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JusticeÉpisode 7/4

Drame de Liana : Bompard accuse Darmanin de « démagogie » et réclame sa démission

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-08
Illustration: Drame de Liana : Bompard accuse Darmanin de « démagogie » et réclame sa démission
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Soixante-douze pour cent. C’est la part des plaintes pour viol d’enfant classées sans suite en France. 160 000 violences sexuelles sur mineurs chaque année. Et pourtant, le ministre de la Justice présente ses excuses à la famille de Liana — une fillette dont le drame aurait pu être évité. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, ne mâche pas ses mots : « démagogie », « clochardisation de la justice », « responsabilité politique ». Il réclame la démission de Gérald Darmanin et du préfet de police Laurent Nuñez.

« Ce n’est pas un dysfonctionnement individuel »

L’affaire commence ici. Le 22 août, une petite fille dépose plainte avec sa mère. Le 11 septembre, un examen médical conclut que les lésions « corroborent son récit de viol ». Rien ne se passe. Aucune audition. Aucune poursuite. Personne n’interroge le suspect, Jérôme Barella. Pourtant, quatre plaintes avaient déjà été enregistrées contre lui avant la disparition de Liana. Neuf aujourd’hui.

Gérald Darmanin a reconnu un « dysfonctionnement ». Laurent Nuñez, préfet de police, a parlé d’« échec » et de « manque de bon sens ». Mais Manuel Bompard ne gobe pas ces excuses. « Je vois bien qu’il y a une tentative d’aller pointer du doigt des dysfonctionnements individuels », dit-il. « Ce que révèle cette tragédie, c’est un problème systémique. »

Un problème de prise en charge des violences sexistes et sexuelles – surtout contre les enfants. Un problème de moyens, de formation, de priorités politiques. Bompard le martèle : les sanctions individuelles ne régleront rien.

Trois circulaires, zéro priorité

Darmanin l’a dit à la télévision : il avait donné des instructions claires. « J’avais demandé à ce que les affaires qui concernent les mineurs soient sur le haut de la pile. Ma circulaire n’a pas été respectée. » Bompard démonte cette version. « Ce n’est pas vrai », assène-t-il. Il détaille : trois circulaires du ministre de l’Intérieur. La première mettait en tête la lutte contre le narcotrafic. Les violences contre les personnes — dont celles contre les enfants — n’arrivaient qu’en deuxième point. La deuxième traitait de l’accompagnement des victimes d’attaques. La troisième, des violences sexuelles en milieu scolaire et périscolaire. Or, le drame de Liana ne relève pas du cadre scolaire.

« Ce que dit monsieur Darmanin est une manière de s’exonérer de sa propre responsabilité politique », conclut Bompard. « Il n’y a pas eu d’instruction demandant que la lutte contre les violences sexuelles sur les enfants soit une priorité ultime. »

Des chiffres qui donnent le vertige

Les statistiques sont accablantes. 160 000 violences sexuelles chaque année sur des enfants. 72 % des plaintes pour viol classées sans suite. Un taux qui interroge — et qui tue.

Comparaison avec l’UE ? La France compte trois procureurs pour 100 000 habitants. La moyenne européenne : onze. Pour les juges, onze contre vingt-deux. Pour les greffiers, moins d’un contre près de quinze. « Vous pouvez me dire qu’il n’y a pas de problème de clochardisation de la justice ? », lance Bompard. « Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le procureur national. »

Un manque de moyens chronique, aggravé par des priorités mal calibrées. Les associations réclament 2,6 milliards d’euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. « On n’en voit pas la couleur », dit Bompard.

La CIIVISE ignorée

En 2023, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a formulé plus de 80 recommandations. Objectif : améliorer la détection, le signalement, la prise en charge. Résultat : seulement 25 % mises en œuvre.

« On est capable de distribuer des dizaines de milliards aux grandes entreprises sans contrepartie », s’indigne Bompard. « On est capable de donner des cadeaux fiscaux aux plus riches. Et on n’est pas capable de mettre moins de 3 milliards pour protéger nos enfants. »

Il pointe aussi la formation des enquêteurs. « Quand un enfant vient parler, il faut un enquêteur formé, capable de distinguer. Ce n’est pas suffisamment le cas. » La parole de l’enfant n’est pas prise au sérieux. Même corroborée par des preuves médicales.

« Il faut une tragédie pour que les enquêtes suivent leur cours »

Plainte du 22 août, examen médical du 11 septembre : rien. Bompard y voit la preuve d’un système qui ne s’active qu’après un drame. « Il faut une tragédie dans notre pays pour que les enquêtes suivent leur cours », dénonce-t-il.

Il critique vertement l’annonce de Darmanin : « réexaminer toutes les enquêtes en cours », ne pas prendre de vacances tant que les 70 000 plaintes concernant des enfants ne seront pas traitées. « C’est de la démagogie », tranche Bompard. « Vous pouvez les examiner, mais il faut les prendre en charge. Il faut une police judiciaire pour mener les enquêtes. Il faut auditionner. »

Une formule qu’il juge « indécente ». « C’est comme si, sans drame, c’était normal que les enquêtes ne suivent pas. »

Responsabilité politique : Bompard demande la démission

Pour Manuel Bompard, la question dépasse les individus. Mais les responsables politiques doivent assumer. « Quand on est ministre de la Justice, quand on a été ministre de l’Intérieur, il me semble normal dans une démocratie que les responsables assument leurs responsabilités et ne cherchent pas à se défausser. »

Il réclame la démission de Gérald Darmanin et de Laurent Nuñez. « La responsabilité politique est posée. Sinon, le sentiment qu’on envoie aux Français, c’est qu’on cherche juste à se protéger. »

Il ne se fait pas d’illusions : « Ça ne sert à rien que je la demande pour qu’elle devienne effective. » Mais il insiste sur le caractère systémique du problème. « Comment fait-on en sorte que nos enfants soient protégés ? Comment fait-on en sorte qu’on comprenne que les enfants sont un sujet de droit ? »

Un naufrage plus large

L’affaire Liana n’est pas un cas isolé. En 2014, 4,9 % des agresseurs condamnés pour crimes sexuels ont récidivé (données vérifiées). Outreau, au début des années 2000, avait déjà montré des dysfonctionnements systémiques. La CIIVISE, créée après des années de mobilisation, peine à voir ses recommandations appliquées.

En 2025, 17 600 atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données ont été enregistrées (+4 % en un an, source ministère de l’Intérieur). Un autre angle de la défaillance : les outils numériques aussi sont sous pression. Mais le cœur du problème reste humain. Des enfants violentés, des plaintes classées, des procureurs débordés. Bompard le résume en une phrase : « On a un problème de clochardisation absolue de la justice. »

Que faire ?

Le coordinateur de La France insoumise avance trois pistes. D’abord, mettre en œuvre immédiatement l’intégralité des recommandations de la CIIVISE. Ensuite, accorder les 2,6 milliards d’euros réclamés par les associations. Enfin, former davantage d’enquêteurs à la parole de l’enfant.

Il évoque aussi des équipes spécialisées, à l’image du parquet national financier ou du parquet antinarcotrafic. Une idée déjà présente dans le programme de 2022 de son parti.

« On commence par ça », dit-il. « Ça nécessite des enquêteurs supplémentaires, ça nécessite des formations. »

La version de Darmanin

Gérald Darmanin, lui, maintient avoir donné des instructions claires. Il a présenté ses excuses à la famille de Liana et promis un réexamen de toutes les enquêtes en cours. Laurent Nuñez a reconnu un « échec » et un « manque de bon sens ». Tous deux ont lancé une enquête administrative pour déterminer d’éventuelles fautes individuelles.

Mais pour Bompard, ces mesures ne suffisent pas. « Une fois qu’on les a examinées, s’il n’y a personne pour les prendre en charge, qu’est-ce que ça va changer ? »

Le débat est ouvert. Les associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, elles, attendent des actes. Pas des excuses.

Sources :

  • Interview de Manuel Bompard sur RMC/BFM TV (transcript intégral)
  • Données statistiques : ministère de l’Intérieur (interieur.gouv.fr) — 17 600 ASTAD en 2025, +4 %
  • Rapport CIIVISE 2023 : 80 recommandations, 25 % mises en œuvre
  • Propos de Gérald Darmanin et Laurent Nuñez cités dans l’interview
  • Données vérifiées : 4,9 % de récidive des agresseurs sexuels condamnés (2014), affaire d’Outreau

📰Source :youtube.com

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