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Faits diversÉpisode 5/3

Trafic de puffs au collège Rosa-Bonheur : ces grands qui forcent les petits à dealer

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-23
Illustration: Trafic de puffs au collège Rosa-Bonheur : ces grands qui forcent les petits à dealer
© Illustration Le Dossier (IA)

« Tétanisé » — le mot qui dit tout

Une phrase qui glace. Prononcée par une mère, visage fermé, mots pesés. « Mon fils est tétanisé et craint qu’on le retrouve. » Elle parle de son enfant, scolarisé au collège Rosa-Bonheur. Un établissement comme les autres. Des couloirs, des classes, une cour de récréation. Et des trafiquants.

Ces trafiquants, ce sont des collégiens. Plus âgés, plus durs. Ils ont compris une chose : les puffs — ces cigarettes électroniques jetables aux couleurs flashy et aux goûts sucrés — sont très demandées. Interdites dans les établissements scolaires, ils le savent. Et ils l’exploitent.

Le modus operandi est rodé. Les grands repèrent les plus jeunes, les fragiles, les nouveaux. Ils les coincent à la sortie des cours, dans les toilettes, derrière le gymnase. Message simple : « Tu prends ce stock, tu vends, tu ramènes l’argent. » Refuser ? Pas vraiment une option.

Les familles commencent à comprendre quand leurs enfants rentrent avec de l’argent qu’ils n’ont pas. Ou des paquets de puffs dans le sac. Ou des bleus. Les questions fusent. Les réponses, d’abord évasives, deviennent des aveux. « On m’a forcé. »

« Mon fils est tétanisé », répète cette mère au journaliste Sylvain Deleuze du Parisien, qui a révélé l’affaire le 22 mai 2026. Elle n’est pas la seule. Plusieurs familles, plusieurs élèves ont parlé. Tous décrivent la même mécanique : la pression, la peur, le silence.

Partout, les puffs. Et un système qui s’installe

Où sont les puffs ? Dans les cours de récréation, dans les sacs, dans les poches. Produit de consommation courante chez les ados, elles sont pourtant interdites aux mineurs. Mais la loi, dans les faits, reste lettre morte.

Au collège Rosa-Bonheur, le trafic a pris une ampleur inquiétante. Ce ne sont pas quelques cigarettes échangées discrètement. C’est un système. Des élèves plus âgés agissent comme des « fournisseurs ». Ils achètent en gros — probablement via des réseaux extérieurs, peut-être des jeunes majeurs, peut-être des adultes. Les détails restent flous, mais les témoignages convergent.

Ils revendent aux plus jeunes. Pas seulement. Ils les transforment en revendeurs. Un élève de sixième ou cinquième devient, sans l’avoir choisi, un maillon de la chaîne. Pourquoi ? Parce qu’il a peur. Parce que les grands lui promettent des ennuis s’il ne joue pas le jeu. Parce que le collège n’est plus un lieu d’apprentissage — c’est un territoire.

Les parents décrivent un climat de terreur. Leurs enfants ne veulent plus aller en cours. Ils inventent des maux de ventre, des migraines, des excuses. Certains changent de chemin pour éviter les trafiquants. D’autres supplient leurs parents de les changer d’établissement.

« Il craint qu’on le retrouve », dit cette mère. Le choix des mots n’est pas anodin. « Qu’on le retrouve » — comme si son fils était en cavale. Comme si le danger venait de l’extérieur, mais qu’il était déjà à l’intérieur.

Les parents ont alerté. Et après ?

Les familles ne sont pas restées silencieuses. Elles ont saisi le rectorat. La gendarmerie aussi. Et le parquet de Melun.

Leur réponse ? « Nous suivons la situation de près. » Une phrase standard. Une formule. Mais derrière, que se passe-t-il vraiment ? Le rectorat a-t-il envoyé une équipe mobile de sécurité ? Des médiateurs ? Des psychologues ? La gendarmerie a-t-elle ouvert une enquête ? Entendu les élèves ? Placé en garde à vue les trafiquants présumés ? Le parquet a-t-il requis des mesures éducatives, des contrôles judiciaires, des convocations ?

Le Parisien ne donne pas de détails. Les autorités « assurent suivre ». Mais les parents, eux, attendent des actes. Pas des communiqués.

Le temps judiciaire n’est pas celui des enfants. Une enquête peut prendre des mois. Pendant ce temps, les trafiquants continuent. Les pressions aussi. Et la peur, elle, ne suit pas le calendrier des procédures.

Ce qui frappe, c’est la banalité du phénomène. Ce n’est pas la première fois qu’un trafic de puffs est signalé dans un collège français. C’est même devenu récurrent. Produit bon marché, facile à cacher, addiction rapide — les puffs sont le nouveau tabac des cours de récré.

Mais ici, il y a une spécificité : la violence psychologique exercée sur les plus jeunes. Ce n’est pas juste de la revente entre copains. C’est de l’intimidation. C’est de la menace. C’est de l’exploitation.

Colère et impuissance — les parents pris dans l’étau

Que faire quand votre enfant vous dit qu’on le force à dealer ? La première réaction, c’est la colère. Contre les trafiquants, bien sûr. Mais aussi contre l’institution.

Les parents interrogés par Le Parisien expriment un sentiment d’abandon. Ils ont prévenu le collège. Ils ont écrit, appelé, insisté. Qu’a fait l’établissement ? Des surveillants supplémentaires ? Des patrouilles ? Des sanctions ? Le flou persiste.

« On nous dit que c’est pris en charge, mais mon fils continue d’être approché », confie une mère. « La direction nous répond que c’est compliqué. »

Compliqué. Le mot revient. Compliqué d’identifier les meneurs. Compliqué d’intervenir sans preuve. Compliqué de sanctionner sans témoignage. Mais les témoins, justement, ont peur de parler. Le système se mord la queue.

Les familles se sentent seules. Certaines envisagent de porter plainte. D’autres changent leurs enfants d’établissement — une solution radicale, coûteuse, et qui ne règle rien pour ceux qui restent.

« Mon fils est tétanisé », répète cette mère. La phrase tourne en boucle. Elle dit l’impuissance, la peur, le désarroi d’un parent qui ne peut pas protéger son enfant, même à l’intérieur de l’école.

Collège Rosa-Bonheur : 600 élèves, une commune pavillonnaire, un trafic

Le collège Rosa-Bonheur se trouve au Châtelet-en-Brie, en Seine-et-Marne. Une commune de 4 000 habitants. Une zone pavillonnaire. Loin des clichés des banlieues chaudes. Et pourtant.

L’établissement accueille environ 600 élèves. Des familles de classes moyennes, des parents qui travaillent, des enfants qui vont en cours. Jusqu’à récemment, rien ne laissait présager un tel trafic.

Mais le phénomène des puffs a infiltré tous les collèges. Ruraux, périurbains, urbains. Il suffit d’un smartphone et d’un compte Snapchat pour commander. Il suffit d’un élève motivé pour distribuer. La demande est là.

Les puffs sont vendues entre 8 et 15 euros pièce. Pour un collégien, c’est une somme. Pour un trafiquant, c’est un business. Et quand le business devient pression, il fracture le lien social dans l’établissement.

Le collège Rosa-Bonheur n’est pas un cas isolé. Mais il est symptomatique. Il montre comment un produit anodin en apparence peut devenir un outil de domination entre élèves. Comment la peur s’installe. Et comment les adultes — parents, enseignants, autorités — peinent à réagir.

Derrière les puffs, un écosystème — et des enfants pris dans l’engrenage

Les puffs ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Derrière, il y a tout un écosystème. Des fournisseurs, des revendeurs, des clients. Et des enfants pris dans l’engrenage.

Des élèves plus âgés qui forcent les plus jeunes à dealer — c’est une forme d’exploitation. Une violence silencieuse, difficile à prouver, mais bien réelle. Les victimes n’osent pas parler. Les témoins non plus. Le silence est la meilleure alli

📰Source :youtube.com

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Épisode 5 · 2026-05-23

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