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Biens mal acquis gabonais : le PNF réclame un procès pour BNP Paribas et les héritiers Bongo

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-28
Illustration: Biens mal acquis gabonais : le PNF réclame un procès pour BNP Paribas et les héritiers Bongo
© Illustration Le Dossier (IA)

Le PNF passe à l'acte

Vingt-trois. C'est le nombre que le PNF veut voir jugées. Parmi elles : les enfants d'Omar Bongo, l'ancien président gabonais mort en 2009 après 42 ans de règne sans partage. Et une banque française de premier plan — BNP Paribas.

Le parquet spécialisé dans la délinquance financière a bouclé son instruction. Il demande un procès correctionnel. Selon franceinfo, qui a révélé l'information, la banque est accusée d'avoir « converti des fonds d'origine délictuelle dans des opérations immobilières, à hauteur d'au moins 35 millions d'euros » (source : Le Parisien).

35 millions. C'est le montant minimum identifié. La réalité est peut-être plus large. (Oui, vous avez bien lu.)

Le système Bongo : une pompe à pétrole

Omar Bongo a dirigé le Gabon de 1967 à 2009. Pendant 42 ans, le pays a produit du pétrole. Beaucoup de pétrole. Une partie de cette manne est restée au Gabon. Une autre a pris le chemin de la France — sous forme d'investissements immobiliers, de comptes bancaires et de trains de vie somptuaires.

L'affaire des « biens mal acquis » court depuis les années 2000. Des associations comme Transparency International et Sherpa ont déposé des plaintes. L'instruction a été longue, complexe, souvent freinée. Mais elle arrive aujourd'hui à un point de bascule. Le PNF estime que les éléments sont suffisants pour un procès.

BNP Paribas dans le viseur

La présence de BNP Paribas dans ce dossier ? Un séisme. Une banque française — fleuron national — soupçonnée d'avoir blanchi l'argent d'un dictateur africain. Selon RFI, la banque aurait « converti au moins 35 millions d'euros d'origine délictuelle ». Quatre sociétés immobilières auraient également bénéficié de dizaines de millions d'euros injectés par les Bongo.

Ce n'est pas la première fois que BNP Paribas se retrouve dans la tempête judiciaire. En 2014, la banque avait payé une amende record de 8,9 milliards de dollars aux États-Unis pour avoir violé des embargos — notamment contre le Soudan, l'Iran et Cuba. Les Américains, eux, ne rigolent pas avec le blanchiment. La France, visiblement, commence à s'y mettre.

23 personnes et sociétés visées

Le PNF ne s'attaque pas qu'à la banque. Il vise aussi les héritiers directs d'Omar Bongo. Selon France 24, la demande de renvoi concerne 23 personnes physiques et morales. Parmi elles : des membres de la famille Bongo, des sociétés écrans, des intermédiaires.

Le système était rodé. L'argent du pétrole gabonais transitait par des comptes français. Il servait à acheter des appartements de luxe à Paris, des hôtels particuliers, des biens ostentatoires. Une partie de cette fortune était en espèces. Une société aurait ainsi encaissé plus de 53 millions d'euros en liquide, selon le dossier cité par RFI.

53 millions en espèces. Pas de trace bancaire. Pas de question posée.

Où est le problème ?

Le problème n'est pas qu'Omar Bongo ait détourné de l'argent. C'est le sport favori des dictateurs pétroliers. Le problème, c'est que cet argent a atterri en France. Dans le système bancaire français. Avec la bénédiction — ou la négligence — d'une grande banque française.

Pendant des années, la France a fermé les yeux. Pourquoi ? Parce que le Gabon était un allié stratégique. Parce que Bongo était un ami de la France. Parce que l'argent sale qui arrive à Paris fait tourner l'immobilier de luxe, les cabinets d'avocats, les conseillers fiscaux.

Le contribuable français, lui, paie ses impôts. Il les paie cash, via son bulletin de paie. Pas en liquide dans une valise.

Comparaison internationale : la Suisse a compris avant nous

Pendant que la France instruisait lentement l'affaire des biens mal acquis gabonais, d'autres pays ont agi. La Suisse, par exemple. En 2017, elle a restitué 6,7 millions de dollars au Brésil dans l'affaire Odebrecht. En 2021, elle a rendu 380 millions de francs au Kazakhstan. Les Suisses ne gardent pas l'argent sale — ils le confisquent et le rendent.

La France, elle, instruit. Depuis 20 ans. Le procès n'a même pas encore eu lieu. Résultat : l'argent des dictateurs continue de circuler. Les banques continuent de fermer les yeux. Et les contribuables français continuent de payer pour un système judiciaire qui met deux décennies à aboutir.

Le PNF : un parquet qui monte en puissance

Créé en 2013 après l'affaire Cahuzac, le Parquet national financier devait être le fer de lance de la lutte contre la délinquance financière. Depuis, il a engrangé des dossiers : Sarkozy-Kadhafi, les frégates de Taïwan, les biens mal acquis.

Mais le PNF est aussi critiqué. Trop lent, trop proche du pouvoir, trop sélectif. Certains l'accusent de ne s'attaquer qu'aux « petits » poissons. L'affaire BNP Paribas est un test grandeur nature.

Si le procès a lieu, ce sera une première. Une grande banque française jugée pour blanchiment de fonds publics africains. Les faits sont têtus.

Et maintenant ?

Le renvoi en correctionnelle n'est qu'une demande. Le juge d'instruction doit encore décider s'il suit les réquisitions du PNF. Si oui, le procès pourrait avoir lieu dans les mois à venir. Si non, l'affaire pourrait s'enliser encore.

BNP Paribas, de son côté, peut contester. La banque dispose d'une armée d'avocats. Elle peut plaider la bonne foi, la complexité des transactions, l'absence d'intention.

Les enfants d'Omar Bongo, eux, risquent gros. Confiscation des biens, amendes, peines de prison. Mais ils ont aussi les moyens de se défendre.

Le contribuable, lui, attend toujours des comptes. Pas seulement ceux de BNP Paribas. Ceux de tout un système qui a permis à l'argent des dictateurs de prospérer en France pendant des décennies.

Une question reste en suspens : combien d'autres banques françaises ont fait la même chose ? Combien d'autres « biens mal acquis » dorment dans les arrondissements huppés de Paris ?

Le procès à venir pourrait apporter des réponses. Ou confirmer que la justice financière française reste une exception — dans le mauvais sens du terme.

Et maintenant, c'est à vous de juger.

Sources :

  • franceinfo
  • RFI
  • France 24
  • Le Parisien

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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