Collège Rosa-Bonheur : le trafic de puffs qui terrorise les élèves

« Mon fils est tétanisé et craint qu’on le retrouve. » Un parent d’élève du collège Rosa-Bonheur, au Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne), lâche cette phrase. Elle résume tout. Depuis des semaines, l’atmosphère est irrespirable dans l’établissement. Des grands — ceux qui font la loi dans la cour — forcent les plus jeunes à acheter des cigarettes électroniques jetables. Les fameuses « puffs ». Interdites à l’école, elles sont devenues une monnaie d’intimidation. Une marchandise de la peur.
Le rectorat, la gendarmerie et le parquet de Melun sont sur le coup. Mais les familles n’attendent plus. Elles veulent des actes.
Des puffs dans les sacs, la peur dans les couloirs
Elles sont partout. Dans les poches, les toilettes, les recoins de la cour. Ces petites cigarettes électroniques aux couleurs flashy — vanille, mangue, bubble-gum — se vendent comme des bonbons. Mais ce ne sont pas des bonbons. C’est de la nicotine. Et c’est un trafic.
Au collège Rosa-Bonheur, le système est rodé. Des élèves plus âgés — certains en troisième, d’autres peut-être déjà au lycée — organisent la vente. Leurs cibles : les plus vulnérables. Sixièmes, cinquièmes, ceux qui n’osent pas dire non. La méthode tient en trois mots : pression, menace, représailles.
Un parent témoigne dans les colonnes du Parisien : « Mon fils est tétanisé. » Son enfant a peur. Peur d’aller au collège, de croiser les « grands », de ce qui pourrait arriver s’il refuse d’acheter.
Et pourtant, les puffs sont interdites dans les établissements scolaires depuis une circulaire de 2023. Interdiction formelle. Mais dans les faits, la règle ne pèse pas lourd face à la loi du plus fort.
Les trafiquants — les familles exigent des noms
Les familles des victimes ont saisi la direction. Plusieurs signalements ont été déposés. Les parents veulent des explications. Surtout, ils veulent des noms.
Mais qui sont ces élèves ? La direction les a-t-elle identifiés ? Pourquoi aucune exclusion ? Le flou persiste. Joint par Le Dossier, le collège Rosa-Bonheur n’a pas répondu. Silence radio.
Les parents, eux, parlent fort. Ils dénoncent un climat de peur installé depuis des semaines. Certains évoquent un « racket organisé ». D’autres un « trafic pur et simple ». Les puffs s’achètent à l’extérieur — dans des bureaux de tabac complaisants ou en ligne — puis se revendent dans l’enceinte du collège. Avec une marge. Avec une pression. Avec une violence sourde.
« Mon fils a été approché trois fois en une semaine, raconte un parent. On lui a dit que s’il n’achetait pas, il aurait des problèmes. » Des problèmes. Le mot est vague. Mais dans la bouche d’un adolescent, il pèse lourd. Très lourd.
Rectorat, gendarmerie, parquet : qui fait quoi ?
Alertée, l’institution bouge. Mais à quel rythme ? Le rectorat de Créteil a été informé. La gendarmerie de Seine-et-Marne aussi. Le parquet de Melun suit le dossier. Trois autorités. Une même affaire. À ce stade, pas une seule annonce de mesure concrète.
Les familles attendent. Elles veulent des perquisitions, des auditions, des exclusions. « On ne peut pas laisser des collégiens imposer leur loi dans un établissement scolaire », s’emporte un parent interrogé par nos soins. « Si on ne fait rien maintenant, ça va empirer. »
Voilà le vrai problème. Le trafic de puffs n’est pas nouveau. Il est documenté depuis 2022 dans plusieurs collèges de France. Mais il s’est intensifié ces derniers mois. Pourquoi ? Parce que la demande explose. Les puffs sont faciles à cacher, à revendre, à consommer. Et leur prix — entre 5 et 10 euros — les rend accessibles aux plus jeunes.
Le problème n’est donc pas seulement local. Il est systémique. Le collège Rosa-Bonheur n’est que la partie émergée d’un iceberg.
2026 : l’année où les puffs ont envahi les cours de récré
Les chiffres parlent. Selon une enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 13 % des collégiens de 13-14 ans déclarent avoir déjà vapoté en 2025. Un bond de 5 points en deux ans. Parmi eux, une majorité utilise des puffs.
Ces cigarettes jetables — fabriquées en Chine, importées massivement — contiennent jusqu’à 20 mg/ml de nicotine. Une dose élevée. Suffisante pour créer une dépendance rapide. Très rapide.
Le collège Rosa-Bonheur n’est pas un cas isolé. En mars 2026, un établissement des Yvelines a connu une affaire similaire. En janvier, c’était un collège de l’Essonne. Les signalements se multiplient. Les sanctions, elles, tardent.
Les parents du Châtelet-en-Brie l’ont compris : ils ne compteront pas sur une réponse rapide de l’institution. Alors ils se mobilisent. Une réunion est prévue dans les prochains jours avec la direction et les représentants des parents d’élèves. Mais certains doutent déjà de son efficacité.
« On va nous dire de signaler, de surveiller, de dialoguer », soupire un père. « Mais les trafiquants, eux, ils ne dialoguent pas. »
Un signal d’alarme pour toute la Seine-et-Marne
Le cas du collège Rosa-Bonheur est emblématique. Il montre comment un trafic, même de faible ampleur, gangrène un établissement. Il montre aussi les limites du système.
Les puffs sont interdites dans les écoles. Mais qui les contrôle vraiment ? Les fouilles de sacs sont rares, quasi inexistantes. Les signalements des familles se perdent parfois dans les méandres administratifs. Et les trafiquants, souvent mineurs, bénéficient d’une certaine indulgence judiciaire.
« Tant qu’il n’y aura pas de mort, personne ne bougera », lâche un parent, amer. La phrase est dure. Peut-être excessive. Mais elle traduit un sentiment partagé par plusieurs familles : l’impression que l’institution réagit toujours trop tard.
Le parquet de Melun, contacté par Le Dossier, assure suivre l’affaire « avec attention ». La gendarmerie « mène des investigations ». Le rectorat promet « des mesures éducatives ». Des mots, des promesses. Pour l’instant, au collège Rosa-Bonheur, les puffs continuent de circuler. Et la peur continue de régner.
Sources
- Le Parisien — Sylvain Deleuze, « "Mon fils est tétanisé" : trafic de puffs au collège, des élèves accusés de forcer la vente aux plus jeunes », 22 mai 2026.
- Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) — Enquête sur les usages de substances psychoactives chez les collégiens, 2025.
- Circulaire ministérielle du 15 septembre 2023 relative à l’interdiction des cigarettes électroniques jetables dans les établissements scolaires.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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