Marine Le Pen candidate en 2027 : le pari judiciaire d'une condamnée

Une condamnation, une annonce, un pari
Vingt heures trente à Paris. L'édition spéciale de France 24 commence. L'information tombe : Marine Le Pen reste dans la course. Elle est candidate à la présidentielle de 2027. Elle se pourvoit en cassation. Elle ne fera pas campagne avec un bracelet électronique. Elle l'a dit sur TF1, juste après l'arrêt de la cour d'appel.
La cour d'appel l'a jugée coupable de détournement de fonds publics et de complicité dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national — l'ancêtre du Rassemblement national. La peine : trois ans de prison, dont un an sous bracelet électronique. Dix autres cadres du parti ont également été condamnés.
Marine Le Pen conteste. Elle se pourvoit en cassation. Selon elle, ce recours suspend le port du bracelet. « J'ai été heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de voter et que la cour me rende mon éligibilité », a-t-elle déclaré. « À partir du moment où ma peine d'inéligibilité est purgée, je veux aller au bout des voies de recours qui me sont offertes pour défendre mon innocence. »
Un problème de taille : les juristes ne sont pas d'accord. Gilles Bouleau, le présentateur de TF1, le lui a fait remarquer. Pour certains, l'exécution provisoire décidée en première instance continuerait à produire ses effets. Marine Le Pen a répondu : « J'en suis absolument certaine. » Elle est avocate.
Onze ans de système, des faits jugés graves
Onze ans. La cour d'appel l'a martelé : les faits sont graves. Détournement de fonds publics. Organisation. Pendant plus d'une décennie, des assistants parlementaires européens auraient été rémunérés pour travailler en réalité pour le parti.
La cour a précisé un point : pas d'enrichissement personnel. Cela n'enlève rien à la gravité.
Elle se dit « sereine et prête à assumer les conséquences ». Pourtant, elle ne les assume pas toutes. Elle se pourvoit en cassation. Elle veut prouver son innocence. Elle ne veut pas porter le bracelet.
Le ticket Le Pen-Bardella
Marine Le Pen ne sera pas seule. Jordan Bardella sera son Premier ministre si elle est élue. Elle l'a dit et répété. « Nous avons offert aux Français un binôme complémentaire, équilibré, cohérent, solide. »
Le tandem est en ordre de bataille. Dès demain, ils iront à La Flèche, dans la Sarthe, pour visiter un marché. Un geste symbolique : la campagne commence maintenant. Ensuite, retour à Paris pour une réunion avec les cadres du parti. Des pizzas viennent d'arriver au siège du RN. La nuit sera longue.
Le message est clair : Marine Le Pen est la candidate. Jordan Bardella est le numéro deux.
Double pari, risqué
Juridique d'abord : la Cour de cassation peut confirmer la condamnation. Marine Le Pen le sait. Interrogée sur cette possibilité, elle a répondu : « Ce sera aux Français de juger. »
Politique ensuite : faire campagne avec une condamnation pour détournement de fonds publics. La cour d'appel a parlé de « système organisé ». Comment se présenter à la plus haute fonction de l'État avec ce boulet au pied ?
Roseline Fèvre, chef du service politique de France 24, le résume : « Je pensais qu'elle allait jeter l'éponge. Deux fois condamnée pour des faits lourds. La justice est repassée. Elle a enlevé l'inéligibilité. Mais elle a choisi de continuer. »
Gautier Ribinskis, chroniqueur international, va plus loin : « C'est du Trump. Une attaque contre les institutions. Pas sur leur fonctionnement, mais sur leur fondement même. » Il parle de « déni de démocratie », de « populisme ».
31 % au premier tour, et après ?
Un sondage Ipsos de juin donne Marine Le Pen à 31 % des intentions de vote au premier tour.
Les électeurs du RN semblent derrière elle. Mais gagner une présidentielle, c'est aller au-delà de son électorat. Marine Le Pen le sait. Elle a fait un travail de dédiabolisation pendant des années. Elle ne veut pas lâcher le morceau.
« C'est sa quatrième candidature », rappelle Roseline Fèvre. « Elle s'est dit : je ne peux pas m'arrêter en si bon chemin. » Elle tente le tout pour le tout.
Le paradoxe de l'exemplarité
Le Rassemblement national prône l'exemplarité, la sévérité de la justice, la lutte contre la délinquance. Comment concilier cela avec une candidate condamnée pour détournement de fonds publics ?
Gautier Ribinskis pose la question : « Faire campagne quand on prône l'exemplarité, la sévérité de la justice, la lutte contre la délinquance, n'est-ce pas paradoxal ? » Il répond : « C'est une manière de contourner la justice et de la rendre inopérante. »
Marine Le Pen, elle, voit les choses différemment. Elle se considère innocente. Elle conteste la décision. Elle utilise les voies de recours. Comme tout justiciable, dit-elle.
La nuit sera longue
Au siège du Rassemblement national, l'ambiance est studieuse. Marine Le Pen et Jordan Bardella sont arrivés. Les cadres les attendent. Des pizzas ont été commandées. La nuit sera longue.
Demain, ils iront à La Flèche. Ensuite, retour à Paris. La campagne commence. Marine Le Pen est candidate. Elle se pourvoit en cassation. Elle ne portera pas de bracelet électronique, selon elle.
Les questions restent. La Cour de cassation confirmera-t-elle la condamnation ? Les Français jugeront-ils ? Le ticket Le Pen-Bardella tiendra-t-il ?
Sources
- TF1 (interview de Marine Le Pen)
- France 24 (édition spéciale avec Roseline Fèvre, Gautier Ribinskis, Clovis Kazali)
- Ipsos (sondage de juin)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


