « C’est une crise morale énorme dans la jeunesse », ajoute-t-il. Une indéfinition des rapports amoureux. Une « orgie de dénonciations » qui noie les véritables prédateurs.
Mon propre non-lieu, une affaire d’État ?
Juan Branco sait de quoi il parle. Lui-même a été visé par une enquête pour violences sexuelles. « J’ai eu droit à un déchaînement de moyens prioritaire », déclare-t-il. Comme si « je présentais un danger ». Il assure qu’il n’y avait « aucune allégation sérieuse », juste « une main courante plus ou moins orchestrée ». Le résultat : un non-lieu.
Mais ce non-lieu, selon lui, n’a pas eu la même couverture médiatique que l’accusation. Pourquoi ? Selon la source, « l’implication de l’Élysée est établie ». Il affirme que l’information, protégée par le secret de l’instruction, serait remontée jusqu’à l’Élysée. « Ils ont donné l’information pour déstabiliser », accuse-t-il. « Chaque fois le timing est extraordinaire. » Trois semaines après la publication de son livre Battre l’ennemi, l’affaire a éclaté. « Je venais de publier, ils voyaient monter une menace. »
Une instrumentalisation politique de la justice ? C’est l’accusation centrale qu’il porte. Il prend un autre exemple : l’affaire Édouard Philippe.
L’affaire Édouard Philippe : quand le parquet communique
Un juge d’instruction a été désigné dans une enquête visant l’ancien Premier ministre. Normal, dit Branco : toute constitution de partie civile déclenche automatiquement ce mécanisme. « N’importe qui peut le faire, c’est de droit. » Mais ce qui est anormal, selon lui, c’est que le Parquet national financier (PNF) a communiqué sur cette désignation. « Il n’y a aucune présomption que quoi que ce soit ait été commis », insiste-t-il. Pourquoi les procureurs sortent-ils du silence dans cette affaire, alors qu’ils ne le font jamais dans d’autres ? « Il y a une intention derrière. »
Il raille « ces crocodiles qui s’entre-dévorent ». Mais il va au fond du système. Il affirme que des forces politiques contrôlent aujourd’hui le système judiciaire. « Une connaissance fine du fonctionnement de la magistrature permet de ralentir, accélérer, déclencher des affaires selon l’intérêt que l’on a. »
200 000 euros à Las Vegas : le prix du silence
Autre affaire, autre accusation. Cette fois, Juan Branco remonte à la campagne présidentielle de 2017. Emmanuel Macron, alors candidat, effectue un déplacement à Las Vegas. Coût : plus de 200 000 euros. Un avion privé, une flopée de journalistes. « C’était pour faire sa propagande en tant que candidat de la technologie et de la modernité », raconte-t-il.
Selon la source, Business France et Havas, qui faisait la campagne, ont organisé ce déplacement. « Muriel Pénicaud, alors patronne de Business France, a débloqué cette somme en dehors de tout code de marché public », accuse Juan Branco. Le but : aider Emmanuel Macron. « Son silence a été acheté en la faisant nommer ministre du travail », affirme-t-il. Il ajoute : « La pire ministre du travail qu’on a eue en termes d’éloquence, de charisme, d’intelligence. » Pénicaud n’était là que pour se taire. Selon lui, elle a été placée comme « témoin assisté », pas mise en examen.
Il compare ce mécanisme à celui d’Agnès Buzyn après l’affaire Griveaux. « Acheter des gens pour qu’ils se taisent », résume-t-il. Les enquêtes sur Business France et les Uber Files sont « à l’arrêt », déplore-t-il. Pourquoi ? « On ne va pas me faire croire qu’il n’y a pas de raison d’enquêter. »
Quand l’Élysée contrôle les algorithmes
La justice n’est pas le seul levier. Juan Branco pointe du doigt la mainmise sur les médias et les réseaux sociaux. Il commence par l’audiovisuel public. « Les médias publics sont nommés directement par le pouvoir en place. » Il cite Delphine Ernotte, l’ancienne présidente de France Télévisions, et surtout son directeur de cabinet récemment nommé. « C’était le conseiller au discours d’Emmanuel Macron, il a 30 ans, n’a jamais eu d’expérience dans la télévision. » Avant lui, il y avait Stéphane Sitbon, « propulsé à l’un des postes de pouvoir les plus importants » à 30 ans, sans autre expérience que d’avoir été conseiller de Cécile Duflot.
Il dénonce une « médiocrisation du personnel politique ». Une perte de rayonnement culturel. « Le monde ne s’intéresse plus à la France », regrette-t-il. « C’est une catastrophe absolue et irrémédiable. »
Mais le contrôle ne s’arrête pas là. Juan Branco accuse Emmanuel Macron d’avoir accordé la nationalité française aux fondateurs de Snapchat et de Telegram. « Dans l’objectif de pouvoir, le moment venu, affecter leur fonctionnement. » Il assure que Snapchat a modifié ses algorithmes pendant les émeutes de l’affaire Nahel, à la demande du président. « La directrice des affaires publiques de Snapchat l’a révélé à l’Assemblée nationale », précise-t-il. Une modification pour « mettre fin à la contamination qui commençait à prendre ». Et d’ajouter : « Ils utiliseront ces mêmes algorithmes si demain il y a de nouveaux gilets jaunes. »
Il enfonce le clou : Xavier Niel siège au conseil d’administration de TikTok. « Personne ne le sait », dit-il. Un milliardaire français qui pèse dans les décisions d’un réseau social mondial.
Gabriel Attal épargné ? La justice à deux vitesses
Juan Branco ne mâche pas ses mots sur Gabriel Attal, candidat déclaré à la présidentielle. « C’est le fruit d’un parcours népotique sans légitimation par l’action. » Selon lui, Attal est le seul qui soit « épargné judiciairement aujourd’hui ». Tous les autres candidats du centre « se font décimer ». Il y voit une « contribution de la part de ce candidat et des réseaux qui l’appuient à l’organisation de ces cabales ». Un système de protection au sein du pouvoir macroniste.
Il évoque Nicolas Sarkozy pour illustrer le mécanisme : « Il a joué ce jeu contre Dominique de Villepin. Et on a vu comment ça s’est fini pour lui. » La roue tourne. « Attal rentre dans une dynamique qui risque de lui coûter cher à terme. »
Une candidature pour briser le jeu
Juan Branco annonce sa candidature à la présidentielle de 2027. Conditionnée à l’obtention de 500 parrainages. « On a émis cette hypothèse il y a un peu plus d’un an », dit-il. Son programme ? Un référendum sur la sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. L’adoption du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), sur le modèle suisse. « La possibilité pour les Français d’adopter leur propre loi. »
Il parle d’un « coup d’État institutionnel » via l’article 11 de la Constitution, qui permet au président de déclencher des référendums sans passer par le Parlement. « De Gaulle nous a laissé cette arme », explique-t-il. « On peut refonder la République sans passer par des négociations interminables. »
Il ne cache pas son mépris pour le système électoral actuel. « Tellement le jeu est truqué d’avance que participer à l’élection est presque scandaleux. » Mais il voit dans la campagne une occasion de « porter la voix de la nation » dans l’espace médiatique. « L’équité du temps de parole nous obligera à être invités », espère-t-il.
« Il faut se réarmer sur le temps long »
Juan Branco conclut sur la nécessité d’une révolution citoyenne. Il cite les gilets jaunes comme exemple de « rapport de force populaire ». Mais il met en garde : l’impulsion ne suffit pas. « Donald Trump a essayé de rassembler ses partisans pour prendre le Capitole. Ça n’a pas marché. » Il note que Trump « est redevenu président quatre ans plus tard » par les urnes. « La capacité à faire pression demande de la patience. »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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