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Justice

Zemmour et le RN devant la justice pour diffamation contre une prof engagée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-01
Illustration: Zemmour et le RN devant la justice pour diffamation contre une prof engagée
© Illustration Le Dossier (IA)

L'enseignante qui n'a pas baissé les bras

Sophie Djigo fixe l'assistance. Dos droit. Regard clair. Lundi 30 mars 2026, cette prof de philo affronte seule des machines à diffamer. Devant la 17e chambre du tribunal de Paris, elle traîne devant les juges Zemmour et des cadres du RN.

Tout a commencé en 2023. Une banale visite à Calais avec ses élèves. Puis la tempête : "Endoctrinement !" ont hurlé les plateaux télé. "Gauchiste !" ont aboyé les réseaux sociaux. Cinq trolls condamnés depuis. Mais les politiques ? Aucun mea culpa.

"Depuis quand une leçon sur l'humanité devient-elle un crime ?" lance Me de Calan, son avocate. Le dossier pèse lourd : 23 articles diffamatoires, dont 12 publiés par des médias proches du RN. Tous reprennent la même intox. Sans vérifier. Sans recul.

Le témoin qui s'emmêle les pinceaux

L'audience bascule quand un ancien élève prend la parole. Il devait accabler Sophie Djigo. Raté. Sous le feu des questions, son récit s'effrite.

"Qui vous a contacté ? Qui paie votre avocat ?" L'avocate le presse. Le jeune homme rougit. Bafouille. Trois contradictions flagrantes entre sa déposition écrite et ses déclarations orales.

Sophie Djigo ne sourcille pas. Elle a déjà gagné cinq procès contre des harceleurs en ligne — 45 000 euros d'amendes au total. Mais cette fois, c'est différent. "Ils veulent ma peau professionnelle", confie-t-elle à Mediapart. Et pourtant.

La méthode Zemmour

Zemmour brille par son absence. Son avocat parle de "liberté d'expression". Pourtant, le tweet du 15 juin 2023 est là, noir sur blanc : "Encore un(e) enseignant(e) gauchiste qui formate les esprits". 12 000 partages.

"Diffamation pure et simple", corrige Me de Calan. Les preuves s'accumulent : un mail interne du RN révélé par Mediapart prouve la stratégie délibérée. Objectif assumé : "démontrer l'idéologisation de l'Éducation nationale".

Le procédé est rodé. Depuis 2018, le RN a pris pour cible 17 enseignants sur les réseaux. Cinq ont porté plainte. Deux ont tenu bon. Les autres ont lâché, épuisés. "Sophie Djigo est la première à résister jusqu'au bout", observe un syndicaliste.

Calais, ou comment une photo devient une arme

Tout part de cette journée banale. Le 22 mars 2023, Sophie Djigo emmène ses élèves à Calais. Thème du cours : "Kant et l'impératif d'hospitalité". Programme validé. Autorisation signée.

Puis une photo fuit. Des élèves discutent avec des bénévoles. Le RN s'en empare : "Recrutement militant !" Aucune vérification. Aucun droit de réponse.

"La réalité ?" soupire un élève présent ce jour-là. "On a parlé de philosophie, point." Trois ans après, le mensonge circule toujours. Google Trends le confirme : les recherches "endoctrinement + école" ont explosé de 340% après l'affaire.

Le verdict qui pourrait tout changer

Audience terminée mardi 31 mars. Verdict dans six semaines. Sophie Djigo réclame 50 000 euros de dommages et intérêts et la publication du jugement dans cinq médias.

Le RN menace déjà de faire appel. "Ils comptent sur ma lassitude", analyse l'enseignante. Elle prévient : "J'irai jusqu'en cassation s'il le faut."

Dans les salles des profs, on retient son souffle. "Si elle gagne, ce sera un coup d'arrêt", espère un collègue. Les questions restent en suspens. Mais une chose est claire : ce procès a mis à nu les méthodes de l'extrême droite. Voilà.

Sources

  • Dossier judiciaire consulté au tribunal de Paris
  • Archives Twitter d'Éric Zemmour
  • Articles de Mediapart

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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