LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Féminicides en France : pourquoi les mesures échouent

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-05
Illustration: Féminicides en France : pourquoi les mesures échouent
© YouTube

Les chiffres qui accusent

94 morts. 107 morts. 170 morts.
Les féminicides ne reculent pas en France. Ils augmentent. Selon le collectif Nous Toutes, 170 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2025. Un chiffre en hausse constante depuis 2023. Entre janvier et avril 2026, 42 féminicides ont déjà été enregistrés.

Les signalements de violences conjugales explosent. Les services de police, la justice et les associations sont débordés. Et pourtant. Les budgets augmentent. Les mesures se multiplient. Mais rien ne change. Pourquoi ?

L’Espagne, elle, a réduit ses féminicides de 32 % depuis 2004. Grâce à une loi globale et des dispositifs efficaces. En France, les mêmes mesures échouent. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Les dispositifs français : une illusion ?

Le bracelet anti-rapprochement. Le téléphone grave danger. L’ordonnance de protection. Depuis 2019, la France a déployé un arsenal de mesures inspirées de l’Espagne. Mais ces dispositifs sont sous-utilisés. Et souvent inefficaces.

Le bracelet anti-rapprochement, lancé en 2020, géolocalise les conjoints violents. Problème : il nécessite le consentement de l’agresseur. Résultat ? En 2025, moins de 20 % des victimes en ont bénéficié. "C’est un dispositif qui repose sur la bonne volonté des agresseurs. Absurde", dénonce une avocate spécialisée.

Le téléphone grave danger, lui, permet aux victimes d’alerter les forces de l’ordre en cas d’urgence. Mais il place la responsabilité sur les épaules des victimes. "Dans une relation d’emprise, c’est souvent impossible pour elles d’appuyer sur ce bouton", explique Monique, salariée du CIDF de Paris.

L’ordonnance de protection, adoptée en 2010, permet d’éloigner les conjoints violents. Mais les juges la délivrent trop rarement. "Il faut des preuves solides. Et les victimes n’ont pas toujours les moyens de les fournir", précise un magistrat.

L’Espagne, un modèle ?

En Espagne, les féminicides ont baissé de 32 % depuis 2004. Grâce à une loi globale et des dispositifs efficaces. La France s’en inspire. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous.

En Espagne, les victimes bénéficient d’une aide juridique gratuite. Elles sont protégées économiquement et professionnellement. Des brigades de police spécialisées et des tribunaux dédiés traitent les violences conjugales. En France, ces mesures existent. Mais elles sont mal appliquées.

"En Espagne, tout est centralisé. Les victimes savent à qui s’adresser. En France, c’est le parcours du combattant", explique Lucy de Pertui, journaliste au Parisien. Les associations dénoncent un manque de coordination. Et de moyens.

Les associations débordées

Le CIDF de Paris accompagne plus de 4000 femmes chaque année. Mais les demandes explosent. "Avant le Covid, nous recevions une trentaine d’appels par jour. Aujourd’hui, c’est 120", explique Monique, salariée du CIDF.

Les associations manquent de ressources. Les victimes attendent des semaines avant d’être prises en charge. Parfois trop tard. En 2025, une femme avait contacté le CIDF de Nice pour obtenir de l’aide. Elle est morte avant son rendez-vous.

Les budgets augmentent. Mais pas assez vite. La Fondation des Femmes estime qu’il faudrait 2,3 milliards d’euros pour lutter efficacement contre les violences conjugales. En 2025, le gouvernement a consacré 1,5 milliard d’euros à cette lutte. Insuffisant.

La police et la justice : des maillons faibles

En 2024, moins de 20 % des victimes de violences conjugales ont porté plainte. Pourquoi ? Parce que l’accueil en commissariat est souvent déplorable. Les policiers manquent de formation. Et de temps.

Depuis 2020, 180 000 policiers ont été formés aux violences sexistes et sexuelles. Mais ces formations sont facultatives. "Elles sont souvent annulées faute de participants", déplore Prune de Montvalon, directrice du CIDF de Paris.

La justice, elle, est engorgée. Les tribunaux manquent de moyens pour appliquer les mesures de protection. "Le bracelet anti-rapprochement prend beaucoup de temps et d’argent. Nous n’avons pas les ressources nécessaires", explique une magistrate.

Des mesures inefficaces

En septembre 2025, Iness Messelem est tuée par son ex-conjoint à Poitiers. Elle s’était rendue au commissariat six fois pour signaler des viols, des menaces de mort et des strangulations. Elle n’a pas été protégée.

En avril 2026, un homme de 32 ans agresse violemment sa femme à Meaux. Elle avait subi des violences pendant 14 ans. Elle n’avait jamais porté plainte. Le conjoint est condamné à trois ans de prison. Mais il fuit le tribunal avant l’annonce de la peine. Et n’est toujours pas interpellé une semaine plus tard.

Ces cas ne sont pas des exceptions. Ils révèlent un système défaillant. Les mesures existent. Mais elles ne sont pas appliquées. Ou trop tard.

Qui est responsable ?

Le gouvernement ? La police ? La justice ? Les associations dénoncent un manque de volonté politique. Et de moyens. Mais aussi une culture du déni.

"En Espagne, les violences conjugales sont considérées comme un problème de société. En France, c’est encore vu comme une affaire privée", analyse Lucy de Pertui. Les mentalités doivent changer. Les mesures aussi.

En novembre 2025, deux magistrats ont proposé 10 mesures pour réduire les féminicides. Parmi elles : renforcer le contrôle des conjoints violents. Inspiré du système antidopage, ce dispositif permettrait de géolocaliser les agresseurs en permanence. Une proposition radicale. Mais nécessaire.

Et maintenant ?

Les chiffres sont alarmants. Les témoignages, accablants. Les mesures, inefficaces. La lutte contre les féminicides en France est un échec. Mais cet échec n’est pas une fatalité.

L’Espagne a montré que des résultats étaient possibles. À condition de mettre les moyens. Et la volonté politique. La France doit s’en inspirer. Avant qu’il ne soit trop tard.

L’enquête continue. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet