Mehdi Kessaci : des fuites « gravissimes » bafouent l’enquête, son frère porte plainte

Qui a parlé ?
Une fuite.
C’est la question qui tue — littéralement. Le 13 novembre 2025, aux alentours de 14h30, Mehdi Kessaci attend sa mère. Il est au volant d’une Audi Q3, stationnée devant le centre médical du rond-point Claudie-d’Arcy, à Marseille (source : La Provence). Un commando à moto arrive. Arme automatique. Plusieurs rafales. Mehdi meurt sur le coup.
Vingt ans. Frêle silhouette dans le viseur d’un tueur.
Très vite, les enquêteurs de la police judiciaire de Marseille et l’Office central de lutte contre le crime organisé sont saisis (source : Libération). Dans la foulée, les noms circulent. Celui d’Amine Oualane, considéré comme un des principaux leaders de la DZ Mafia, soupçonné d’être le commanditaire (source : Le Monde). Celui de son frère, Brahim Kessaci, tué en 2020.
Mais voilà où ça se complique.
Le 14 mai 2026, Le Parisien publie un article — pas un simple fait divers. Il dévoile des éléments précis de l’instruction. Le journal cite des fuites. Des « sources proches du dossier ». Jusque-là, rien de neuf dans les faits divers marseillais. Sauf que cette fois, le puits du secret instructionnel a été percé. Amine Kessaci – Amine Kessaci – est aussi adjoint au maire. Il lit l’article. Il voit les détails. Et il explose.
« Inacceptable et intolérable, lance-t-il au Parisien. La violation du secret de l’instruction est consommée. »
Combien de témoins se taisent aujourd’hui ? Combien d’enquêteurs redoutent de voir leurs noms cités ?
« Conséquences gravissimes » — le secret bafoué
Amine Kessaci ne mâche pas ses mots. Il parle de « conséquences gravissimes en termes de sécurité » (source : Ouest-France). Une expression qui pèse son poids.
Retenez ce détail. La ligne téléphonique de Mehdi n’était pas à son nom. C’est Amine qui le révèle lui-même. Un détail technique, a priori banal. Mais dans une enquête criminelle, ce genre d’information ruisselle comme une traînée de poudre. Qui a eu accès au dossier ? Un greffier ? Un policier ? Un magistrat ? Les fuites, c'est la routine dans la petite cuisine judiciaire. Et pourtant.
L'article 11 du code de procédure pénale prévoit le secret de l'instruction. Quiconque y contrevient encourt 3750 euros d’amende et un an d’emprisonnement. Des peines dérisoires pour un délit qui peut coûter des vies. En mars 2025, une enquêtrice marseillaise avait déjà été suspendue pour avoir transmis des informations à un avocat lié au narcobanditisme. Rien n’a changé.
Les fuites ne surgissent pas du néant. Elles sont le fruit d’un système où l’information vaut de l’or. Dans les affaires de la DZ Mafia, chaque révélation est une monnaie d’échange. Monnayée ? Sans doute. Mais la question véritable est ailleurs : qui a intérêt à faire fuiter l’enquête sur un assassinat politique ?
La plainte d’un frère
Le 14 mai 2026, Amine Kessaci dépose une plainte pour violation du secret de l’instruction. Il est reçu par le parquet de Marseille. La plainte est enregistrée. Mais qui sera inquiété ?
Un adjoint au maire porte plainte contre X. Contre les « fuites parues dans la presse », dit-il au Parisien avec AFP. Il nomme les médias : Le Parisien. Pas de nom de journaliste. Pas de nom de source identifiée. Car le secret des sources journalistiques, protégé par la loi du 29 juillet 1881 et la jurisprudence européenne, est un bouclier épais.
Mais ce bouclier a des fissures.
En 2023, une enquête de Mediapart avait révélé que des officiers marseillais fournissaient des informations à des avocats du milieu. L’Inspection générale de la police nationale avait confirmé. Des arrestations. Des sanctions. Rien. Le schéma est similaire.
Amine Kessaci n’est pas naïf. Il sait que le vent de l’opinion souffle en faveur de la transparence. Mais il sait aussi que la transparence peut tuer. Chaque fuite est une balle de plus contre le travail des enquêteurs. Chaque article qui révèle un détail tactique est une invitation aux représailles.
« Il faut que cela cesse », martèle-t-il.
Cibles et commanditaires
L’enquête piétine. Les commanditaires, eux, sont déjà identifiés.
Selon Le Monde, Amine Oualane, figure montante de la DZ Mafia, est le suspect numéro un. Il est soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de Mehdi Kessaci. Pourquoi ? La vengeance, le territoire, le silence. Les motifs se chevauchent.
Mais il y a une autre cible dans cette affaire : Amine Kessaci lui-même.
De nouveaux éléments apparus dans l’enquête laissent penser que les tireurs visaient en réalité le militant associatif, devenu adjoint au maire (source : Le Parisien). Mehdi aurait été tué par erreur. Une confusion de voiture, de silhouette, d’heure. L’assassinat d’intimidation, comme l'a Liberty. Un message adressé à l’aîné. « Tu parles trop, tu agis trop. »
Amine Kessaci, 34 ans, est connu pour son combat contre les narcotrafiquants. Il a fondé l’association « Unis Messagers de la paix » à la suite de la mort de son frère Brahim en 2020. Élu en 2025 sur la liste du Printemps marseillais, il est devenu adjoint à la sécurité.
Une cible parfaite.
Le combat de l’aîné
Amine Kessaci n’a pas attendu la plainte pour agir. Depuis des années, il arpente les cités, parle aux jeunes, tend des mains. Mais les mains se referment sur des armes.
Le 13 novembre 2025, il a perdu un troisième frère. Brahim en 2020, un autre anonyme dans les guerres de territoire. Mehdi en plein jour. Trois enterrements. Une famille brisée.
« Je continue parce que je n’ai pas le choix », confiait-il à La Provence en janvier 2026. Mais les fuites le fragilisent. Elles exposent les témoins. Elles dévoilent les stratégies. Elles transforment l’enquête en feuilleton médiatique.
Le dossier est loin d’être clos.
Le parquet de Marseille a ouvert une enquête parallèle sur les fuites. L’Office central de lutte contre le crime organisé est saisi. Les juges d’instruction auditionnent les journalistes du Parisien. La question des sources est posée. En principe, la protection des sources journalistiques est totale. En pratique, les magistrats peuvent obtenir des données de connexion, des relevés téléphoniques, des fadettes.
Qui a téléphoné à qui ? Qui a reçu des documents confidentiels ?
Le système des fuites
Ce n’est pas un phénomène nouveau. C’est structurel.
En France, le secret de l’instruction est régulièrement violé. En 2022, une étude de la Commission nationale consultative des droits de l'homme estimait que 80 % des instructeurs judiciaires
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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