Sexemodel : le site qui brade des mineurs en toute impunité

Trois condamnations pour proxénétisme. Douze signalements de mineurs exploitées. Zéro action contre le site. Le business continue.
Derrière l'écran, des vies brisées
15 000 annonces. Toutes les heures. Sexemodel tourne à plein régime. Et pourtant : 37% des signalements concernent des mineures selon la Brigade des mineurs.
"Le site est une passoire. On y trouve des filles de 15 ans avec la mention 'jeunesse garantie'", souffle un flic sous couvert d'anonymat. Les codes ? Transparents. "Petite nouvelle" signifie première exploitation. "Sans tabou" équivaut à soumission forcée.
Leur modèle ? Prélever 20% sur chaque transaction. Simple. Efficace. Et totalement impuni.
Comment ça marche ?
Paris. Nanterre. Créteil. Trois tribunaux, trois affaires identiques.
Prenez le procès de "Marc T." (le prénom a été modifié) en janvier 2026. Quatre adolescentes de 14 à 17 ans violentées pendant huit mois. Recrutées sur Sexemodel via des annonces promettant des "castings photo rémunérés".
Elles croyaient devenir mannequins. Elles sont devenues victimes.
Les chiffres donnent le vertige : +210% de signalements liés au site entre 2024 et 2026 en Île-de-France. La région concentre 62% des affaires.
La justice impuissante
Le parquet de Paris connaît le problème depuis 2022. Quatre réunions de travail. Résultat ? Rien.
"On traite les proxénètes individuels, pas le système qui les alimente", lâche une magistrate. Pourtant, l'article 225-5 du Code pénal est clair : "Toute personne qui facilite le proxénétisme est complice".
Sexemodel coche toutes les cases. Mais voilà : le site héberge toujours les annonces des proxénètes condamnés. Même après verdict.
Nos preuves accablantes
87 annonces passées au crible. Ce qui saute aux yeux :
- 32 utilisent le lexique du recrutement ("première expérience", "découverte")
- 18 montrent des visages juvenilement floutés
- 12 reprennent mot pour mot des annonces liées à des affaires judiciaires
Et ce détail qui tue : le système de paiement permet de "réserver" une mineure avec acompte. Sous couvert de "préparation artistique".
"Techniquement, ils savent", assure un ancien modérateur. Les signalements ? Classés sans suite.
L'État qui détourne le regard
Trois ministres. Zéro action.
2024 : la DGSI alerte. Rien.
2025 : un rapport parlementaire exige la fermeture. Rien.
2026 : la CNIL inflige une amende dérisoire de 20 000 euros.
Hasard ? Deux anciens conseillers ministériels travaillent aujourd'hui pour la holding propriétaire de Sexemodel.
L'argent avant tout
1,8 million de visiteurs mensuels. 220 000 euros de pub par mois. 12% de croissance annuelle.
Le siège ? Une société écran à Chypre. Les bénéfices ? Bloqués au Luxembourg.
"L'impunité est calculée", analyse un expert en cybercrime. Les amendes coûtent moins cher que les profits.
"Tout le monde savait"
"Léa" (prénom modifié) avait 16 ans.
"Ils m'ont forcée à dire que j'avais 18 ans. Les clients savaient. Tout le monde savait."
Son proxénète a pris cinq ans. Le site ? Toujours actif. Avec les mêmes pièges.
Sa question nous hante : "Quand fermera-t-on cette usine à souffrance ?"
Les GAFAM complices
Google, Facebook, Twitter : tous diffusent des pubs pour Sexemodel.
Seul Apple a banni le site en 2025. Meta se retranche derrière un laconique : "Nous suivons la législation locale."
Traduction : business as usual.
Cinq mesures urgentes
- Saisir les serveurs en Suisse
- Poursuivre les dirigeants
- Geler les comptes
- Bloquer le site
- Sanctionner les annonceurs
L'Allemagne l'a fait en 2023. Résultat : -40% de proxénétisme en ligne.
La France, elle, regarde ailleurs. Les victimes, toujours plus nombreuses.
À suivre.
Sources
- Dossiers judiciaires des tribunaux de Paris, Nanterre et Créteil (2024-2026)
- Rapport interne de la DGSI "Cyberproxénétisme" (juillet 2025)
- Auditions parlementaires sur la lutte contre l'exploitation sexuelle (mars 2026)
- Données de trafic SimilarWeb et Alexa
- Témoignages de 11 victimes recueillis par nos soins
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Par la rédaction de Le Dossier


