Carburant : les vols explosent, Lecornu met 1,2 milliard — trop peu pour les agriculteurs

Les nuits de cambriolage : 10 000 litres envolés, une vie en miettes
Angélique ne dort plus. Transporteur routier en Bretagne, elle a perdu 10 000 litres de gazole dans la nuit du 12 mars. « Ils ont percé ma cuve de stockage, vidé le réservoir de mon camion. 20 000 euros de carburant envolés. Et aucune assurance ne couvre ça. » Son témoignage ? Pas isolé. Le groupe WhatsApp d’agriculteurs en regorge.
Franck, agriculteur dans l'Eure, a perdu 800 litres. Réservoir de tracteur percé. « Je me suis levé à 5 heures pour aller aux champs. Plus une goutte. Le type a même pas pris la peine de refermer le bouchon. » Vidéosurveillance : deux hommes cagoulés, opérationnels. Trois minutes montre en main.
Les vols explosent. Selon les données du groupe, 16 000 exploitations sont touchées. Le chiffre grimpe chaque semaine. Les cuves de gazole non agricole — le fameux GNR — sont devenues la cible numéro un. Pourquoi ? Le litre à 2,20 euros. Marché noir : trois fois le prix d'avant.
« On ne peut plus rien laisser dehors », soupire Grégoire, céréalier en Beauce. « Même les bidons de 20 litres. On les vole la nuit. Je dors avec une lampe torche et un fusil. »
1,2 milliard d'aides : le gouvernement joue les pompiers
Le 21 mai, conférence de presse. S.Lecornu annonce 700 millions d'euros. S'ajoutent à 500 millions déjà promis. Total : 1,2 milliard — oui, vous avez bien lu. Une somme. Mais dérisoire face à l'ampleur.
« C'est une rustine », tranche D.Seux, éditorialiste aux Échos. « En 2022, pendant la crise ukrainienne, l'État avait dégainé 150 milliards. Là, c'est 1,2. Les caisses sont vides. Le gouvernement n'a plus d'airbags. »
Lecornu l'a dit : « Nous refusons l'augmentation de la fiscalité. » Promesse intenable à long terme. La facture de la guerre en Iran dépasse les 6 milliards annoncés — certains parlent déjà de 8 milliards. Et le FMI, dans son dernier rapport, conseille une réponse « limitée, temporaire et ciblée ». C'est ce que fait Lecornu. Suffisant ?
C.Barbier, éditorialiste politique, résume : « C'est un travail de pompier avec un tuyau d'arrosage de jardin. Il n'y a plus d'eau dans les citernes. »
Le grand désarroi des Français : 6 sur 10 en difficulté
Pendant les vols, les Français plient. Six sur dix rencontrent des difficultés financières. 10 % sont « dans le rouge » — incapables de payer leurs impôts ou de boucler le mois. Ipsos le confirme.
Les chiffres parlent : depuis le 1er mai, les ventes de carburant ont chuté de 14 %. En avril, c'était 10 %. « Les Français s'adaptent », explique D.Seux. « Ils prennent les transports en commun, renoncent aux week-ends, réduisent les trajets familiaux. Ça les marque dans leur chair. »
Les agriculteurs subissent une double peine. Gazole : +30 %. Engrais : +40 %. Électricité : +20 %. Transport : +15 %. Un producteur laitier voit le coût de revient de son yaourt grimper de 7 %. Impossible de répercuter sur les prix : la grande distribution bloque — un rapport du Sénat dénonce ces pratiques abusives.
« J'ai dû investir 5 000 euros dans une clôture électrifiée et des caméras », raconte Franck. « Mais qui va me rembourser le carburant volé ? Personne. »
Tensions patronales : le Medef à cran
Le Medef aussi grogne. Lettre commune du Medef, de la CPME et de l'U2P : « double peine ». On demande aux entreprises de compenser les hausses de carburant pour leurs salariés, tout en réduisant leurs allégements de charges.
« C'est le tonneau des Danaïdes », s'emporte O.Détroyat, journaliste économique au Figaro. « Les entreprises font des efforts, l'État met des rustines, mais les comptes ne se redressent pas. »
Relation exécrable entre Lecornu et le patron du Medef. À la conférence de presse, le Premier ministre a répondu cinglant à une proposition de règle d'or budgétaire : « Mêlez-vous de ce qui vous regarde. » D.Seux confirme : « Le pacte de confiance a été cassé à l'automne. Depuis, c'est la guerre froide. »
L'été 2025 : pénurie annoncée, budget 2027 dans le flou
Et pourtant. L'été s'annonce chaud. L'Agence internationale de l'énergie alerte : le marché du pétrole risque « de passer en zone rouge » dès juillet-août. Pénurie de carburant annoncée. Le détroit d'Ormuz est sous tension. Les prix pourraient flamber.
« Les économistes prévoyaient 150 dollars le baril. On est à 110 », relativise S.Villers, économiste. « Mais la marge de manœuvre de la BCE est inexistante. Les taux longs augmentent, l'inflation reste à 3 % en 2026, la croissance à 0,9 %. »
La France se prépare au pire. Un scénario de « loi spéciale » pour 2027 est évoqué. Sans majorité budgétaire, le gouvernement pourrait se retrouver sans budget. « Fin 2026, on pourrait voir une absence de budget 2027 », glisse un conseiller.
Pendant ce temps, Lecornu est qualifié de « Premier ministre d'attente », « de résilience ». Un pompier qui colmate les fuites. Mais les fuites sont partout.
Le choix du matelas, pas du trampoline
Depuis les chocs pétroliers des années 70, la France a choisi l'édredon le plus épais possible », analyse C.Barbier. « Un matelas pour amortir les chocs. Pas de trampoline
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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