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PolitiqueÉpisode 16/6

Bruno Le Maire assume : Bpifrance abandonne les PME aux fonds étrangers

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Bruno Le Maire assume : Bpifrance abandonne les PME aux fonds étrangers
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« Vous assumez cela ? »

Question simple. Directe. La rapporteure cite les faits : « Bpifrance investit 1,7 milliard d'euros en 2025 dans les fonds d'investissement. Mais elle refuse d'aider les entreprises en difficulté. »

Bruno Le Maire écoute. Ancien ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance de 2017 à 2024 (source : Wikipedia). Pendant son mandat, des centaines d'entreprises françaises sont tombées — rachetées par des fonds étrangers. Des fonds qu'il appelle lui-même « prédateurs ». Mais il conteste le terme.

La rapporteure insiste : « Vous assumez que toutes ces entreprises en difficulté aient été finalement soit mises en faillite, soit vendues à des fonds prédateurs — alors qu'il aurait suffi de quelques dizaines de millions d'euros ? »

Réponse cinglante : « Tous les mots que vous employez sont des mots piégés, volontairement d'ailleurs. »

Pourquoi ? Parce qu'il refuse le terme « fonds prédateurs ». Il refuse l'idée que Bpifrance ait un rôle à jouer dans le sauvetage des entreprises. Il refuse la logique même de la banque publique.

Voilà le nœud du problème.

Le chiffre qui tue : 230 millions contre 1,7 milliard

Le calcul est implacable.

En 17 ans d'existence — l'État a créé Bpifrance sous le gouvernement Ayrault par la loi du 31 décembre 2012 (source : Wikipedia) — la banque publique n'a investi que 230 millions d'euros dans les entreprises en difficulté.

Peu. Très peu.

Mais en 2025, la même Bpifrance injecte 1,7 milliard d'euros dans des fonds d'investissement privés.

Le contraste est violent. D'un côté, des usines ferment. De l'autre, des milliards partent dans des fonds — sur lesquels « il n'y a aucun contrôle », selon la rapporteure.

Bruno Le Maire ne cille pas. Il justifie : « Ces fonds connaissent bien les PME stratégiques, connaissent bien la tech, savent quelle PME va pouvoir se développer, quelle start-up va pouvoir réussir. »

Traduction : l'argent public sert à financer des fonds privés qui choisissent les gagnants. Et les perdants ? Qu'ils crèvent.

« La destruction créatrice », résume la rapporteure. Le concept schumpétérien que le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, assume sans complexe.

« Nous n'investissons pas dans les entreprises qui souffrent d'une maladie auto-immune grave »

La phrase est de Nicolas Dufourcq lui-même. Le patron de Bpifrance, en poste depuis 2013, l'a dite en audition. Citée par la rapporteure.

« La banque publique d'investissement n'investit pas dans des entreprises qui souffrent d'une maladie auto-immune grave, car elle n'en aurait pas le mandat. »

On croit rêver. Une banque publique, créée pour soutenir l'économie française, refuse d'aider les entreprises malades. Sa doctrine : ne financer que les entreprises en bonne santé. Les autres ? Qu'elles soient rachetées par des fonds étrangers. Qu'elles ferment. Qu'elles licencient.

Bruno Le Maire approuve : « Le rôle de l'État n'est pas de mettre l'argent du contribuable dans des entreprises qui pourraient faire faillite. »

C'est la doctrine Le Maire. Une doctrine qui a coûté des milliers d'emplois, des usines entières, des savoir-faire industriels.

Le projet Insectes : 130 millions d'euros dans le caniveau

Autre exemple : le « projet Insectes ». Un investissement de 130 millions d'euros par Bpifrance.

La rapporteure le qualifie de « catastrophe ». Bruno Le Maire le défend : « C'était un très beau projet, magnifique, nous l'avons soutenu. »

Le projet a échoué. 130 millions d'euros perdus. L'argent du contribuable — celui-là même que Le Maire refuse d'investir dans les entreprises en difficulté.

Paradoxe total. Le Maire justifie son refus d'aider les PME en crise par la nécessité de ne pas « jeter l'argent par les fenêtres ». Mais il défend un projet qui a coûté 130 millions et qui a échoué.

Où est la logique ?

La rapporteure ne se prive pas de le souligner : « Rien que sur le projet Insectes, qui est une catastrophe, c'est 130 millions d'euros qui ont été investis par Bpifrance. »

Silence de Le Maire. Puis une pirouette : « Quand ça ne marche pas, tout le monde se retourne et se dit "Mais pourquoi est-ce que vous avez mis l'argent public dans une entreprise qui ne fonctionne pas ?" »

Autrement dit : de toute façon, on ne peut pas gagner. Si on investit dans des projets risqués et qu'ils échouent, on critique. Si on n'investit pas dans les entreprises en difficulté, on critique aussi.

Mais c'est son job, justement. Une banque publique doit prendre des risques que le privé ne prend pas.

Ascoval : sauvée sans Bpifrance — la preuve par l'exception

Bruno Le Maire sort un argument. Un seul. Ascoval.

« Prenez l'exemple d'Ascoval. Qui voulait reprendre Ascoval ? Je suis allé à trois reprises sur le site d'Ascoval. J'ai rencontré les ouvriers, j'ai rencontré les partenaires sociaux. »

Il raconte avec fierté. Il s'est battu. Il a construit une solution avec Xavier Bertrand, le président de la région. « Cette usine devait fermer et elle est restée ouverte. »

Mais c'est exactement le problème : Ascoval a été sauvée contre la doctrine de Bpifrance, pas grâce à elle.

« Ce n'est pas le rôle de Bpifrance », dit Le Maire.

Alors qui ? Lui-même. Le politique. L'intervention personnelle. La mobilisation des élus locaux.

C'est la preuve que le politique peut sauver des entreprises. Mais c'est aussi la preuve que Bpifrance, la banque publique, ne fait pas son travail.

« Et celui qui vous dit ça s'est battu pendant des années pour sauver les entreprises qui devaient être sauvées », argue Le Maire.

Un seul exemple. Contre des centaines d'entreprises abandonnées.

« L'argent du contribuable n'a pas vocation à financer des entreprises privées qui auraient fait faillite »

La phrase est gravée dans le marbre. Doctrine Le Maire. Citée intégralement :

« L'argent du contribuable n'a pas vocation à financer des entreprises privées qui auraient fait défaillance, qui auraient fait des mauvais choix stratégiques, qui par conséquent se retrouvent en grande difficulté. »

Il ajoute : « Il faut garantir le respect du droit social, la protection des salariés, la mise en place d'un bon plan social — mais certainement pas financer les entreprises à la place des investisseurs privés avec l'argent du contribuable. »

Traduction : l'État ne doit pas sauver les entreprises. Il doit juste organiser leur liquidation propre.

C'est une vision libérale, assumée. Mais est-ce le rôle d'une banque publique ?

La rapporteure le rappelle : Bpifrance a été créée pour « être le bras financier de l'État pour venir en soutien des entreprises ». Mais elle agit « comme une banque privée classique ».

« Oui, il y a une doctrine d'investissement pour Bpifrance, et je pense que c'est la bonne doctrine », répond Le Maire.

Il faudrait peut-être le dire aux salariés d'Atos. Aux ouvriers d'Ascoval. Aux centaines d'entreprises françaises aujourd'hui aux mains de fonds étrangers.

Le dossier est loin d'être clos.

Le Maire et la dette : « Je prends toutes mes responsabilités »

En parallèle de cette audition, Bruno Le Maire s'exprime sur la dette publique. Il déclare : « Je prends toutes mes responsabilités sur la dette » (source : Capital.fr).

La dette française atteint 110 % du PIB. Le Maire pointe le modèle social. Il rejette les hausses d'impôts. Il assume les choix économiques de son mandat.

« Sur les choix économiques que nous avons faits et sur les résultats qui ont été faits », dit-il.

Mais les résultats sont là : des centaines d'entreprises abandonnées, des milliers d'emplois perdus, une banque publique qui agit comme une banque privée.

Et Le Maire continue de défendre sa doctrine. « Cette stratégie industrielle, pour moi, c'est la bonne. »

Vraiment ?

La rapporteure le presse : « Ne pensez-vous pas que c'est le rôle de la Banque publique d'investissement de soutenir ces entreprises plutôt que d'aller financer directement des fonds d'investissement sur lesquels il n'y a aucun contrôle ? »

Le Maire esquive. Il parle de « destruction créatrice », de « financer l'avenir », de « nouvelles technologies ».

Mais l'avenir, pour des centaines de PME françaises, c'est la liquidation. Ou le rachat par des fonds étrangers.

Le bilan : 17 ans de doctrine Le Maire

Bpifrance a 17 ans. Créée en 2012, elle était censée être le bouclier de l'industrie française. Elle est devenue un fonds d'investissement comme les autres.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 230 millions pour les entreprises en difficulté en 17 ans. 1,7 milliard pour les fonds privés en une seule année.

Le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, assume : « La banque publique n'investit pas dans des entreprises qui souffrent d'une maladie auto-immune grave. »

Bruno Le Maire approuve : « Le rôle de l'État n'est pas de mettre l'argent du contribuable dans des entreprises qui pourraient faire faillite. »

Pendant ce temps, des centaines d'entreprises françaises sont rachetées par des fonds étrangers. Des usines ferment. Des emplois disparaissent.

Le Maire se défend : il a sauvé Ascoval avec Xavier Bertrand. Mais c'est l'exception qui confirme la règle.

Quand il fallait sauver Atos, Le Maire est intervenu pour les supercalculateurs. Pas pour le reste. Pourquoi ? Parce que c'était stratégique. Les autres entreprises ? Qu'elles crèvent.

Les questions qui restent

Combien d'entreprises françaises sont tombées aux mains de fonds étrangers pendant le mandat de Le Maire ? La rapporteure évoque « des centaines ». Pas de chiffre exact.

Combien d'emplois perdus ? Pas de chiffre non plus. Mais chaque entreprise vendue, ce sont des ouvriers licenciés, des familles privées de revenus.

Combien d'argent public investi dans des fonds d'investissement sans contrôle ? 1,7 milliard en 2025. Et les années précédentes ? Le Maire ne le dit pas.

Mais une chose est sûre : la doctrine Le Maire a un nom. C'est la destruction créatrice. Les entreprises françaises en sont les victimes.

À suivre.


Sources

  • Audition parlementaire de Bruno Le Maire (2025), transcript intégral.
  • Propos de Nicolas Dufourcq, patron de Bpifrance, cités en audition.
  • Dette publique à 110% du PIB, déclaration de

📰Source :youtube.com

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