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SociétéÉpisode 11/5

Inceste : 76 % de plaintes classées sans suite — le cri de Steffy Alexandrian

Par la rédaction de Le Dossier · 10 JUILLET 2026
Illustration: Inceste : 76 % de plaintes classées sans suite — le cri de Steffy Alexandrian
© YouTube

Le 29 juin 2021

Steffy Alexandrian pousse la porte de son appartement. Son frère cadet, Carl, s'est suicidé. Depuis des années, il répétait qu'il préférait mourir plutôt que de passer un week-end sur deux, la moitié des vacances, chez leur père. Ce père, Steffy l'accuse de l'avoir violée pendant son enfance.

« Aujourd'hui, j'ai la parfaite conscience que la France n'aime pas ses enfants, confie-t-elle. C'est terrible pour moi de le dire, j'ai honte. »


Les faits — une enfance brisée, une justice tardive

Steffy Alexandrian a été victime de l'inceste de son père « de mes plus jeunes souvenirs à l'âge de onze ans ». Elle demande de l'aide à sa mère. Sa mère ne la protège pas. Ce n'est qu'à treize ans que la justice intervient : elle est placée en foyer.

Pourtant — malgré la mise en cause du père — celui-ci conserve un droit de visite. Incarcéré un temps, il peut voir ses fils au parloir. À sa libération, il obtient un week-end sur deux et la moitié des vacances. « Au fur et à mesure des années, le plus jeune de mes petits frères, Carl, s'est dégradé », raconte Steffy. « Il parlait de se suicider dès lors qu'il était question d'aller chez notre père. »

En 2019, leur mère se suicide. Steffy, alors majeure, demande la garde de Carl. « Je t'en supplie, protège-moi de lui », lui dit son frère. Elle l'obtient. Mais le 29 juin 2021, elle le laisse seul « depuis peu de temps ». Il met fin à ses jours.

Steffy crée alors l'association Carl. Aujourd'hui, elle accompagne plus de 2 000 enfants victimes, avec 150 bénévoles. « Notre activité principale consiste à apporter de l'aide aux victimes, en priorité les mineurs qui n'ont pas de parents protecteurs », explique-t-elle. L'association a également porté un projet de loi, la loi Yanis — du nom d'un jeune de l'association qui s'est suicidé après avoir appris par un tiers la libération de son agresseur, autorisé à vivre juste à côté de chez lui.

Le texte, porté par la députée Virginie Duby-Muller, adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale, oblige à informer l'enfant victime de la libération de son agresseur. « Espérons maintenant qu'elle sera très vite appliquée », dit Steffy.


Le contexte — un système qui classe sans suite

Les chiffres accablent. Steffy Alexandrian les cite : entre 2016 et 2022, 76 % des plaintes pour agressions sexuelles ou viols sur mineurs ont été classées sans suite. Plus des trois quarts.

Elle précise que ce classement intervient souvent pour « infraction insuffisamment caractérisée » — le fameux classement 21. Car ces violences ont lieu « intra muros ou avec une relation d'autorité, d'ascendance sur l'enfant », ce qui rend la preuve difficile. « La parole de l'enfant est déjà une preuve, pour peu qu'on sache la recueillir et qu'on l'investisse réellement », défend-elle.

Un enfant sur cinq en Europe est victime de violences sexuelles, selon des statistiques européennes qu'elle rappelle. La France n'échappe pas à ce fléau. Pourtant, le manque de moyens est criant. « La protection de l'enfance souffre d'un manque de financement chronique », déplore Steffy. « Je ne suis pas un cas isolé. »


Le traitement judiciaire — entre classement et contradictions

Le père de Steffy a été incarcéré, puis libéré, et a obtenu un droit de visite.

Un autre cas est évoqué : celui d'un homme, père et grand-père, qui a violé ses deux frères et sa fille. « On est suivi deux ans d'auditions, de suivi psy et de survie pour être classé sans suite puisqu'il a nié, évidemment », témoigne une autre voix. Le classement 21, encore.

Steffy Alexandrian, elle, poursuit un doctorat en droit sur la protection de l'enfance contre les violences sexuelles. « J'espère devenir professeur de droit et avocate de l'enfant », dit-elle. Son combat est aussi académique.


Ce que ça dit de la France

« Aujourd'hui, j'ai la parfaite conscience que la France n'aime pas ses enfants. » Cette phrase, tirée de la source, résume l'amertume et la colère de Steffy Alexandrian. Elle ne parle pas d'un accident judiciaire, mais d'un système.

Car comment expliquer que 76 % des plaintes soient classées sans suite ? Comment justifier qu'un père incestueux conserve un droit de visite ? Comment accepter qu'un enfant doive apprendre par un tiers la libération de son agresseur ?

L'association Carl, avec ses 150 bénévoles, tente de combler les carences de l'État. « On ne peut pas attendre de ces enfants qu'ils nous révèlent ce qu'ils subissent, qu'ils nous demandent de l'aide, si nous-mêmes nous ne leur montrons pas que nous savons parler de ces sujets », conclut Steffy.

📰Source :youtube.com

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