LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Politique

Référendum anti-voile : la stratégie du RN pour contourner l'État de droit

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-21
Illustration: Référendum anti-voile : la stratégie du RN pour contourner l'État de droit
© YouTube

La botte secrète du RN

Lundi 20 juillet. Marine Le Pen a annoncé sa deuxième condamnation pour détournement de fonds publics sur TF1 — deux semaines plus tôt. Loin de la freiner, cette décision judiciaire semble l'avoir confortée dans sa stratégie. Elle ressort un vieux tube de son répertoire : l'interdiction du voile dans l'espace public.

Sauf que cette fois, la méthode change. Fini les propositions de loi vouées à être censurées par le Conseil constitutionnel. Marine Le Pen veut désormais passer par le référendum. Une façon très pratique de contourner tous ces détails un peu encombrants qu'on appelle l'État de droit.

C'est Sébastien Chenu, vice-président du RN et député du Nord, qui en fait l'annonce la plus officielle. Invité de la matinale de France 2, il déclare : « Nous nous sommes pour l'utilisation du référendum. Nous nous réservons le droit de pouvoir le faire. » Le lendemain, sur TF1, il enfonce le clou : « L'objectif, c'est qu'il n'y ait plus qu'on ne voie plus le voile, le symbole de l'islamisme dans notre pays, et qu'il soit interdit dans la rue. »

Le mot à retenir est bien « référendum ». Pourquoi ? Parce que depuis 1962, le Conseil constitutionnel estime qu'il n'est pas compétent pour contrôler la constitutionnalité des lois référendaires. Ces lois constituent, je cite, « l'expression directe de la souveraineté nationale ». Autrement dit : quand la Constitution risque de dire non, il reste toujours la possibilité de demander directement au peuple de dire oui.

Un joker démocratique ?

La manœuvre est habile. Mais est-elle réalisable ? L'article 11 de la Constitution, celui qui permet les référendums, n'est pas un grand buffet à volonté. Il prévoit des référendums sur des causes précises : l'organisation des pouvoirs publics, les réformes économiques et sociales, ou encore certains traités internationaux.

Or, certains constitutionnalistes voient mal comment le port du voile dans l'espace public pourrait entrer dans ce périmètre. Le lien avec la politique sociale de la nation serait difficile à trouver. — Il faut une sacrée dose d'imagination juridique pour transformer une restriction de liberté publique en réforme sociale.

Même si le référendum passait cette première barrière, d'autres obstacles subsistent. La loi adoptée par référendum n'obtient pas un passe-droit magique. Elle doit toujours respecter les engagements internationaux de la France, notamment la Convention européenne des droits de l'homme. Une femme verbalisée pour avoir porté un voile pourrait contester la sanction devant un juge en invoquant une atteinte disproportionnée à sa liberté religieuse.

Le référendum n'est donc pas un grand bouton rouge magique qui permettrait d'éteindre l'État de droit comme le voudrait le RN. Mais politiquement, l'opération reste très rentable à court terme. Ça fera parler. Et même sur le long terme, le scénario est déjà écrit : si le projet est bloqué, ce ne sera pas le projet qui aura un problème, ce seront les juges qui empêcheront la volonté populaire de s'appliquer.

Tensions internes : Bardella contre Le Pen

Derrière cette annonce, une guerre couve. Jordan Bardella, président du RN depuis octobre 2022, n'a jamais été très à l'aise avec la question du voile. Pas pour des raisons idéologiques — il affirme régulièrement qu'il s'agit d'un objectif du parti. Mais il a tendance à en repousser l'échéance.

« Après 2027 », avait-il déclaré au Parisien à l'époque de la dissolution en 2024, arguant que l'application était complexe à mettre en œuvre. En privé, Bardella parlerait même d'une position « intenable », causant quelques frictions avec Marine Le Pen. Il aurait proposé de renoncer purement et simplement à cette mesure. Fin de non-recevoir pour la patronne.

Marine Le Pen rabâche depuis 15 ans que le voile constitue un instrument de soumission de la femme. Elle n'est pas prête à renoncer à un marqueur très fort du projet politique dont elle a hérité. Au contraire, elle compte bien en faire un argument de vente majeur.

Jordan Bardella rêve d'une extrême droite sous costume trois pièces, compatible avec les dîners du CAC 40 et les investisseurs qu'il faudrait rassurer. Marine Le Pen connaît sa clientèle. Elle sait qu'on ne gagne pas une présidentielle en reniant 50 ans de fond de commerce. Alors elle continue de flatter les réflexes identitaires qui ont fait le succès du clan Le Pen.

Un double discours bien rodé

Pour s'assurer de passer entre les gouttes, les représentants du RN pavent leur loi raciste de bonnes intentions. Bien sûr que non, cette loi n'est pas sexiste et stigmatisante envers une religion. Jean-Philippe Tanguy, député RN, tente d'expliquer : « Il faut que l'interdiction du voile islamique soit comprise comme une mesure contre la foi musulmane et le respect des Françaises et des Français qui respectent les valeurs de la République. »

Le RN a trouvé la formule. Ce n'est pas le voile qu'il veut interdire, c'est l'idéologie islamiste. On ne sait pas très bien si c'est une question de tissu, de longueur, de motif ou de couleur, mais visiblement dans leur grille de lecture, tout ceci est très clair.

Pourtant, en septembre 2012, Marine Le Pen incluait la kippa dans sa proposition d'interdiction des signes religieux dans l'espace public. Depuis 2021, changement de braquet. Le dépôt d'une proposition de loi ne cible plus que les « idéologies islamistes », précisant « les signes ou tenues constituant par eux-mêmes une affirmation sans équivoque et ostentatoire des dites idéologies ». Un grand flou juridique.

Sébastien Chenu, lui, se veut beaucoup moins mystérieux quand on gratte un peu. Pour lui, c'est simple : l'islam serait la seule religion concernée par les extrémismes. Le voile en serait un signe quoi qu'il arrive. Plus de voile pour les musulmanes. Emballé, c'est pesé.

La leçon de morale de Sébastien Chenu

Interrogé par un journaliste, Chenu ne mâche pas ses mots : « Mais les autres religions n'ont pas de problème. Je ne parle pas de la religion islam, je viens de vous dire de l'islamisme. C'est pas un texte contre une religion, c'est un texte contre une dérive, une idéologie. Mais c'est vous qui confondez l'islam et l'islamisme, ce que je ne fais pas. »

Il poursuit : « Le voile, c'est la revendication de l'islamisme. Il est souvent pris comme tel par des jeunes filles qui veulent marquer une différence et une rupture avec l'État républicain. »

Trêve de plaisanterie. Le RN peut multiplier les contorsions sémantiques, remplacer le mot voile par idéologie islamiste et emballer le tout dans le grand récit de la défense républicaine. Le fond du projet, lui, ne change pas. Il ne changera d'ailleurs jamais.

Depuis des décennies, l'extrême droite constitue son récit politique autour d'une cible privilégiée : les musulmans de France, et plus largement toutes celles et ceux qu'elle associe à l'immigration et à l'altérité arabe. Le voile n'est ici qu'un étendard sexiste parmi d'autres, un symbole pratique chargé de toutes les peurs que le RN cherche à attiser.

Un parallèle avec les macronistes

La stratégie du RN trouve un écho chez les macronistes. Gabriel Attal, alors Premier ministre, s'était transformé en inspecteur des ours pour vérifier si les robes de certaines lycéennes — à force d'être musulmanes ou d'apparence arabe — passaient le test de la laïcité.

Quand on vous dit que les macronistes sont le marchepied du RN, la preuve est encore là. Les subtiles distinctions des uns et des autres sont bien pratiques pour éviter le sujet qui fâche : l'atteinte manifeste à la liberté religieuse des femmes musulmanes. Ce sont explicitement d'elles qu'il s'agit. Elles ne sont pourtant pas les seules à se couvrir les cheveux pour des principes religieux, mais ce sont les seules à être ciblées par la proposition du RN.

L'enquête continue

La suite est édifiante. Le RN peut parler de République, d'émancipation ou de souveraineté populaire tant qu'il veut pour se donner le bon rôle. Quand on gratte le vernis, on retrouve toujours la même stratégie : fabriquer un ennemi de l'intérieur pour mieux rassembler autour de la peur et se faire élire.

L'histoire nous l'a montré mille fois. L'extrême droite ne manque jamais d'ennemis à fabriquer. — Donnez-vous le pour dit.

L'enquête continue. Nous suivrons de près l'évolution de cette proposition référendaire et les recours juridiques qui pourraient être engagés. Une chose est sûre : le débat sur le voile dans l'espace public n'est pas près de s'éteindre. Et les questions constitutionnelles qu'il soulève non plus.

Sources :

  • Le Média (YouTube) — vidéo « Le Récap » du 20 juillet 2025
  • TF1 — intervention de Marine Le Pen et Sébastien Chenu
  • France 2 — matinale avec Sébastien Chenu
  • Le Parisien — déclarations de Jordan Bardella (2024)
  • Reporters sans frontières — enquête sur l'affaire du Soir Savoyard
  • Le Soir Savoyard — affaire d'achat massif d'exemplaires

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet