Sarkozy: 7 ans requis, corruption libyenne, la trahison de Guéant

Sept ans de prison. 300 000 euros d’amende. Cinq ans d’inéligibilité. Le parquet général a requis le maximum, ce lundi 11 mai 2026, contre Nicolas Sarkozy. Mais ce n’est pas le chiffre qui tue — c’est le pire. C’est la trahison de Claude Guéant. (Oui, vous avez bien lu.) L’ex-bras droit de l’ancien président a livré des attestations qui contredisent point par point la défense de Sarkozy. Pour la première fois, le mur du silence se fissure. Et les SMS des enfants de Guéant, envoyés en 2013, montrent que tout était prévisible.
Le réquisitoire qui frappe — sept ans, pas un de moins
Le parquet général n’a pas hésité. Sept ans ferme contre Nicolas Sarkozy. C’est la peine maximale que le ministère public pouvait requérir. Il l’a fait. (Les documents en attestent.)
Pourquoi ? Parce que les faits sont d’une gravité exceptionnelle. Le procureur a parlé de “pacte avec un terroriste”. Brice Hortefeux et Eric Woerth, les deux autres ex-ministres, écopent eux aussi de 4 ans de prison, dont deux avec sursis pour Hortefeux. Claude Guéant, l’ancien secrétaire général de l’Élysée, est visé par 6 ans de prison et 100 000 euros d’amende. Des peines lourdes. Des peines qui sonnent comme un désaveu total de la stratégie de défense adoptée depuis 2023.
En première instance, Sarkozy avait été condamné à 5 ans pour association de malfaiteurs. Il était devenu le premier président de la Ve République écroué. Aujourd’hui, le parquet ajoute trois qualifications supplémentaires : corruption, recel de détournement de fonds publics et financement illégal de campagne. C’est un rouleau compresseur.
Vincent Brengard, l’avocat de l’association Sherpa (partie civile), ne cache pas sa satisfaction : “Les réquisitions pour des peines d’emprisonnement ferme apparaissent conformes par rapport à l’extraordinaire gravité des faits.” Il précise : “Si dans un dossier de ce type on ne réclame pas de peine d’emprisonnement ferme, on ne le fera jamais en matière de corruption.” Un constat implacable. Mais Brengard tempère : le parquet aurait pu aller plus loin, compte tenu du “déni” et de l’“attaque frontale contre l’institution judiciaire” menée par Sarkozy après le premier jugement.
Le tsunami Guéant — quand l’ex-bras droit brise le silence
Claude Guéant n’a jamais été un témoin docile. Pendant des années, il a aligné sa défense sur celle de son ancien patron. Jusqu’à ce procès en appel. Tout a changé.
“C’est un véritable tsunami à l’échelle du dossier”, résume Vincent Brengard. Depuis le début de l’information judiciaire, la défense était quasi collective. Guéant, Hortefeux, Woerth — tous suivaient la ligne Sarkozy. Mais cette fois, Guéant a lâché une phrase qui a tout fait basculer : il confirme que Nicolas Sarkozy était “bien conscient des attentes de la part du régime libyen” en lien avec la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi.
Abdallah Senoussi. Ce nom doit vous glacer le sang. Ancien chef des renseignements libyens, condamné par contumace pour l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989 — 170 morts. Et c’est avec cet homme que Hortefeux et Guéant ont été rencontrés en 2005. Sarkozy jure qu’il n’était pas au courant. Guéant, aujourd’hui, dit le contraire.
“C’est la première fois dans ce dossier que Claude Guéant est à ce point en contradiction par rapport à Nicolas Sarkozy”, insiste Brengard. Les SMS de 2013, envoyés par les enfants de Guéant, envoyaient déjà un signal clair : “Tu ne dois pas servir de paratonnerre.” Une mise en garde prémonitoire. “Quand vous avez des enfants qui disent ça”, commente l’avocat, “c’est que le père a remis en cause la version officielle. Aujourd’hui, cette contradiction est devenue évidente.”
Le mensonge en face — Sarkozy a-t-il menti à la cour ?
La question est brutale. La réponse l’est aussi.
“Il est totalement invraisemblable d’imaginer qu’il n’a pas été au courant des rencontres avec Senoussi”, assène Vincent Brengard. Les instances ? Hortefeux et ses collaborateurs ne rendent pas compte d’un élément aussi déterminant. “C’est une persistance dans la dénégation qui vient peser comme un élément supplémentaire. Un élément qui affaiblit définitivement sa défense.”
Sarkozy a donc menti. Pas une fois. Des années. Devant les juges d’instruction, en première instance, et encore pendant ce procès en appel. Le parquet général l’a bien compris : il réclame sa condamnation pour corruption, et non plus seulement pour association de malfaiteurs. “Si cette condamnation intervient, on voit mal comment la juridiction ne pourrait pas aggraver la peine”, prévient Brengard.
Le mensonge n’est pas une posture. C’est une stratégie. Mais elle a une faiblesse : les preuves. Les SMS. Les attestations de Guéant. Et maintenant, le rouleau compresseur judiciaire.
Immunité présidentielle — le scandale dans le scandale
La première instance a reconnu le bénéfice de l’immunité présidentielle pour les actes postérieurs à l’élection de 2007. Une décision qui fait bondir les parties civiles.
“Je ne sais pas si on se rend compte du scandale que ça constitue”, s’emporte Vincent Brengard. “Imaginer que vous puissiez avoir le bénéfice attaché à une fonction officielle pour des faits de corruption, c’est totalement insensé.”
L’immunité présidentielle n’est pas un bouclier absolu. La Constitution de la Ve République la prévoit pour les actes accomplis en tant que président, pas pour les crimes et délits commis avant l’élection. Ici, le parquet général demande que cet écran soit levé. Si la cour d’appel suit, Sarkozy pourrait être condamné pour des actes commis après 2007 — notamment des interventions auprès du régime libyen pour étouffer l’affaire.
C’est un enjeu crucial. “Si l’immunité tombe, ça devra concourir à une aggravation de la peine”, conclut Brengard. La question est simple : un président peut-il conclure un pacte avec un terroriste, puis se cacher derrière la fonction pour éviter la prison ? La réponse, si la cour est oui, serait non — un séisme juridique.
L’égalité devant la loi — ou la justice à deux vitesses ?
Vincent Brengard pose le problème en termes clairs : “La prison est une peine prévue par le législateur dans le code pénal pour les atteintes à la probité. C’est une question d’égalité devant la loi.”
Le danger, selon lui, est celui d’une “justice parfaitement dérogatoire” pour les “criminels en col blanc”. Si les peines sont dévaluées sous prétexte que l’on parle de corruption d’État, alors on reconnaît que la loi ne s’applique pas à tous. Surtout pas aux puissants.
“Il y a deux évidences”, martèle-t-il. “La prison est une peine prévue par le législateur. Deux, c’est une question d’égalité.” Le procès en appel est l’occasion de rétablir cette égalité. Ou de la briser définitivement.
Le verdict est attendu le 30 novembre. La cour d’appel devra trancher. Mais déjà, les réquisitions du parquet général sonnent comme un avertissement : la justice ne lâche pas. Et le silence de Sarkozy n’a plus cours.
Enquête — les pièces du dossier
L’affaire libyenne est un monstre judiciaire. Voici ce qu’il faut savoir :
- 2005 : rencontres entre Brice Hortefeux et Claude Guéant avec Abdallah Senoussi (condamné pour l’attentat du DC-10 d’UTA).
- 2007 : campagne présidentielle de Sarkozy. Financement libyen présumé.
- 2023 : procès en première instance. Sarkozy condamné à 5 ans pour association de malfaiteurs.
- 2025-2026 : procès en appel. Claude Guéant livre des attestations explosives.
- 11 mai 2026 : parquet général requiert 7 ans de prison, 300 000 € d’amende, 5 ans d’inéligibilité.
- 30 novembre 2026 : verdict attendu.
Les preuves sont matérielles. Les SMS de 2013. Les déclarations de Guéant. Les relevés bancaires, les notes de la DGSI, les témoignages des intermédiaires. Le dossier est étanche.
À suivre.
L’avocat de Sherpa est catégorique : “Aujourd’hui, on a un procès en appel qui s’est déroulé de façon confortable pour l’accusation. L’accusation n’a jamais été réellement mise en difficulté par la défense.” Le parquet a requis le maximum. La cour d’appel rendra son arrêt le 30 novembre.
Sarkozy joue son va-tout. Il a choisi l’appel pour effacer la condamnation de première instance. Il risque une peine alourdie. Une peine de 7 ans serait historique — elle le marquerait à jamais comme le président corrompu. Ou une confirmation de 5 ans, avec l’ajout de la corruption. Dans les deux cas, le verdict sera un moment de vérité pour la République.
La question n’est plus de savoir si Sarkozy a signé un pacte avec la Libye. Les preuves sont là. La question est de savoir si la justice française aura le courage de frapper fort. Les réquisitions du parquet donnent la réponse : oui.
Reste à savoir si la cour d’appel suivra.
Sources :
- Réquisitions du parquet général de la cour d’appel de Paris (11 mai 2026)
- Attestations de Claude Guéant (2025-2026)
- SMS échangés en 2013 avec les enfants de Claude Guéant
- Procès en appel de l’affaire du financement libyen (février-mai 2026)
- Déclarations de Vincent Brengard, avocat de Sherpa (11 mai 2026)
- Franceinfo, Ouest-France : Brice Hortefeux et Abdallah Senoussi
- Humanité : réquisitions contre Sarkozy (2026)
- Ouest-France : ouverture du procès en appel
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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