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SociétéÉpisode 10/5

Jean-Pierre Colombiès : « J’ai vu des passe-droits dégueulasses et monstrueux »

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-05
Illustration: Jean-Pierre Colombiès : « J’ai vu des passe-droits dégueulasses et monstrueux »
© YouTube

L’accroche

Une phrase claque, lâchée sans passion, presque lasse : « J’ai vu des passe-droits dégueulasses et monstrueux. » Jean-Pierre Colombiès n’est pas un lanceur d’alerte anonyme. Trente-cinq ans de maison, passé par la brigade des Stups à Paris et à Marseille, puis par la Criminelle. Il a occupé des postes syndicaux. Rédigé des rapports qui lui ont coûté l’avancement. Aujourd’hui, il publie aux éditions Max Milo un livre au titre sans équivoque : La face obscure de la police.

L’entretien qu’il accorde à la chaîne YouTube Epoch Times FR est un pavé dans la mare. Il raconte des scènes d’une crudité glaçante — des collègues qui donnent de l’héroïne à leurs indicateurs jusqu’à l’overdose, des plaintes pour viol classées sans suite pendant neuf mois, des agresseurs d’enfants déplacés d’un site périscolaire à un autre. « Ce n’est pas du rêve, c’est de la réalité concrète », insiste-t-il. Voici ce que personne ne vous dit.


Les faits

Le récit de Colombiès s’articule autour de deux axes : la manipulation des statistiques de la délinquance et la porosité entre police, justice et franc-maçonnerie. Premier point, un classique — la « politique du chiffre » imposée sous Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. Mais l’ancien commandant va plus loin : il assure avoir personnellement vu des tableaux de nationalités destinés à faciliter les expulsions. « C’était la course à l’échalote pour trafiquer les chiffres, pour apparaître comme le bon élève de la classe », explique-t-il. Selon lui, cette logique a « corrompu l’institution policière et la justice ».

Second point, Colombiès ne prend pas de pincettes : « Il y a une influence de la franc-maçonnerie dans la police et la justice, c’est indéniable. » Lui-même a été franc-maçon. Il raconte l’histoire d’un violeur de mineurs, membre d’une loge, qui aurait obtenu des reports d’audience grâce à des « frères » juges ou greffiers. Un chirurgien maçonnique aurait même pratiqué une opération de complaisance pour éviter que la victime ne témoigne. Le jour de l’interpellation, le suspect et le chirurgien se sont suicidés. « Il faudrait être un menteur pour ne pas le dire », ajoute-t-il.

Des affaires récentes illustrent son propos. L’affaire Lyhanna, à Marseille : une fillette de 10 ans violée et tuée. L’agresseur, Jérôme Barella, avait été identifié, mais les plaintes étaient restées sans suite pendant neuf mois. « L’engorgement de la justice, oui. Mais aussi la volonté de ne pas voir », glisse Colombiès. Autre dossier : le scandale du périscolaire à Paris. Des dizaines d’animateurs suspendus ou déplacés pour agressions sexuelles, sans être poursuivis. La maire Anne Hidalgo et son adjoint Emmanuel Grégoire pointés du doigt : « Quand vous déplacez un pédophile d’un site à l’autre où il y a des enfants, votre responsabilité est au moins morale. »

Le préfet de Gironde avait déclaré que 49 % des auteurs de délinquance sur la voie publique à Bordeaux étaient étrangers. Colombiès ne conteste pas le chiffre, mais il en dénonce l’utilisation politicienne : « On vous donne des instructions pour contrôler massivement des étrangers, mécaniquement vous contrôlez des bronzés. Ce n’est pas du racisme systémique des flics, c’est l’objectif qu’on leur fixe. »


Le contexte

Jean-Pierre Colombiès a 65 ans aujourd’hui. Il a connu la brigade des Stups à Paris dans les années 1980 — une époque où, dit-il, « on bricolait avec les moyens du bord ». Il raconte un collègue qui a donné de l’héroïne à un indicateur sorti de prison : l’homme est mort d’une surdose, son organisme ne supportant plus la dose qu’il prenait avant l’incarcération. « Le milieu de la came est le plus pourri de la criminalité », assène-t-il. « Pas d’honneur, pas de code. C’est le premier qui tire qui a raison. »

Son passage à Marseille dans les années 1990 l’a confronté aux cartels sud-américains. Il supervise l’opération « Margarita », une enquête contre le cartel de Cali. « On avait les écoutes, les planques, les perquisitions préparées. Tout a été saboté par des considérations politiques », affirme-t-il. La saisie de cocaïne n’a jamais eu lieu. Les trafiquants ont été prévenus. « Les politiques n’ont pas intérêt à lutter vraiment contre la drogue. D’abord parce que certains en sont consommateurs, ensuite parce que l’argent du trafic peut être réinjecté dans des dynamiques électorales. »

Depuis, le constat s’est aggravé. Colombiès qualifie les « opérations XXL » de Gérald Darmanin de « guignolesques » et « bidon ». « Saisir 500 kilos de cannabis dans un voilier, c’est de la propagande. Le volume qui transite par les ports est colossal. » Il cite les ports du Havre, d’Anvers, de Hambourg : « Aucun service douanier n’a les moyens de contrôler des milliers de conteneurs. » Résultat : la France devient, selon lui, un « narco-État » avec des quartiers entiers tenus par des gangs, créant des « micro-États » où la police ne pénètre plus.


Le traitement judiciaire

Les affaires évoquées par Colombiès sont, pour certaines, en cours d’instruction. L’affaire Lyhanna a connu un rebondissement : Jérôme Barella a finalement été interpellé après neuf mois d’inaction. Une enquête a-t-elle été ouverte pour « non-assistance à personne en danger » visant des fonctionnaires ? Les sources disponibles ne le précisent pas. Le parquet de Marseille n’a pas communiqué sur ce point.

Le scandale du périscolaire à Paris a donné lieu à des signalements à la justice, mais les procédures avancent lentement. La mairie de Paris a reconnu des « dysfonctionnements » et annoncé un audit. Aucune mise en examen n’a été rendue publique à ce jour.

Quant aux allégations de manipulation des statistiques, elles ne sont pas nouvelles. Plusieurs rapports parlementaires — notamment celui de la commission d’enquête sur l’état des lieux de la délinquance en 2023 — avaient pointé les biais liés à la « politique du chiffre ». Aucune poursuite pénale n’a été engagée contre des responsables policiers. Colombiès lui-même ne fait pas l’objet de poursuites pour ses révélations, mais il précise avoir subi des pressions hiérarchiques pendant sa carrière.

« J’avais fait un rapport sur les conditions d’autopsie au cimetière Saint-Pierre, raconte-t-il. Le directeur des Hauts-de-Seine a dit : “Celui-là, il ne faudra pas qu’il avance dans sa carrière.” » Il décrit des scènes où il a dû « désosser un macchabée pour retrouver une balle de 6.35 », faute de radiologie. Les bocaux en plastique servant aux scellés fondaient sous la cire chaude. « Le cerveau qui avait cogité ça n’avait pas réfléchi à la faisabilité. »


Ce que ça dit de la France

L’analyse de Colombiès dépasse le simple témoignage. Pour lui, l’affaiblissement du régalien est voulu. « On enlève la police nationale, on met des polices municipales qui seront sous l’autorité d’un maire avec une milice armée. » Il voit dans le déploiement des caméras algorithmiques un outil d’hypercontrôle des masses, pas de protection des citoyens.

« Vous ressassez en permanence la peur — virus, guerre, crise écologique — pour justifier un contrôle par laissez-passer, comme pendant le covid. Les États ont compris l’opportunité. » Il se défend d’être complotiste : il dit être factuel. Le lien avec le narcotrafic ? « L’ultralibéralisme mondialisé a cassé les frontières, permis la libre circulation des marchandises, et donc de la drogue. » Il dénonce une « propagande d’État » qui fait croire que la lutte contre la drogue progresse, alors que les saisies sont « infinitésimales » par rapport au volume total.

Le discours est dur. Parfois excessif. Mais il porte une question légitime : pourquoi la France, avec l’un des budgets de sécurité les plus élevés d’Europe, n’arrive-t-elle pas à endiguer le narcotrafic ? Pourquoi des milliers de plaintes pour viol restent-elles sans suite ? Pourquoi un préfet peut-il annoncer que près de la moitié des délinquants de la voie publique sont étrangers sans que cela provoque un débat sur l’immigration non choisie et l’échec de l’assimilation ? (les documents en attestent)

Le problème n’est pas l’immigré, répète Colombiès. Le problème, c’est l’État qui n’exige plus rien. « On importe de la pauvreté sans cadre d’intégration. On crée des zones de non-droit. » Il rappelle qu’un conflit à Dijon a été réglé par un imam, pas par la police. « L’autorité régalienne a reculé. » Une alerte que Pierre Brochand, ancien directeur général de la DGSE, avait formulée en évoquant un risque de guerre civile.

Et maintenant ?

Les révélations de Colombiès sont un signal d’alarme. Mais l’institution policière et judiciaire reste opaque. Aucune enquête indépendante n’a été diligentée sur l’influence maçonnique, ni sur les statistiques truquées. Le ministère de l’Intérieur, interrogé par plusieurs médias, n’a pas répondu aux questions précises sur ces points.

Ce qui est certain, c’est que la parole d’un ancien commandant, croisée avec d’autres sources — comme le documentaire Reportages et investigations sur les méthodes des camelots à Marseille, ou les reportages de France 24 — montre une réalité que les chiffres officiels peinent à masquer. Les témoignages se recoupent. Les anecdotes s’accumulent. Les dénis aussi. La France est-elle devenue un « narco-État », comme le dit Colombiès ? Le terme est fort. Mais les faits parlent.

L’affaire Lyhanna, le scandale du périscolaire, les 70 000 plaintes pour viol que Gérald Darmanin a ordonné de réexaminer avant le 14 juillet 2024 — tout cela forme un tableau dont les couleurs s’assombrissent. Colombiès conclut : « Nous assistons à l’effondrement d’un système et à la mise en place d’un hypercontrôle des masses. » Si son livre n’est qu’une pierre dans le mur de la réflexion, elle est lourde. Reste à savoir qui voudra la soulever.

Le Dossier

📰Source :youtube.com

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