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OFB: 250 procédures, 0 résultat — le scandale de l’environnement dans le Pas-de-Calais

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: OFB: 250 procédures, 0 résultat — le scandale de l’environnement dans le Pas-de-Calais
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Au détour d’un chemin de terre : des agents de l’OFB tombent sur un amas de plastiques, de pommes de terre germées, de ferraille. Rien de spectaculaire. Mais les conséquences, elles, le sont. « On va chercher dans les déchets si on a des éléments de preuve qui peuvent nous conduire à l’auteur », explique un agent. La suite est édifiante. Pas de courrier. Pas d’empreinte. Rien. Les pollueurs ont disparu. La pollution, elle, reste. Des restes de pesticides, du fioul qui s’infiltre dans la nappe phréatique. Des déchets qui s’envolent sur des kilomètres. Pollution visuelle, chimique, durable.

Les amendes ? 1 500 € pour un particulier, 7 500 € pour une entreprise. (Oui, vous avez bien lu.) Un chef d’entreprise qui enfouit des centaines de litres d’huile de vidange dans une fosse risque moins qu’un automobiliste qui grille un feu rouge. Le calcul est simple : polluer coûte moins cher que traiter ses déchets. La logique économique l’emporte sur la loi. En 2025, les agents de l’OFB ont ouvert une centaine de procédures pour ces seuls dépôts. Une goutte d’eau. Car derrière chaque déchet abandonné, il y a un responsable. Mais le retrouver ? Mission quasi impossible. Les pollueurs connaissent les angles morts. Ils opèrent la nuit, dans des zones isolées, sans témoin. Quand la justice veut agir, elle se heurte à un mur : l’absence de preuves matérielles.

Les cages sont petites, en métal, perchées sur des branches. Elles servent à capturer des oiseaux sauvages. L’espèce visée ? Le chardonneret élégant. Un oiseau de la famille des fringilidés, au chant mélodieux et au plumage coloré. Très convoité. Très menacé. Très lucratif.

Les braconniers du Pas-de-Calais ne se cachent plus. Ils revendent leurs prises en Belgique — mais aussi sur un banal site de seconde main. Oui, vous pouvez acheter un chardonneret protégé en quelques clics. Le trafic d’animaux sauvages est l’un des plus lucratifs au monde. Et il prospère ici, sous nos yeux, avec la complicité tacite des plateformes. Les agents de l’OFB saisissent des cages. Ils ouvrent des enquêtes. Ils transmettent au parquet. Mais combien de braconniers sont réellement condamnés ? La question reste ouverte. Car le commerce est discret, les transactions rapides, les preuves volatiles. Et quand un braconnier est pris, il risque gros — jusqu’à 3 ans de prison et 150 000 € d’amende. Encore faut-il le confondre.

Là, ça se complique. Les braconniers ont évolué. Ils utilisent des armes à feu avec lunettes thermiques. Ils chassent la nuit depuis leur voiture. « Vous me confirmez que ce monsieur se fait filmer chassant en pleine nuit, donc en dehors des horaires réglementaires, et même à proximité des habitations ? » La réponse est oui. Tirs dangereux. Proximité des voies publiques. Conditions déloyales pour la faune. « Chasser la nuit avec des armes particulièrement puissantes, c’est chasser dans des conditions déloyales pour la faune », résume un enquêteur. Mais qui est ce braconnier ? Qui l’a filmé ? Où sont les preuves ? Le parquet d’Arras instruit l’affaire. Combien de temps faudra-t-il ? Et combien de nuits de chasse illégale auront lieu d’ici là ?

« Les atteintes à l’environnement figurent aujourd’hui parmi les cinq priorités du parquet d’Arras. » C’est ce qu’affirme le procureur. Les chiffres semblent le confirmer : 250 procédures ouvertes l’an dernier. Un bond spectaculaire. « Dès lors que vous vous intéressez à un sujet et que vous interrogez les services de police et de gendarmerie en disant "il faut que vous soyez beaucoup plus attentifs aux problèmes environnementaux", les maires m’adressent des signalements », explique-t-il.

Les maires, justement, se réveillent. Eux qui, il y a quelques années, ignoraient ces problèmes, envoient désormais des signalements. « Ce qui permet un accroissement des enquêtes », conclut le procureur. Plus d’affaires. Plus de procédures. Mais au final ? Peu d’audiences. Peu de condamnations. Car le système judiciaire a ses limites. Les agents de l’OFB peuvent ouvrir des enquêtes — mais c’est le parquet qui décide de poursuivre, et les tribunaux qui jugent. Là, le bât blesse. Les preuves sont souvent absentes. Les témoins, souvent en conflit avec le prévenu. La défense, elle, connaît les failles.

Ce jour-là, le tribunal d’Arras juge un chef d’entreprise accusé d’avoir enfoui des déchets dans une large fosse. Des gravas, des tôles — mais aussi des centaines de litres d’huile de vidange. Les témoins auditionnés — d’anciens associés — sont en conflit ouvert avec le prévenu. La défense en profite. Résultat : relaxe. « Vous avez des personnes qui ont parlé de fumée blanche, de fumée noire, de crépitements. Mais vous n’avez eu aucun prélèvement. Ce prélèvement était simple à faire. Il suffisait de se rendre sur place. Les enquêteurs ont malheureusement omis de le faire », dénonce un avocat.

Voilà le cœur du problème. Les enquêteurs n’ont pas fait de prélèvements sur place. Pas d’échantillons. Pas d’analyse. Pas de preuve. Le dossier s’effondre. Le pollueur repart libre. La fosse, elle, reste pleine.

Dans le Pas-de-Calais, 4 cours d’eau sur 5 sont pollués. Deux réseaux d’eau potable sur trois aussi. Les chiffres sont accablants. Les responsables ? L’agriculture et l’industrie. Pas de surprise. Pesticides, engrais, rejets industriels. Les pollutions sont « très souvent accidentelles, très rarement volontaires », explique un agent de l’OFB.

Accidentelles ou pas, les conséquences sont les mêmes. Nappes phréatiques contaminées. Poissons morts. Écosystèmes détruits. Les habitants boivent une eau de qualité douteuse. Les prélèvements de contrôle sur les affluents de la Canche permettent de détecter les problèmes. Parfois leurs sources. « Il arrive qu’on fasse des prélèvements de contrôle et qu’on s’aperçoive qu’il y a une source de pollution », confie un agent. Mais détecter ne suffit pas. Il faut prouver. Et pour prouver, il faut agir vite. Trop vite pour une administration souvent lente. Trop précis pour des enquêteurs parfois mal formés. Trop coûteux pour des budgets toujours serrés. Alors, plutôt que punir, la réparation et la prévention sont privilégiées. Une approche louable. Mais qui laisse les pollueurs impunis.

Le constat est implacable. Les agents de l’OFB font leur travail. Ils ouvrent des enquêtes, saisissent des cages, traquent les dépôts. Mais ils se heurtent à un mur : l’absence de moyens, de formation, de volonté politique. Les parquets affichent des priorités — les tribunaux relaxent. Les pollueurs continuent. Les braconniers aussi.

Dans le Pas-de-Calais, 4 cours d’eau sur 5 sont pollués. 250 procédures ouvertes l’an dernier. Mais combien de condamnations ? Combien de pollueurs en prison ? Combien de braconniers derrière les barreaux ? Les chiffres sont absents. Et c’est peut-être le plus grave. Le système actuel ne punit pas. Il constate, il enregistre, il classe. Les criminels de l’environnement le savent. Ils jouent avec les failles. Ils exploitent les délais. Ils parient sur l’impuissance. Et ils gagnent. Alors, que faire ? Augmenter les amendes ? Former les enquêteurs ? Donner plus de moyens à l’OFB ? La réponse est évidente. Mais elle coûte de l’argent. Et l’environnement, visiblement, n’est pas une priorité budgétaire.

Sources

  • Office français de la biodiversité (OFB) — constats sur le terrain et données 2025
  • Parquet d’Arras — 250 procédures ouvertes en 2024 pour atteintes à l’environnement
  • Témoins auditionnés — affaire de dépôt sauvage avec huile de vidange
  • Site de seconde main — vente de chardonneret élégant
  • Prélèvements de contrôle — affluent de la Canche
  • Rapport sur la pollution des cours d’eau du Pas-de-Calais — 4 cours d’eau sur 5, 2 réseaux d’eau potable sur 3 pollués

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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