Collège Rosa-Bonheur : des grands forcent les petits à dealer des puffs

« Il ne veut plus aller en récréation »
L’affaire commence ici. Au collège Rosa-Bonheur, établissement tranquille du Châtelet-en-Brie. Tranquille en apparence. Dans les couloirs, dans la cour, un commerce parallèle s’est installé. Les puffs — ces cigarettes électroniques jetables aux saveurs fruitées — sont interdites dans les établissements scolaires. La loi est claire. Mais elle ne pèse pas lourd face à l’argent facile.
« Mon fils est tétanisé », confie un parent au Parisien. « Il craint qu’on le retrouve. » Un témoignage brut, sans fard. Son enfant, élève de sixième, a été approché par des plus grands. La proposition ? Acheter des puffs, les revendre. Le refus ? La menace. Pas de violence immédiate — non. Mais une pression constante. Un sentiment d’insécurité permanent.
« Il ne veut plus aller en récréation, poursuit ce père. Il préfère rester près du bureau du surveillant. » Voilà le vrai problème. Quand un élève a peur de traverser la cour, l’institution dysfonctionne. Un problème qu’elle n’a pas su — ou pas voulu — régler.
Le tableau est glaçant. Des groupes d’élèves plus âgés — les trafiquants présumés — quadrillaient les lieux. Ils repéraient les plus jeunes, les plus vulnérables. Ceux qui n’oseraient pas dire non. Ceux qui auraient peur des représailles. Et ça marchait. Des dizaines d’élèves auraient été forcés de participer. Certains comme acheteurs. D’autres comme revendeurs. Une chaîne de peur et d’argent.
Puffs interdites, puffs partout
Les puffs sont interdites. La loi le dit. Le règlement intérieur du collège le répète. Pourtant, ces cigarettes électroniques jetables sont partout. Dans les poches des élèves. Dans les toilettes. Derrière les radiateurs. Leur prix ? Entre 5 et 10 euros pièce. Une somme dérisoire pour un adulte. Une fortune pour un collégien.
Le business est d’une simplicité redoutable. Des élèves plus âgés achètent les puffs en gros — sur Internet, dans des bureaux de tabac complaisants — et les revendent avec une marge confortable. Les plus jeunes sont recrutés comme vendeurs. Eux ne touchent qu’une commission. Mais ils prennent tous les risques. Si un adulte les surprend, c’est eux qui sont punis. Pas les têtes du réseau.
« Mon fils a été approché trois fois en une semaine », raconte une mère interrogée par nos confrères. Trois fois. En une semaine. C’est le rythme. Une pression méthodique, organisée. Les trafiquants savent qui cibler. Ils connaissent les heures creuses. Les coins sombres de la cour. Les moments où les surveillants regardent ailleurs.
Et les parents ? Certains ignorent tout. D’autres soupçonnent mais n’osent pas agir. Peur de représailles. Peur de « faire des vagues ». Peur que leur enfant soit encore plus isolé. Alors ils se taisent. Jusqu’à ce que la peur devienne trop forte.
Le silence de l’institution
Où est l’administration ? Le collège Rosa-Bonheur a un principal, une équipe de surveillants. Des professionnels qui connaissent leur métier. Mais qui, dans cette affaire, ont fermé les yeux. Pourquoi ? Qui a couvert le trafic ?
Les familles dénoncent un mur. « On a alerté le collège à plusieurs reprises », témoigne un parent. « On nous a dit que c’était sous contrôle. » Sous contrôle ? Les témoignages d’élèves disent exactement le contraire. La peur est partout. Les puffs circulent. Les menaces aussi.
Le rectorat de Créteil, alerté, assure suivre la situation. La gendarmerie de Seine-et-Marne aussi. Le parquet de Melun a été saisi. Des mots. Des promesses. Mais concrètement, qu’est-ce qui a changé ? Rien. Pas une expulsion. Pas une sanction exemplaire. Pas un mot aux parents pour les rassurer.
« On nous prend pour des naïfs », lâche un père. Et il a raison. Le problème dépasse le cadre du collège Rosa-Bonheur. C’est un phénomène national. Les puffs sont devenues la drogue d’entrée dans les collèges. Une porte ouverte vers des substances plus dures. Une normalisation du deal chez les ados.
Autorités sous pression — et inaction
Le rectorat réagit. Enfin. « Nous sommes en lien avec le collège et les forces de l’ordre », indique un communiqué. Traduction : on suit le dossier. Mais pas de mesures fermes. Pas de sanction pour les trafiquants présumés. Pas de communication claire aux familles.
La gendarmerie enquête. Mais enquêter dans un collège, ce n’est pas simple. Les mineurs sont protégés. Les parents hésitent à porter plainte. Les témoins ont peur. Résultat : les dossiers avancent lentement. Trop lentement.
Le parquet de Melun assure suivre l’affaire de près. Mais là encore, les annonces sont floues. Aucune garde à vue. Aucune convocation. Rien. Juste des promesses.
Pendant ce temps, les élèves continuent de dealer. Les plus jeunes continuent d’avoir peur. Et les parents continuent de se demander si leur enfant sera le prochain à être « retrouvé ».
Un symptôme, pas un cas isolé
C’est là que ça devient intéressant. Le trafic de puffs au collège Rosa-Bonheur n’est pas un accident. C’est un symptôme. Un signe que quelque chose cloche dans notre système scolaire.
Les puffs sont partout. Dans les salles de classe, dans les toilettes, dans les cours. Les élèves les achètent comme un paquet de bonbons. Et les trafiquants — souvent des collégiens à peine plus âgés — prospèrent sur cette demande. Le business est juteux. Les risques sont faibles. Et les adultes regardent ailleurs.
Mais ce n’est pas qu’une question de drogue. C’est une question d’autorité. D’impunité. De « loi du plus fort » qui s’installe dans l’enceinte même de l’école. Les élèves apprennent que la violence paie. Que les menaces fonctionnent. Que les adultes ne peuvent pas — ou ne veulent pas — les protéger.
« Mon fils est tétanisé », répète ce père. Il n’est pas le seul. Des dizaines d’enfants, peut-être des centaines, vivent la même peur. Dans le silence. Dans l’indifférence. En attendant que quelqu’un agisse vraiment.
Sources
- « Mon fils est tétanisé » : trafic de puffs au collège, des élèves accusés de forcer la vente aux plus jeunes — Le Parisien, Sylvain Deleuze, 22 mai 2026
- Témoignages de parents et d’élèves du collège Rosa-Bonheur (Le Châtelet-en-Brie, Seine-et-Marne)
- Signalements et plaintes déposés auprès du rectorat de Créteil, de la gendarmerie de Seine-et-Marne et du parquet de Melun
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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