Sahel et Tchad quittent la CPI : souveraineté ou impunité ?
Le grand départ
Le Niger avait ouvert la brèche dès septembre 2025. Puis, un à un, trois autres États ont emboîté le pas. Ce retrait est présenté comme une affirmation de souveraineté. La réalité est sans doute plus complexe.
Le Tchad, lui, a surpris tout le monde. Personne ne l'attendait dans cette liste. Caroline Roussy, directrice de recherche à l'IRIS, avance plusieurs hypothèses : pressions diplomatiques américaines, revendication souverainiste, ou rôle de couloir de transit pour des armes des Émirats arabes unis vers le Soudan. Rappel utile : la CPI juge des individus — pour génocide, crime contre l'humanité, crime de guerre — pas des États. C'est toute la différence avec la Cour internationale de justice.
Une justice à deux vitesses ?
« La CPI est institutionnellement forte, son budget augmente, mais politiquement fragilisée », analyse Caroline Roussy sur France 24. Les mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu existent. Mais ils restent lettres mortes. La France a fait savoir que Netanyahu bénéficie d'une immunité, Israël n'étant pas partie au Statut de Rome. Et l'Union africaine, elle, dénonce une concentration des enquêtes sur le continent. Une justice à deux vitesses ? La question est posée.
Un isolement à géométrie variable
Les pays de l'AES n'ont pas claqué toutes les portes. Ils restent membres de l'UEMOA, de la SADC, et n'ont pas quitté la Zone de libre-échange continentale africaine. « C'est un isolement très contrôlé et à géométrie variable », observe Caroline Roussy. Ils tournent le dos aux institutions perçues comme proches de la France, mais conservent leurs ancrages régionaux. Stratégie assumée.
Le vrai problème : l'effectivité des mandats
Voilà le nœud du problème. La CPI émet des mandats, mais ne peut pas les faire exécuter. L'affaire Netanyahu l'a démontré avec une cruelle évidence. Dans le même temps, les pays du Sahel font face à une insurrection djihadiste, dont les exactions sont documentées par Human Rights Watch. La justice internationale semble bien loin, quand l'urgence est sécuritaire.
Libreville : l'autre urgence
Pendant que ces annonces font la une, à Libreville, la vie quotidienne est un combat. L'eau se fait rare. Le gouvernement a décrété l'état d'urgence hydrique il y a un mois. Dans le 3e arrondissement, les habitants se lèvent à 7h30 pour guetter le moindre filet d'eau. Les fontaines publiques réhabilitées ne fournissent rien. La Société d'énergie et d'eau du Gabon, censée assurer le service depuis plus de 60 ans, semble impuissante.
Dans le quartier de Dragage, faute de réseau, on puise une eau trouble, non traitée. Une habitante témoigne : « Ça fait 14 ans que nous traversons le manque d'eau dans notre quartier. Cette eau, on ne la traite pas. On se lave, on fait le ménage avec. Pour boire, on achète des bouteilles. » Le gouvernement promet une solution durable d'ici quelques mois. Les habitants, eux, attendent depuis quatorze ans.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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