Renault renvoyé en correctionnelle pour tromperie aggravée dans le Dieselgate

Un scandale qui refait surface
Neuf milliards — oui, vous avez bien lu. C’est l’amende que Volkswagen a payée aux États-Unis pour le Dieselgate. En France, Renault vient seulement d’être renvoyé en correctionnelle. Selon franceinfo, le constructeur est poursuivi pour tromperie aggravée : des logiciels truqueurs installés sur des moteurs diesel pour masquer les émissions de NOx, favorisant notamment l’apparition de maladies respiratoires, comme le rappelle Le Figaro.
Le dossier a mis plus de dix ans pour arriver devant un tribunal. Dix ans. Pendant ce temps, des centaines de milliers de véhicules Renault ont continué à rouler, sans que personne sache vraiment ce qu’ils rejetaient. Double tromperie : envers les consommateurs — qui ont acheté des voitures soi-disant propres — et envers les autorités — qui ont homologué des moteurs aux performances falsifiées.
Renault clame son innocence. Dans une déclaration rapportée par Libération, le groupe défend « son innocence, le professionnalisme et l’éthique de ses 100 000 collaborateurs ». Il ajoute que « les véhicules Renault ont tous et toujours été homologués conformément aux lois et réglementations française et européenne applicables ». Une défense déjà entendue. Chez Volkswagen aussi, on disait la même chose avant que les preuves ne tombent.
La lenteur a une explication : 11 juges pour 100 000 habitants
Regardez les chiffres. La France dispose de 11 juges pour 100 000 habitants. L’Allemagne en a 25. Ce n’est pas une coïncidence. Le Conseil de l’Europe (CEPEJ 2022) classe la France parmi les lanternes rouges européennes en matière de moyens judiciaires. Résultat : un procès civil dure en moyenne 637 jours en France, contre 190 jours en Allemagne. L’affaire Renault, qui mêle droit pénal et droit de la consommation, a donc été traitée au rythme d’une justice asphyxiée.
Et pourtant. Certains diront que le Dieselgate français a été moins grave. Mais les chiffres parlent : aux États-Unis, Volkswagen a écopé de 15 milliards de dollars de sanctions, dont 2,8 milliards pour la fraude elle-même. En France, les autorités ont mis des années à qualifier les faits. Pendant ce temps, les moteurs truqués continuaient à polluer — et à rendre malades.
Ce n’est pas une question de volonté politique. C’est un sabordage silencieux de l’institution judiciaire. Quand on compare avec l’Allemagne, où le ratio de juges est plus du double, on comprend pourquoi les affaires complexes traînent. On ne juge pas ce qu’on n’a pas le temps d’instruire.
Renault joue la montre — sa défense ne convainc pas
La stratégie est classique : nier, puis gagner du temps. Renault a déjà été condamné par la justice américaine dans le cadre de class actions. Mais en France, le système est plus lent, plus complexe, et surtout moins doté. Les associations de consommateurs, comme UFC-Que Choisir, se sont portées parties civiles. Elles attendent des comptes.
Le caractère aggravé de la tromperie est crucial. Il ne s’agit pas d’un simple défaut de conformité, mais d’un acte délibéré. Des ingénieurs de Renault ont conçu des logiciels capables de détecter les tests antipollution et de modifier les émissions en temps réel. Ce n’est pas un bug — c’est une triche organisée. Et elle a duré des années, sous le regard des autorités nationales et européennes.
Où était l’État ? Les procédures d’homologation sont censées être rigoureuses. Mais les bancs d’essai européens étaient connus pour être faciles à tromper. Le scandale a conduit à l’introduction du cycle WLTP, plus réaliste. Trop tard pour les centaines de milliers de véhicules déjà vendus.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Le renvoi en correctionnelle n’est qu’une étape. Le procès devrait durer plusieurs mois, voire des années. Renault risque une amende pouvant aller jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires annuel, et des dommages-intérêts pour les victimes. Mais le vrai enjeu est ailleurs : la confiance.
Les consommateurs français ont été trahis. Et ils le savent. Les ventes de diesel s’effondrent, et Renault peine à se repositionner sur l’électrique. Le constructeur a déjà reçu des prêts garantis par l’État pendant la crise sanitaire. Le contribuable a donc mis de l’argent public dans une entreprise qui, selon l’accusation, a fraudé pendant des années.
Ce n’est pas de la moraline — c’est de l’arithmétique. Chaque euro d’aide publique est un euro qui aurait pu servir à financer des juges en nombre suffisant. Mais on préfère subventionner les entreprises polluantes plutôt que d’investir dans une justice qui fonctionne. Résultat : les dossiers s’empilent, les victimes attendent, et les fraudeurs espèrent que l’oubli fera son œuvre.
Le Dossier suivra l’affaire de près. Car ce procès n’est pas seulement celui de Renault. C’est celui de notre capacité à punir, en France, les grandes entreprises qui trichent. Et pour l’instant, le verdict est déjà connu : trop lent, trop cher, trop peu. Voilà.
Sources : franceinfo (extrait vidéo du 27 juillet 2026), Libération (déclaration de Renault, 10 mars 2026), Le Figaro (description des effets sanitaires), CEPEJ 2022 (rapport sur l’efficacité de la justice en Europe).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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