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JusticeÉpisode 26/36

Prison d'Arles : drones, corruption et psychiatrie, le système carcéral à la dérive

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Prison d'Arles : drones, corruption et psychiatrie, le système carcéral à la dérive
© YouTube

Cinquante-deux téléphones

Laurentus est surveillant pénitentiaire à Arles. Seize ans d'ancienneté, 2 000 euros net par mois. Il raconte un quotidien que les murs cachent bien. « On a des livraisons par drone. C'est pas tous les jours mais c'est régulier. De la drogue, des téléphones. » Le chiffre donne le vertige : « On a quand même trouvé plus de 52 téléphones l'année dernière. »

Cinquante-deux appareils. Dans une maison centrale censée accueillir les criminels les plus endurcis — 143 détenus pour 157 places, des peines de huit ans à la perpétuité. Voilà le point de départ.

Comment ces objets entrent-ils ? La corruption, d'abord. « La corruption, première faille du système », lâche Laurentus. Mais quand un détenu débarque dans une prison où des téléphones planquent déjà avant lui, « il faut se poser la question ».

Exemple : Gabriel Ari, chef de la DZ mafia, a passé huit mois à Arles. Dix téléphones en dix jours à l'isolement (oui, vous avez bien lu). On lui enlevait un appareil, le lendemain il en avait un autre. Comment ? « Il a une logistique à l'extérieur qui est impressionnante », explique le surveillant. Impressionnante, en effet. Assez pour contourner un isolement théoriquement hermétique.

Un seul agent pour 150 détenus

Mais le problème ne s'arrête pas aux drones. Dans les étages, l'effectif fond. Romain Baubri, ex-surveillant, aujourd'hui député, a siégé à la commission d'enquête sur l'assassinat de Corsivan Colona. Son constat ? Sans appel : « Quand vous avez un seul surveillant qui travaille avec 150 détenus à l'étage, sa sécurité à aucun moment n'est assurée. »

Voilà où ça se complique. Le rapport de la commission, publié en 2023 après la mort du militant nationaliste, pointait déjà « la présence de détenus au profil lourd, des personnels en nombre insuffisants et des conditions de travail et de sécurité inquiétantes ». Le meurtre a eu lieu dans une salle de sport, sans surveillance.

Depuis, ça s'est aggravé. Le sous-effectif chronique n'est plus un dysfonctionnement — c'est la norme. Et ça a un prix. Un prix humain.

La prison poubelle

Il y a autre chose. Les troubles psychiatriques explosent derrière les barreaux. Laurentus donne les proportions : « On est sur du 10 à 12 % de psychotique et de problème psy. Dans la population générale, c'est entre 1 et 2 %. » Dix fois plus.

Ces détenus « peuvent réagir à n'importe quel moment sans prévenir, parce qu'il y a une voix qui leur a dit dans leur tête ». Le surveillant vit sur ses gardes. Problème : la formation ne suit pas. Deux jours. C'est tout ce que les agents reçoivent pour apprendre à gérer les psychopathologies. « Insuffisant », dénoncent les syndicats.

Alain Lotte, pénaliste marseillais, 30 ans d'expérience à l'observatoire des prisons, enfonce le clou : « Ça signe un peu la misère de la psychiatrie en France. Et la prison, finalement, elle sert de poubelle, de dépotoir pour tous ces gens que les institutions classiques ne prennent plus en charge. » Pas de soin adapté, pas d'alternative. Juste des murs qui ferment.

« Il faut investir, investir, investir beaucoup d'argent, développer des alternatives à la détention », répond l'avocat. Reste à savoir lesquelles.

Le mirage sécuritaire

La maison centrale d'Arles n'est pas une prison ordinaire. Quatre miradors, du béton haut, des portes blindées — tout est fait pour dissuader. Pourtant, les drones passent. Les téléphones entrent. La corruption ronge. Et pourtant. Le personnel, trop peu nombreux, trop peu formé, tient le choc comme il peut.

📰Source :youtube.com

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