Voyance par téléphone : enquête sur une machine à fric

Une mécanique bien huilée
Voilà comment ça marche. Un numéro surtaxé, une voix qui promet de vous guider. Derrière, une entreprise. Pas de don, pas de voyance — une machine à fric. C'est ce qu'affirme Sanlas de Lorme, ancien employé d'un grand cabinet, interrogé dans l'enquête. Selon lui, la voyance n'était qu'un prétexte. Le vrai métier : faire durer l'appel. « Le but, c'est de bien parler, de bien communiquer, d'avoir une âme psychologue, et puis faire durer le temps, puisque le temps, c'est de l'argent », explique-t-il.
Les techniques sont rodées. Parler lentement. Marquer des silences. Laisser le consultant s'épancher. Plus il parle, plus la note s'allonge. Plus il est vulnérable, plus il paie.
Et ce n'est que le début.
Des clients fichés, des problèmes amplifiés
L'enquête révèle une pratique systématique : le fichage des clients. Chaque appelant est enregistré. Ses problèmes, son âge, sa situation familiale — tout est noté. « On pouvait savoir si la personne était mariée, si elle avait des enfants, si elle avait des problèmes de couple », raconte Sanlas de Lorme. D'un appel à l'autre, le même cabinet retrouve l'historique. La consultation devient un jeu de dupes.
Mais l'étape suivante est plus grave. Hélène Papet, cartomancienne, a travaillé une seule journée pour un cabinet. Elle raconte : « On m'a demandé de faire ma voyance normalement, mais en surenchérissant mes prévisions. Si je voyais un problème, forcément l'aggraver, le croître. Il fallait que ça devienne un problème énorme, pour ainsi diriger les gens vers des travaux occultes. »
Les travaux occultes. C'est la deuxième source de revenus. Des rituels, des désenvoûtements, des protections — facturés des sommes pharamineuses. « Le relais était pris par d'autres assistants du cabinet, qui facturaient ça des sommes pharamineuses », ajoute Hélène Papet.
Une technique de fragilisation. « Il faut les rendre dépendants, leur dire : "On a la solution à votre problème, mais il faut revenir nous voir souvent. Faire un travail sur vous. Seul, vous n'y arriverez pas." »
23 000 euros envolés
Virginie, 32 ans, traverse une période de doute. Elle appelle une voyante par téléphone. Celle-ci la persuade qu'elle est malade. Qu'une magie noire est faite sur elle. « Il faut absolument l'enlever, sinon votre vie va être un enfer », lui dit-on.
Le traitement ? Des séances par télépathie, à heures fixes. 1000 € la première fois. Puis 12 200 €. En tout, 23 000 € en six mois. Virginie est isolée, menacée : si elle parle à quelqu'un, cette personne sera aussi menacée par des ondes négatives. Elle est criblée de dettes.
Selon l'enquête, peu de victimes portent plainte. Honte, peur, vulnérabilité. José Sisaoui, président d'une association de médiums, estime que 40 à 50 % des consultants sont victimes d'escroquerie. « Des milliers de personnes trompées, abusées, qui pour la plupart préfèrent garder le silence. »
L'emprise comme business model
L'enquête de CRIMES TV a poussé plus loin. Une journaliste s'est fait passer pour une voyante à la recherche d'un emploi. Elle a obtenu un rendez-vous dans un cabinet à Marseille. Le message est clair : faire du chiffre. « La voyance pure, ça ne m'intéresse pas. Il faut quelqu'un qui fasse au moins entre 200 000 et 400 000 francs de chiffre d'affaires par mois », explique le recruteur.
Les voyants sont formés pour mentir. Un test de voyance en direct sur le plateau de l'émission, avec le médium Jean Didier, montre les techniques de « lecture à froid » : des prédictions vagues, adaptées au contexte, qui semblent personnalisées.
Hypnose, radiesthésie, numérologie : le marché de l'irrationnel
L'enquête ne s'arrête pas à la voyance. Elle explore trois autres pratiques : l'hypnose, la radiesthésie, la numérologie.
L'hypnose pour perdre du poids : Sabrina, 86 kg, perd 7 kg en trois semaines sous hypnose. Elle dit ne pas ressentir de manque, ni de fatigue. Mais l'échec est aussi filmé : une haltérophile, Virginie Lachaume, tente de battre son record (125 kg) sous hypnose, avec l'aide de l'hypnotiseur Jean-Charles Lupé. Elle échoue à 130 kg. Le médecin présent sur le plateau, le Dr Pierre Cordier, juge l'hypnose crédible pour la motivation, mais réservé sur les performances physiques.
La radiesthésie : un cas spectaculaire. Pascal Tellier, pompier volontaire, disparaît en Corse. Les gendarmes cherchent pendant deux jours sur le mauvais massif. Son ami Jean-Philippe Brébant parcourt 200 km pour consulter le radiesthésiste Jean-Louis Crosier. Celui-ci, avec un pendule et une photo, localise Tellier à 150 mètres près, dans un secteur de bergerie et de torrent. Les gendarmes suivent l'indication et retrouvent Tellier vivant, traumatisé crânien et fracture du tibia.
Le commissaire Alain Dubois, de la PJ de Paris, affirme n'avoir jamais vu de cas résolu par radiesthésie en 35 000 disparitions. Le Dr Cordier qualifie la méthode de « proche de la supercherie ». Mais les familles de disparus, par désespoir, se tournent vers ces pratiques.
La numérologie : un numérologue, Daniel Pou, calcule les valeurs des prénoms et affirme qu'ils influencent la personnalité. Un couple témoigne d'une attraction récurrente pour des personnes portant les mêmes prénoms (Gill et Laurence). Le chanteur François Valéry attribue son succès à son nom de scène, choisi via une voyante. Le spécialiste en marketing Christian Blachas rejette l'idée d'une influence paranormale. Le Dr Pierre La Mothe conteste la validité scientifique.
Le traitement judiciaire : une zone d'ombre
L'enquête ne mentionne pas de procès, de garde à vue ou de mise en examen pour les cabinets de voyance. Les informations judiciaires sont absentes. Selon le commissaire Dubois, les plaintes sont rares. Les victimes ont honte. Les escrocs prospèrent dans l'ombre.
Une seule certitude : le système est documenté. Les techniques, décrites. Les témoignages, recueillis. Mais aucune poursuite n'est mentionnée dans la source.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers révèle une tension profonde. La France compte 55 000 disparitions par an. Une personne toutes les dix minutes. L'équivalent d'une ville comme Chambéry. Face à l'impuissance, les familles se tournent vers l'irrationnel. Les radiesthésistes, les voyants, les hypnotiseurs — ils répondent à une détresse que l'État ne comble pas.
Le commissaire Dubois le dit : les familles sont prêtes à tout. Et les cabinets de voyance le savent. Ils exploitent la vulnérabilité. Ils facturent des sommes folles pour des promesses vides. Ils isolent, menacent, fragilisent.
C'est le marché de la détresse. Un marché qui prospère parce que la justice est lente, les plaintes rares, les victimes honteuses. 35 000 disparitions, zéro cas résolu par radiesthésie, selon la police. Mais les familles continuent d'y croire. Parce que l'alternative, c'est l'impuissance totale.
Et maintenant ? La question est simple : combien de Virginie ? Combien de vies brisées par des voix anonymes au bout du fil ? L'enquête de CRIMES TV ne donne pas de réponse. Elle pose le constat. Froid, factuel, implacable. Le business de la voyance par téléphone, c'est 23 000 € par victime. Des milliers de victimes. Un système qui a tout d'une machine à fric — sauf la voyance.
Sources : CRIMES TV (YouTube) – « Comment ces voyants ARNAQUENT des milliers de VICTIMES ? – CRIMES – CI ». L'information n'est, pour l'instant, corroborée que par cette seule source.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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