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Riachuelo : la rivière poubelle sacrifiée par Miley

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-06
Illustration: Riachuelo : la rivière poubelle sacrifiée par Miley
© YouTube

2008 : un tournant raté

"Ma maison était ici." Elisa Morel désigne un terrain vague à dix mètres du Riachuelo. L'eau stagnante charriait des métaux lourds. Les enfants avaient du plomb dans le sang. "L'odeur vous brûlait la gorge."

En 2008, la Cour suprême argentine ordonnait l'impensable : dépolluer cette rivière symbole de l'industrialisation sauvage. AKUMAR — l'Autorité du bassin Matanza-Riachuelo — voyait le jour pour piloter le chantier du siècle. Et ce n'est pas rien : 700 millions d'euros étaient débloqués par la Banque mondiale. Objectif : reloger les riverains, contrôler les industries, assainir les eaux.

"Nous avions gagné", murmure Christian Fernandez, avocat environnementaliste. Quinze ans plus tard, le constat est accablant. Aucun des objectifs n'a été atteint.

2024 : la destruction programmée

"Faire mieux avec moins." Le slogan de Ravier Miley a sonné le glas d'AKUMAR. Dès son élection en novembre 2023, le président climatosceptique brandit sa tronçonneuse :

  • 50% des effectifs licenciés
  • Cinq sites fermés
  • Contrôles industriels réduits

La Cour suprême lâche l'affaire en 2024. Fin des bilans trimestriels. Plus personne ne surveille. "C'est un permis de polluer", accuse Tamara Basteiro, vice-ministre de l'Environnement de Buenos Aires.

Les relevés sont sans appel. Les taux de plomb recommencent à grimper dans le quartier Villa 21-24. "AKUMAR a disparu. On ne voit plus personne", témoigne Zulma, habitante de "Villa Inflammable".

Relogements : une tragédie en trois actes

320 appartements construits. 17 770 familles toujours en attente. Elisa Morel a obtenu son logement en 2019 après huit ans de combat. "J'avais des problèmes respiratoires. Ça allait mieux... jusqu'aux infiltrations."

Les photos qu'elle nous montre parlent d'elles-mêmes : fissures, moisissures, balcon mal calibré. "Quand il pleut, l'eau rentre dans les chambres." Les promoteurs ont utilisé des matériaux de mauvaise qualité.

Alfredo, lui, vit toujours dans une maison humide avec ses enfants. "Le gouvernement a publié un décret : plus un seul logement ne sera construit." Un coup de massue. L'arrêt de la Cour suprême ? Ignoré.

Dock Sud : l'usine qui tourne à vide

12 km de tunnels. 700 000 m3 traités quotidiennement. Le système Riachuelo — fleuron du plan de dépollution — a coûté 1,2 milliard d'euros.

Problème : l'usine de pré-traitement sera privatisée en 2026. Comme tout le réseau d'eau de Buenos Aires. "La Banque mondiale a été notre parapluie", reconnaît un ancien cadre. Ce parapluie est désormais replié.

Les résultats ? Mitigés. Les eaux usées sont rejetées... dans le Rio de la Plata. "On déplace la pollution, on ne la résout pas", critique Lorena, ex-directrice communication d'AKUMAR.

Sanitaire : une bombe à retardement

"Regardez mes avocats." Zulma cultive son potager à deux cents mètres des raffineries. La terre a été partiellement dépolluée. Mais l'eau du Riachuelo reste impropre.

Chiffre à retenir : 54% des enfants de Villa 21-24 présentent encore des taux anormaux de plomb. Les cliniques mobiles ont fermé. "Les distributions d'eau potable se sont arrêtées après l'élection de Miley", dénonce Zulma.

Trois anciens d'AKUMAR résument la situation dans leur podcast : "Il ne reste que le nettoyage de surface. Les inspections ont cessé. Les entreprises polluent à nouveau."

Le dossier est loin d'être clos. Mais qui écoutera les riverains du Riachuelo ? Leur rivière coule désormais vers l'oubli.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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