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JusticeÉpisode 3/2

Plainte ignorée, enfant disparue : le scandale qui tue

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Plainte ignorée, enfant disparue : le scandale qui tue
© YouTube

Une plainte dans un tiroir

Le 22 août 2025, une mère se présente à la gendarmerie près de Toulouse. Sa fille, 10 ans, vient de s'effondrer en larmes. Elle a raconté l'indicible : des viols commis à multiples reprises au domicile d'un homme. L'ami de son père. Le père de ses copines de taekwondo.

La plainte est circonstanciée. La jeune fille décrit des faits précis. Des constats médicaux sont réalisés. Tout est là. Crédible.

Les gendarmes font leur travail. Ils enregistrent. Ils transmettent.

Et puis ?

Rien.

Pendant près de deux mois, la plainte dort. Le parquet de Toulouse — compétent sur le lieu de dépôt — ne l'apprend que le 15 octobre 2025. Pas d'urgence. Pas d'alerte. Une procédure administrative comme une autre.

Le 28 octobre, le dossier est transmis au parquet d'Auch. Pourquoi ? Parce que les faits présumés se seraient déroulés à Montestruc, dans le Gers. Une histoire de frontière départementale. Une histoire de compétence territoriale.

Neuf mois plus tard, qu'en est-il ?

Maître Vasquez, l'avocate de Jérôme B., est formelle : « Mon client n'a jamais été interrogé. Pas de garde à vue. Pas d'audition. Rien. »

Le suspect est présumé innocent. C'est la loi. Mais la loi exige aussi qu'on enquête.

Personne n'a enquêté.

La justice à l'heure de la Révolution

« On en est encore aux frontières de la Révolution française », lâche Laurent Valiguet, journaliste d'investigation.

Il a raison.

Le domicile du suspect est dans le Gers. La plainte est déposée en Haute-Garonne. Deux départements voisins. Trente minutes de voiture. Mais la machine judiciaire française — cette machine conçue pour un royaume de chevaux et de diligences — n'a pas su accélérer.

Le parquet de Toulouse se dessaisit. Le parquet d'Auch reçoit le dossier. Et puis ? Silence.

Dylan Slama, avocat pénaliste, n'est pas surpris. Il raconte : « Très régulièrement, on dépose des plaintes avec des clients. On appelle un mois, deux mois, trois mois après. Il n'est pas rare qu'on nous réponde que la plainte n'a pas encore été enregistrée. Pas même de numéro de parquet. »

Pas même de numéro de parquet.

Pour un viol sur une enfant de 10 ans.

Pour un homme qui, neuf mois plus tard, sera mis en examen pour l'enlèvement d'une autre fillette.

« La justice est sinistrée », ajoute Slama. Ce n'est pas une excuse. C'est un constat.

2% de condamnations — le chiffre qui tue

Parlons chiffres. Ils sont accablants.

Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France. 160 000. C'est la population d'une ville comme Dunkerque.

Et combien de condamnations ?

Moins de 2%.

Ce chiffre vient de la CIVIS — la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Ce n'est pas une estimation d'ONG militante. C'est une commission officielle.

Deux pour cent.

Cela signifie que 98% des agresseurs d'enfants ne sont jamais condamnés. 98%. Ils restent libres. Ils restent dans l'entourage. Ils restent dangereux.

Retenez ce détail : 98%.

Jérôme B. fait partie de ces 98% pendant neuf mois. Pendant neuf mois, personne ne l'interroge. Pendant neuf mois, il vaque à ses occupations. Il a deux filles de 7 et 11 ans. Il fréquente d'autres enfants. Il est libre.

Et puis Liana disparaît.

Une mère face au mépris

La mère plaignante — celle qui a déposé plainte en août — nous a contactés. Elle est effondrée. Elle parle de « mépris ».

Mépris des gendarmes. Mépris des magistrats. Personne ne l'a prise au sérieux.

Elle raconte : sa fille avait changé de comportement. Des questions sur la sexualité. Un malaise diffus. Elle a fini par demander directement. Sa fille s'est effondrée. « Il m'a violée. Plusieurs fois. »

La mère a agi immédiatement. Plainte le jour même. Récit circonstancié. Constats médicaux.

Elle n'a jamais eu de nouvelles.

Neuf mois.

« Elle se dit effondrée à la fois pour sa fille, mais aussi pour les proches de Liana, en se disant que peut-être, si elle avait été écoutée, si la justice avait été plus rapide, peut-être que ce drame aurait pu être évité », rapporte Alexandra Gonzales, cheffe adjointe du service police-justice.

Peut-être.

Mais le dossier est loin d'être clos.

Les questions qui fâchent

Posons-les. Elles sont simples.

Pourquoi Jérôme B. n'a-t-il jamais été interrogé sur des accusations de viol sur mineure ?

Pourquoi une plainte avec constats médicaux et récit circonstancié n'a-t-elle déclenché aucune enquête en neuf mois ?

Pourquoi la justice française traite-t-elle la pédocriminalité avec la même lenteur qu'un litige de voisinage ?

Où est l'argent des moyens promis ?

Où est la volonté politique ?

Les réponses sont connues. La CIVIS les a déjà données : manque de moyens, formation insuffisante des magistrats, culture de l'incrédulité face à la parole des enfants.

Mais cela suffit-il ? Une enfant a disparu. Une autre a été violée. Et le système n'a pas bougé.

Le suspect — ce qu'on sait

Jérôme B. a été interpellé samedi. Placé en garde à vue. Mis en examen pour enlèvement et séquestration. Placé en détention provisoire.

Il nie toute implication dans la disparition de Liana.

C'est son droit. Il est présumé innocent.

Mais il n'a jamais été interrogé sur les viols présumés d'août 2025. Maître Vasquez elle-même le découvre au moment où nous l'appelons. « C'est une enquête préliminaire. Mon client n'a jamais été entendu. »

Le parquet d'Auch a renvoyé la balle au parquet d'Agen. Pourquoi ? Parce que l'enlèvement de Liana a eu lieu dans une autre juridiction. Les frontières de la Révolution française, encore.

Pendant ce temps, des questions essentielles restent sans réponse : quelle est la profession de Jérôme B. ? Travaille-t-il au contact d'enfants ? Ses propres filles — 7 et 11 ans — sont-elles en sécurité ?

Personne n'a posé ces questions en neuf mois.

Un système qui protège les agresseurs

Ne nous y trompons pas. Ce n'est pas un accident. Ni une erreur individuelle.

C'est un système.

Un système où 160 000 enfants sont violés chaque année. Un système où 2% des agresseurs sont condamnés. Un système où une plainte pour viol sur mineure peut rester sans réponse pendant neuf mois.

Un système où il faut qu'une enfant disparaisse pour que la justice s'émeuve.

Laurent Valiguet résume : « Le service public de la justice est totalement défaillant. Les gendarmes prennent une plainte, plutôt bien. Mais ensuite, tout le reste est une machine à perdre du temps. »

Perdre du temps. Quand des enfants sont en danger.

Le dossier est loin d'être clos. Il ne fait que commencer.

Ce qui doit changer

Les magistrats ne sont pas des monstres. Ils croulent sous les dossiers. Ils manquent de moyens. La chancellerie le sait. Les gouvernements le savent. Les budgets sont insuffisants depuis des décennies.

Mais il y a un choix politique.

Prioriser la pédocriminalité. Créer des pôles spécialisés. Former les magistrats à la parole de l'enfant. Supprimer les frontières départementales qui ralentissent les enquêtes. Donner des moyens aux gendarmeries de campagne.

Rien de tout cela n'est fait.

Rien de tout cela n'est même sérieusement envisagé.

Et des enfants paient.

Liana, 10 ans, disparue depuis vendredi. On la cherche. On espère. On prie.

Mais si elle avait été protégée avant ? Si la plainte d'août avait été traitée ?

On ne saura jamais.

Ce qu'on sait, c'est que la justice française a encore une chance. Une chance de changer. Une chance de protéger les 160 000 enfants qui seront violés cette année.

160 000.

Ce chiffre ne devrait pas exister.

Sources

  • Témoignage exclusif d'une mère plaignante, recueilli par Alexandra Gonzales (service police-justice)
  • Alexandra Gonzales, cheffe adjointe du service police-justice, plateau télévisé
  • Dylan Slama, avocat pénaliste, plateau télévisé
  • Laurent Valiguet, journaliste d'investigation, plateau télévisé
  • Maître Vasquez, avocate de Jérôme B., déclaration à la presse
  • Parquet de Toulouse, communication officielle sur la chronologie de la plainte
  • Parquet d'Auch, contacté sans réponse au moment de la publication
  • Chiffres CIVIS (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) : 160 000 enfants victimes par an, moins de 2% de condamnations

Cet article fait partie du dossier « Scandale judiciaire : une enfant en détresse sacrifiée par la justice familiale » (épisode 3). Les épisodes précédents sont disponibles sur Le Dossier.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 3 · 2026-06-03

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