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Prince, député, meurtrier : l’affaire enterrée de Douala Manga Bell

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-27
Illustration: Prince, député, meurtrier : l’affaire enterrée de Douala Manga Bell
© Illustration Le Dossier (IA)

Une nuit à Douala

Les faits ? D’une simplicité glaçante. Selon Mediapart, qui a exhumé l’affaire, le commissaire central Ducain arrive sur les lieux du crime dans la nuit du 15 septembre 1947. Il découvre le corps de José Manga Bell. Deux balles : une dans la poitrine, une dans la tête. Le meurtrier est toujours là, armé, « raide comme un soldat de plomb », écrit le journal.

Cet homme, c’est le père de la victime. Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell, prince de la lignée royale douala, député de la deuxième circonscription du Cameroun — alors colonie française. Il ne fuit pas. Il ne nie pas. Il attend.

Les circonstances exactes du drame restent inconnues. Mediapart ne précise ni le mobile, ni les échanges précédant les tirs. Un père abat son fils. C’est tout ce que l’on sait. Et c’est déjà beaucoup.

Le prince et le colonisateur

Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell : un homme à la double identité. Prince par le sang — son grand-oncle Rudolf Douala Manga Bell, pendu par les Allemands en 1914 pour avoir résisté à l’expropriation des terres. Et député par la grâce du colonisateur français.

Car Alexandre est un fervent soutien du régime colonial. Il siège à l’Assemblée nationale française comme représentant du Cameroun. Il vote, il légifère, il sert. En retour, Paris le protège. Jusqu’au bout.

Son fils José, lui, n’a laissé aucune trace dans les archives. Jeune homme, probablement. Victime, assurément. Mediapart ne donne ni son âge, ni sa profession, ni les raisons de la colère paternelle. Le dossier est mince. La source unique.

Un procès, puis l’oubli

  1. La justice coloniale juge Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell pour meurtre. Elle le condamne. Pour une fois, elle semble fonctionner. Un homme a tué. Un homme paie.

Sauf que non.

L’Assemblée nationale française intervient. Elle vote à l’unanimité pour enterrer l’affaire. Le député meurtrier ne verra jamais la prison. Sa peine est effacée. Son crime aussi.

Retenez ce détail : l’unanimité. Pas une voix discordante. Pas un élu pour dire que le meurtre d’un fils par son père mérite au moins une explication. Non. On vote, on tourne la page, on passe à l’ordre du jour.

La suite est édifiante. Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell conserve son mandat. Il reste député jusqu’à l’indépendance du Cameroun en 1960. Il meurt libre, riche et honoré. Son fils, lui, reste dans la terre de Douala.

Ce que l’affaire révèle

Pourquoi ce traitement de faveur ? Un mot : le colonialisme. Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell n’était pas un simple député. C’était un relais local du pouvoir français. Un homme qui légitimait la présence coloniale auprès des siens. Le tuer judiciairement, c’était affaiblir le système.

Alors on l’a protégé.

La justice coloniale française a toujours eu deux poids, deux mesures. Pour les « indigènes » rebelles, la répression était féroce. Pour les élites collaboratrices, l’indulgence totale. Un meurtre ? Une formalité. On vote l’amnistie, on oublie, on continue.

Cette affaire n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une longue série de compromissions entre la République et ses relais africains. Des chefs traditionnels transformés en députés, des princes devenus fantoches, des crimes effacés par un vote.

Et maintenant ?

L’affaire Douala Manga Bell est un trou de mémoire. Mediapart la ressort aujourd’hui. Mais combien d’autres dorment dans les archives ? Combien de « princes » ont bénéficié de l’impunité coloniale ?

La France n’a jamais fait le travail de mémoire sur son passé colonial. Pas vraiment. Pas sérieusement. On préfère les lois mémorielles aux commissions d’enquête. Les déclarations solennelles aux archives ouvertes.

Cette affaire montre que le problème n’est pas seulement moral. Il est institutionnel. L’Assemblée nationale — temple de la démocratie — a voté pour protéger un meurtrier. Parce qu’il était utile. Parce qu’il était des leurs.

Aujourd’hui, le Cameroun indépendant n’a pas rouvert le dossier non plus. Les descendants de la famille Douala Manga Bell se déchirent toujours sur la succession du trône. Le crime de 1947 est une ombre que personne ne veut éclairer.

Une date. Un crime. Un vote. Une question : combien d’autres affaires la République a-t-elle enterrées pour protéger ses intérêts ?

Le Dossier continuera d’enquêter.

Sources :

  • Mediapart — « Alexandre Ndumbè Douala Manga Bell : prince, député, meurtrier » (27 juillet 2026)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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