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PolitiqueÉpisode 14/3

Lagardère défend Sarkozy en pleine affaire libyenne : le scandale perdure

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Lagardère défend Sarkozy en pleine affaire libyenne : le scandale perdure
© Illustration Le Dossier (IA)

« On lui doit beaucoup plus que vous ne l’imaginez »

La phrase est tombée comme un couperet. Arnaud Lagardère, micro en main, face à ses actionnaires : « On lui doit beaucoup plus que vous ne l’imaginez. » Il parle de Nicolas Sarkozy — l'homme qui siège au conseil d'administration du groupe depuis 2013, jugé en appel pour avoir reçu des fonds libyens illicites pour sa campagne de 2007. Lagardère ne le lâche pas : il le présente comme « un ami du groupe ». Un ami qu'il garde à bord, quoi qu'il arrive.

Regardons les faits. La scène se déroule lors de l'assemblée générale ordinaire des actionnaires. Une réunion censée être technique : résultats financiers, stratégie, gouvernance. Mais Arnaud Lagardère en a décidé autrement. Il transforme cette AG en tribune politique. Il réaffirme son soutien à un homme condamné en première instance à trois ans de prison ferme — peine aménagée — pour corruption et financement illégal de campagne. Un homme qui a fait appel. Un homme dont le procès se tient en ce moment même.

Pourquoi ce soutien public ? Pourquoi maintenant ? La réponse tient en un mot : intérêts. Pas de sentimentalisme. Des affaires. Des contrats. Des réseaux. Lagardère ne défend pas un ami — il défend un actif. Sarkozy est un administrateur qui rapporte, ouvre des portes, pèse dans les négociations. La preuve ? En juillet 2013, Sarkozy a aidé Lagardère à négocier la vente du groupe au géant Vivendi. Une opération à plusieurs milliards d'euros. L'ancien président a servi d'intermédiaire, mis son carnet d'adresses au service du groupe. Et Lagardère le lui rend aujourd'hui.

Que se passera-t-il si la cour d'appel confirme la condamnation ?

La loi est claire : une personne condamnée pour corruption ne peut plus exercer de fonctions de direction ou d'administration dans une société commerciale. C'est le code de commerce. Pourtant, Arnaud Lagardère a annoncé que Sarkozy conserverait son mandat « même en cas de confirmation de sa condamnation ». Une déclaration sidérante. Elle signifie que le groupe Lagardère se place au-dessus de la loi. Elle signifie que les actionnaires — petits porteurs, institutionnels — sont mis devant le fait accompli. Pas de vote. Pas de discussion. La décision est prise en haut lieu.

Les statuts du groupe prévoient-ils une clause spéciale, une protection pour les administrateurs poursuivis ? Rien n'a filtré. Mais le message est clair : la justice n'a pas d'emprise sur le conseil d'administration de Lagardère. L'argent prime. Les relations aussi.

— Le groupe affiche pourtant des résultats solides : 9,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 4,6 %. Un résultat opérationnel de 641 millions d'euros, en progression de 8 %. La dette réduite. Tout va bien sur le papier. Mais une ombre plane : la gouvernance.

Juillet 2013 — retour sur une amitié lucrative

Arnaud Lagardère cherche un acheteur pour le groupe. Il contacte Vincent Bolloré, patron de Vivendi. Les discussions sont tendues. Lagardère a besoin d'un allié. Il appelle Nicolas Sarkozy. L'ancien président, alors simple avocat, accepte. Il intervient directement auprès de Bolloré. La vente aboutit. Lagardère empoche plusieurs centaines de millions d'euros. Sarkozy, lui, touche des honoraires — officiellement pour un contrat de conseil. Officieusement — oui, vous avez bien lu — il gagne un siège au conseil d'administration. Et une reconnaissance éternelle.

Depuis, les deux hommes ne se sont jamais quittés. Sarkozy siège au comité des rémunérations, participe aux décisions stratégiques, est consulté sur les gros dossiers. En 2022, quand le groupe rachète la branche édition de Hachette, Sarkozy est dans la boucle. En 2024, lors de la fusion avec Vivendi, il est encore là. Son influence dépasse de loin son titre.

L'affaire libyenne, pourtant, devrait tout changer. En 2020, le parquet national financier ouvre une information judiciaire. Les preuves s'accumulent : transferts d'argent, intermédiaires, valises de billets. En 2024, le tribunal correctionnel condamne Sarkozy à trois ans de prison ferme, cinq ans d'inéligibilité, et 300 000 euros d'amende. Il fait appel. Le procès en appel s'ouvre en mars 2026. Il est en cours.

Mais pour Lagardère, rien de tout cela n'existe. Sarkozy reste « un ami du groupe ». Un ami au-dessus des lois.

Le procès en appel : une machine à broyer le temps

Les audiences s'étirent. Les témoins se contredisent. Les avocats plaident la nullité. La défense de Sarkozy joue la montre, espère une prescription, mise sur l'usure des juges, compte sur le flou des preuves. Pendant ce temps, Arnaud Lagardère offre un bouclier médiatique. Sa déclaration publique, filmée par Mediapart, est un message adressé aux magistrats : « Vous pouvez condamner, moi je le garde. » C'est une pression indirecte. Une manière de dire que la justice ne changera rien. Que les réseaux d'affaires sont plus forts que les jugements.

Les actionnaires ? Pris en otage. Personne ne les a consultés. La décision de maintenir Sarkozy a été prise en petit comité, sans passer par le conseil. Certains investisseurs institutionnels, interrogés par Mediapart, expriment leur malaise. Mais ils craignent de s'opposer au PDG. Le groupe Lagardère est un empire. Arnaud Lagardère en est le maître absolu. La gouvernance familiale verrouille tout.

Mediapart : la vidéo qui dévoile tout

Yann Philippin, Camille Polloni et Antton Rouget, journalistes à Mediapart, ont obtenu la vidéo. Une source anonyme leur a transmis l'enregistrement de l'assemblée générale. La qualité est bonne. On voit Arnaud Lagardère, costume bleu, debout face à une salle silencieuse. On entend sa voix, calme, assurée. Il ne lit pas un texte. Il improvise.

« On lui doit beaucoup plus que vous ne l’imaginez » — la phrase est prononcée sans hésitation. Puis il ajoute : « Nicolas est un ami du groupe. Il a toujours été là pour nous. Il le restera. » Aucune mention de la justice. Aucune mention du procès. Comme si l'affaire libyenne n'existait pas.

Mediapart met la vidéo en ligne le 6 mai 2026. En quelques heures, elle est vue des centaines de milliers de fois. Les réactions sont vives. Des associations anticorruption comme Anticor dénoncent un « mépris de la justice ». Des élus de l'opposition réclament une enquête parlementaire. Le parquet national financier, lui, reste silencieux. Pour l'instant.

Mediapart a déjà consacré plusieurs épisodes à ce dossier. L'affaire libyenne est suivie depuis 2011. Chaque rebondissement est documenté. Mais cette vidéo apporte une preuve supplémentaire : le pouvoir économique et le pouvoir politique sont liés par des intérêts communs. Et ces liens résistent aux condamnations.

Jusqu'où ira la défense ?

La question est simple : jusqu'où Arnaud Lagardère est-il prêt à aller pour protéger Nicolas Sarkozy ? Jusqu'à la fin du procès en appel ? Jusqu'à la Cour de cassation ? Jusqu'à une éventuelle peine de prison ferme ?

Les statuts du groupe ne prévoient pas de clause de démission automatique en cas de condamnation définitive. Le conseil d'administration peut révoquer un administrateur, mais il faut une majorité. Et Arnaud Lagardère contrôle le conseil. Il possède 60 % des droits de vote. Il nomme les membres. Il décide tout.

Alors, que peuvent faire les actionnaires minoritaires ? Rien. Sauf vendre leurs actions. Mais le cours de Bourse ne bouge pas. Les marchés s'en fichent. Ce qui compte, c'est le chiffre d'affaires. 9,4 milliards d'euros. La croissance. Les profits. L'éthique n'a pas de cours.

Un actionnaire a quand même posé la question lors de l'AG : « Que se passera-t-il si M. Sarkozy est définitivement condamné ? » Lagardère a répondu par une pirouette : « Nous verrons le moment venu. » Mais la vidéo montre qu'il a déjà tranché. Le moment venu, Sarkozy restera.

L'impunité en action

Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : Arnaud Lagardère, Nicolas Sarkozy, et tout un réseau d'affaires qui se joue des lois. La France a des tribunaux. Elle a des juges. Mais elle a aussi des puissants qui les ignorent.

L'affaire libyenne est un test. Peut-on condamner un ancien président de la République sans que ses amis milliardaires ne le protègent ? Peut-on imposer la règle à ceux qui possèdent les médias, les maisons d'édition, les distributeurs ?

La vidéo de Mediapart prouve l'irréfutable. Arnaud Lagardère a choisi son camp. Celui de l'impunité. Celui des réseaux. Celui de l'argent. Les actionnaires sont avertis. La justice aussi.

Et pourtant, rien ne change. Le conseil d'administration de Lagardère se réunira dans les prochaines semaines. Sarkozy y siégera. Il touchera ses jetons de présence. Il continuera à influencer.

Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que la Cour de cassation confirme la peine ? Jusqu'à ce que la pression médiatique devienne insoutenable ? Ou jamais ?

Le Dossier pose la question. Et attend une réponse.


Sources

  • Mediapart, « On lui doit beaucoup plus que vous ne l’imaginez » : devant ses actionnaires, Lagardère défend Sarkozy, 6 mai 2026 (vidéo et article).
  • Lagardère SCA, communiqué financier annuel 2025 (chiffres d'affaires, résultats, endettement).
  • Mediapart, dossier Sarkozy face à la justice : la stratégie de l'usure (épisodes précédents).
  • Anticor, communiqué de presse du 6 mai 2026.
  • Code de commerce français, articles L.225-18 et suivants (incompatibilités et déchéances).

📰Source :youtube.com

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