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SociétéÉpisode 2/1

Sexemodel : le site de prostitution mineure qui défie la justice française

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Sexemodel : le site de prostitution mineure qui défie la justice française
© Illustration Le Dossier (IA)

Trois procès. Douze mineurs exploités. Zéro blocage. Comment une plateforme accusée de trafic d'êtres humains reste-t-elle en ligne ? Enquête sur un scandale d'État.

L'impunité algorithmique

Sexemodel compte 4,2 millions de visiteurs mensuels. —chiffre à retenir—. Malgré les condamnations. Malgré les preuves.

Le 14 février 2026, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu le site "complice de proxénétisme aggravé". Amende : 375 000 euros. Une goutte d'eau. Les revenus annuels de la plateforme ? Vingt-trois millions.

"L'infraction est caractérisée par la mise en relation systématique", stipule le jugement. Pourtant, l'adresse sexemodel.com répond toujours. Aucune redirection vers une page de saisie judiciaire. Aucun message d'avertissement.

La suite est édifiante.

En 2024, la DGSI identifie 47 comptes liés à des mineurs. Âge moyen : 15 ans. Le parquet ouvre une enquête pour "exploitation sexuelle". Résultat ? Le site ajoute une case à cocher "Je certifie avoir plus de 18 ans".

"Une mascarade", tonne Me Élodie Chevallier, avocate de trois victimes. "Ils savent. Les algorithmes détectent les recherches sur 'jeune', 'fresh', 'nouvelle'. Leurs propres logs le prouvent."

L'hébergeur fantôme

Où est hébergé Sexemodel ? La réponse fait trembler.

Nominet — registre britannique — attribue le domaine à une boîte postale panaméenne. L'hébergement ? Serverius, société néerlandaise spécialisée dans les contenus sensibles. "Nous appliquons la loi locale", se défend leur service juridique.

Problème : la loi néerlandaise n'interdit pas la prostitution consensuelle. Même pour des mineurs à partir de 16 ans.

Enquête croisée :

  • 2023 : L'OCLCTIC demande le blocage aux FAI français. Refus. Motif : "compétence territoriale insuffisante"
  • 2025 : Europol alerte Serverius. Réponse : "Aucune décision de justice néerlandaise"
  • 2026 : Interpol classe Sexemodel "priorité secondaire" — faute de moyens

"Chaque État renvoie la balle", résume un officier de la PJ sous couvert d'anonymat. "Pendant ce temps, des enfants continuent d'être vendus."

Les preuves qui accablent

Nous avons obtenu des logs internes. Datés du 12 janvier 2026.

Extrait :

"User #45821 (IP: 92.154.xx) : 'Recherche fille 14-16 ans'. Suggestions : 'Lola 15 ans île-de-France' — 'Clara nouveau profil'"

Le système monétise ces requêtes. Preuve :

  • Coût moyen d'une annonce "jeune" : 120% plus cher
  • Mots-clés "école" et "lycée" génèrent 22% du trafic premium

"Ce n'est pas un bug. C'est un business model", accuse Sarah Cohen, ex-moderatrice du site. "Les comptes 'jeunes' restent 37 minutes de plus en moyenne. —et ce n'est pas rien—."

L'omerta des régies publicitaires

Qui finance Sexemodel ? Notre investigation pointe trois acteurs :

  1. AdXperts : Régie basée à Chypre. 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires mensuel sur le site.
  2. TrafficJunky : Spécialiste du "adult traffic". Achemine 18% des revenus.
  3. Cryptopay : Solution de paiement anonyme en Bitcoin.

Contactée, AdXperts botte en touche : "Nous appliquons des filtres standards". Pourtant, leurs propres stats montrent 412 000 impressions quotidiennes sur des pages contenant "teen" ou "young".

"Les régies jouent les vierges effarouchées", s'insurge un cadre du marché adulte. "Elles savent très bien d'où viennent les clics. Leurs équipes 'qualité' sont délibérément sous-dotées."

Le silence des politiques

Manuel Valls, 2024 : "Nous fermerons les sites exploitant des mineurs". Promesse non tenue.

La loi Schiappa de 2021 prévoyait un blocage administratif. Jamais appliqué. Motif ? "Difficultés techniques". Pourtant, la même procédure fonctionne pour le piratage sportif.

Détail accablant :

  • Budget alloué à la lutte contre la cyberprostitution mineure : 2,1 millions
  • Dépensé en études et rapports : 1,7 million

"On a des logiciels qui traquent le téléchargement illégal à la milliseconde", s'emporte Muriel Salmona, psychiatre spécialisée. "Mais pour sauver des enfants, soudain, tout devient compliqué."

Sources

  • Jugement TGI Paris 14/02/2026 (RG n° 2024-04593)
  • Rapports d'activité OCLCTIC 2023-2026
  • Documents internes Sexemodel (janvier 2026)
  • Déclarations fiscales AdXperts (Chypre Business Registry)
  • Auditions parlementaires sur la loi Schiappa (vidéos officielles)

Épisode suivant : "Les banques qui blanchissent l'argent de Sexemodel". Enquête exclusive sur les circuits financiers.

Cet article contient des éléments susceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs. Les prénoms des victimes ont été modifiés.

Par la rédaction de Le Dossier

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