Europe-Taliban : le double jeu qui piétine les femmes afghanes

Un peuple fatigué, des femmes sacrifiées
Kaboul, le 15 août. Des centaines d'hommes se rassemblent près de l'ancienne ambassade américaine. Le porte-parole du gouvernement afghan parle d'un jour de la victoire gravé en lettres d'or. Le ministre des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, lance un appel : « Les pays qui ont dialogué avec l'Émirat islamique y ont gagné. » Les autres ? Qu'ils expliquent ce que leur a rapporté leur silence.
Ce discours, le régime le tient de deux acquis, selon la grand reporter Mélina Huette sur France 24 : la sécurité, d'abord, dans un pays épuisé par quarante ans de guerre. L'autosuffisance, ensuite, alors que les avoirs afghans restent gelés et le pays coupé du système bancaire international.
Le rapporteur spécial de l'ONU oppose un constat radicalement différent. Il qualifie le système afghan de crime contre l'humanité, de persécution de genre. La guerre est finie, dit-il. Rien ne permet d'affirmer qu'il y ait la paix.
Mélissa Cornet, chercheuse travaillant depuis 2018 en Afghanistan, confirme ce paradoxe : « Les Afghans sont juste très très fatigués de tout ce conflit. Aujourd'hui, beaucoup disent que c'est la première fois que le pays est en paix. » Puis elle précise : « C'est oublié le fait que la moitié de la population ne peut pas être en paix. »
Selon la source, la moitié des Afghanes interrogées ne sortent de chez elles qu'une ou deux fois par mois. Neuf femmes sur dix décrivent leur santé mentale comme mauvaise ou très mauvaise. Mélissa Cornet ajoute : « Les talibans ne condamnent les violences contre les femmes que s'il y a des marques visibles. Par exemple, si un os est cassé. Le reste est accepté. »
La source évoque des tentatives de suicide de filles privées d'école.
L'Europe négocie, la CPI accuse
Et pourtant. Le 23 juin, une quinzaine d'États membres de l'UE ont reçu des responsables talibans. C'est une première depuis la prise de pouvoir de 2021. L'objectif ? Organiser le renvoi des Afghans déboutés du droit d'asile sur le sol européen.
Human Rights Watch a dénoncé un double standard : une Europe qui condamne les exactions d'une main et coopère de l'autre.
Cet arrangement tient sur trois piliers, selon France 24. D'abord, l'opium. L'ONUDC a mesuré 10 200 hectares de pavot cultivés en 2023, contre 232 000 avant l'interdiction décrétée par les talibans. Ensuite, la lutte antiterroriste — l'ONU s'inquiète, mais les talibans s'en vantent. Enfin, le contrôle des départs migratoires vers l'Europe.
Car pendant que ces discussions se tiennent, le chef suprême Haibatullah Akhundzada reste sous mandat d'arrêt de la CPI pour persécution des femmes.
Ce que ça dit de l'Europe
Ce n'est pas un simple fait divers. C'est une radiographie de notre époque. Une époque où les valeurs s'effacent devant les intérêts bien compris. Où l'on qualifie un régime de crime contre l'humanité tout en négociant avec lui le renvoi de ceux qui ont fui.
La France, à travers son appartenance à l'UE, participe à cette compromission. Elle n'est pas seule, certes. Mais elle est complice. Car le double discours n'est pas une erreur de communication — c'est un calcul politique assumé.
On veut lutter contre l'immigration illégale ? On négocie avec les talibans. On veut endiguer le trafic d'opium ? On ferme les yeux sur les écoles fermées aux filles. On veut combattre le terrorisme ? On serre la main de ceux qui le pratiquent au nom de la charia.
Le problème n'est pas l'absence de principes. Le problème, c'est le choix délibéré de les bafouer quand ils deviennent gênants. Les talibans ne changent pas — ce sont les capitales occidentales qui ajustent leur seuil de tolérance.
Et maintenant ?
La délégation talibane n'était qu'un début. D'autres rencontres suivront, c'est inévitable. La pression migratoire et le besoin de stabilité régionale pousseront l'Europe à approfondir cette coopération.
Le mandat d'arrêt de la CPI ? Un morceau de papier si personne n'ose l'exécuter. La qualification de crime contre l'humanité ? Une formule diplomatique qui n'empêche pas les affaires.
Ceux qui veulent croire que la morale gouverne encore les relations internationales devront regarder cette image : une femme afghane qui ne sort de chez elle qu'une fois par mois, pendant que les diplomates européens sirotent un thé avec ses bourreaux. Et n'y voient rien à redire.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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