Groupe de Roubaix : l'enquête choc sur les djihadistes braqueurs

Roubaix, 27 janvier 1996 : la guerre arrive en France
Une voiture volée. Un parking à Croix, près de Roubaix. Des policiers en planque.
Rien d'exceptionnel, jusqu'à ce que les tirs éclatent.
"Ils tirent à bout portant et sans sommation sur tout ce qui bouge." Le récit des témoins donne le ton. Ce jour-là, des hommes armés de Kalachnikovs mitraillent les forces de l'ordre. Pas pour fuir — pour tuer.
La France découvre stupéfaite les images. Des malfaiteurs qui reviennent sur place pour achever les blessés. Qui utilisent des armes de guerre dans une banlieue pavillonnaire. Ce n'est pas du banditisme classique. C'est une guerre de rue.
La presse les surnomme "les Ch'tis d'Allah". Dix hommes. Dix convertis. Dix bombes à retardement.
Mais pour comprendre leur violence, il faut remonter plus loin. Beaucoup plus loin.
Christophe Caze et Lionel Dumont : la fabrique des monstres
Commençons par le commencement.
Christophe Caze, né en 1969, adopté, brillant étudiant en médecine à Lille. Il déteste le milieu bourgeois qu'il fréquente. Il préfère les débats enflammés avec les étudiants musulmans, les nuits à dénoncer l'Occident.
Lionel Dumont, né en 1971, fils de chauffagiste, dernier d'une famille de huit enfants. Idéaliste, sensible, il s'engage dans l'infanterie de marine à 20 ans. Il écrit des articles pour des journaux locaux, dénonce l'indifférence du monde.
Deux garçons en recherche. Deux âmes perdues.
La mosquée de la rue Archimède à Roubaix leur offre des réponses. Des réponses radicales. Des réponses définitives.
Les parents de Christophe Caze sentent le piège se refermer. "C'était un pressentiment. Quand il devient fanatique, c'est fini, terminé."
Ils ont raison. Mais ils ne savent pas encore jusqu'où.
Bosnie 1992 : le djihad version CIA
Printemps 1992. La Bosnie déclare son indépendance. La guerre éclate.
Derrière ce conflit, une main invisible. Les Américains veulent affaiblir l'Europe et contenir la Serbie, alliée de la Russie. "Ils voulaient créer un incendie dans le jardin de l'Europe", confie une source.
Les images de civils bosniaques sous-armés, écrasés par les forces serbes, font le tour du monde. Une aubaine pour les recruteurs djihadistes.
Christophe Caze quitte la France fin 1992. Il interrompt sa médecine en cinquième année. Destination : Zenitsa, le centre opérationnel des combattants étrangers.
Dans les camps, ils sont déjà près de 1000 hommes. Barbus, rudes, sans pitié.
Les Américains jouent avec le feu. Ils ne le savent pas encore.
Entre 5 et 7 mille hommes seront infiltrés durant toute la durée du conflit. Christophe Caze les rejoint. Il devient médecin pour la brigade.
Lionel Dumont arrive en 1994, après un passage en Somalie où il a vu la famine et l'impuissance de l'ONU. "Ça me coupe le souffle, cette indifférence."
Christophe Caze le recrute. "Il m'a présenté comme un individu très charismatique. Je reconnais avoir subi son influence."
Vingt-quatre heures plus tard, Dumont a vendu sa voiture, donné sa démission, dit adieu à son père.
La Brigade El Moudjahid : crimes de guerre et charia sanglante
13 août 1993. Les combattants étrangers obtiennent leur autonomie. La Brigade El Moudjahid est officiellement créée.
Une unité d'élite. Des soldats sans peur. Des fanatiques.
Les Bosniaques, eux, veulent juste libérer leur pays. "Une république avec toutes les libertés : alcool, discothèques, femmes."
Le choc est inévitable.
Les Moudjahidines imposent leur loi par la force. Des documents classés confidentiels en attestent : hommes frappés parce qu'ils fumaient, bars saccagés car ils vendaient de l'alcool, femmes molestées car elles ne portaient pas le voile.
Un colonel bosniaque raconte : "Nos unités ont rencontré la Brigade El Moudjahid près d'un village. Nous avions 10 prisonniers serbes. Les Moudjahidines voulaient nos prisonniers. J'ai dû les emmener loin pour les sauver. Pendant ce temps, ils ont égorgé une vieille femme de 75 ans."
Les atrocités s'accumulent. Exécutions sommaires. Décapitations. Fosses communes.
Christophe Caze et Lionel Dumont sont au cœur de cette machine de guerre.
Lionel Dumont, surnommé Abou Hamza pour sa vaillance, monte au front. Il soigne parfois, tue souvent. "C'est peut-être la plus belle des aventures pour un homme. C'est révélateur de bien des caractères."
Retour en France : le gang des branquignoles sanguinaires
Début 1996. La guerre est finie en Bosnie. Mais les hommes ne sont pas guéris.
Ils reviennent en France. Survivoltés. Violents. Sans perspective.
Le Groupe de Roubaix se forme. Dix hommes. Des armes de guerre ramenées de Bosnie.
Les braquages commencent. Mais ils sont pitoyables.
Une superette vide. Un fourgon blindé sans argent. Des fusillades pour rien.
Christophe Caze en devient fou. Il se sent humilié.
Alors il veut frapper fort. Le 28 mars 1996, il tente un attentat contre le commissariat central de Lille. Une voiture piégée. Une bouteille de gaz. Rien.
Le lendemain, le G7 se tient à Lille. Christophe Caze veut passer à l'acte.
Mais le RAID intervient. 6h du matin. Une maison encerclée à Roubaix.
Ce 29 mars 1996, des hommes se laissent brûler vif plutôt que de se rendre. On les entend agoniser en criant "Allah est grand".
Première fois en France.
La traque, la cavale, la prison
Christophe Caze et Lionel Dumont ne sont pas dans la maison. Le torchon brûle entre eux. Dumont accuse Caze d'amateurisme.
Chacun fuit de son côté.
Le soir même, Caze tombe sur une patrouille à la frontière belge. Abattu.
Lionel Dumont s'enfuit en Bosnie, protégé par les réseaux islamistes.
Il braque encore. Un gardien de nuit tué. Un policier abattu dans une station-service.
Un ancien chef, Abou El Mali, le vend à la police bosniaque. Dumont est arrêté le 9 mars 1997 après une fusillade. Un policier blessé par trois balles. Le complice tué.
Condamné à 20 ans de prison en Bosnie. Il s'évade le 26 mai 1999 — seul détenu à y parvenir.
Dumont évite la mort. Il passe par la Thaïlande, la Malaisie, le Japon. Arrêté en Allemagne le 13 décembre 2003.
Extradé vers la France. Condamné à 25 ans par la cour d'appel de Paris.
Du fond de sa cellule, il dit s'en remettre aux mains d'Allah.
Ce que l'enquête révèle
Le Groupe de Roubaix n'était pas un simple gang. C'était un maillon de la chaîne du terrorisme international.
Formés en Bosnie par la Brigade El Moudjahid, financée par des pétromonarchies, tolérée par les États-Unis, ces hommes ont rapporté en France une violence de guerre.
Les autorités savaient-elles ? Les services de renseignement ont-ils laissé faire ?
Une certitude : ce dossier oscille entre terrorisme et droit commun. Entre crime de guerre et banditisme. Entre idéologie et appétits personnels.
Christophe Caze. Lionel Dumont. Abou El Mali. La CIA. Les Saoudiens. Le président bosniaque Alija Izetbegović.
Tous ont contribué, à des degrés divers, à la création de ces monstres.
Conclusion : l'impunité des vrais commanditaires
Lionel Dumont est en prison. Christophe Caze est mort.
Mais les vrais responsables ? Ceux qui ont armé, financé, formé les Moudjahidines ? Ceux qui ont facilité l'acheminement des djihadistes en Bosnie ?
Les fosses communes de la Brigade El Moudjahid n'ont jamais été pleinement explorées. Les documents classés confidentiels dorment dans les archives.
Et en France, personne n'a posé les vraies questions.
Comment deux Français de souche, étudiants et militaires, ont-ils pu devenir des tueurs ? Qui les a recrutés ? Qui les a laissés revenir ?
Le Groupe de Roubaix est une affaire classée. Mais les leçons, elles, n'ont pas été tirées.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Sources
- Documents classés confidentiels de la Brigade El Moudjahid
- Témoignages d'habitants de la région de Zenitsa
- Témoignages de soldats bosniaques de la 28e division
- Témoignage du médecin serbe Velibor Trivisevic
- Presse française (surnom "Ch'tis d'Allah")
- Procès-verbal de la fusillade du 27 janvier 1996 à Croix (Nord)
- Rapport du RAID — assaut du 29 mars 1996 à Roubaix
- Procès bosniaque de Lionel Dumont — 1998
- Arrêt de la cour d'appel de Paris — condamnation de Lionel Dumont
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


