Europe numérique : 30 ans de naïveté face aux géants américains

Le constat qui fâche
L'Europe a été la championne de la mondialisation depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est son acte de foi. Mais cette foi a produit un aveuglement stratégique.
Pervenche Berès, ancienne députée socialiste européenne de 1994 à 2019, le reconnaît sans détour : l'Europe a construit un marché de consommateurs, pas de producteurs. Les Britanniques appellent ça l'effet Wimbledon — ce qui compte, c'est que le tournoi ait lieu, quelle que soit la nationalité des joueurs.
Les trois secteurs les plus en pointe aujourd'hui — l'électricité, les télécoms, la finance — sont précisément ceux où l'Europe n'a pas achevé son marché intérieur. Double peine : on ne produit pas, et notre marché reste fragmenté.
Clara Chappaz, ambassadrice pour le numérique et l'intelligence artificielle, ancienne ministre sous Barnier et Bayrou, ajoute une couche : pendant longtemps, le numérique a été considéré comme « de la tuyauterie ». Les ministres du numérique étaient chargés d'adopter la digitalisation, pas de construire une industrie.
Résultat ? La première vague industrielle du numérique — les Google, Apple, Facebook, Amazon — s'est faite sans nous. On a été consommateurs, pas constructeurs.
Retenez ce détail : en 1994, quand les Américains ont offert internet à l'Europe, la question posée à l'époque était déjà : « Pourquoi ne crée-t-on pas notre Google ? » La réponse était toujours la même : on n'y arriverait pas.
Le pacte de stabilité : le boulet qui a tué l'investissement
Pervenche Berès pointe un mécanisme rarement évoqué : le pacte de stabilité.
Pour créer la confiance entre Européens, on a instauré des règles budgétaires strictes. Il ne fallait pas trop dépenser. L'investissement — public comme privé — était sous surveillance permanente.
La naïveté française : un problème culturel
Marcel Gauchet, le philosophe, a une explication qui dérange. La France est républicaine, jacobine, verticale. Les démocrates ailleurs — aux États-Unis par exemple — sont horizontaux. Ils mettent tout le monde autour de la table.
Or le nouveau pouvoir économique n'est plus vertical. C'est un pouvoir de réseau, horizontal.
Les Français n'étaient pas les mieux armés pour cette bataille.
Clara Chappaz le confirme : il y avait un manque de confiance en nous, dans notre capacité à faire aussi bien que les autres. Les entreprises et les administrations choisissaient systématiquement les solutions américaines, considérées comme les meilleures.
« Les meilleures solutions, ça peut être nous », dit-elle.
Le réveil brutal : quand les États-Unis coupent l'accès à l
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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